Une (trop) courte lettre du peintre des Neiges à un libraire bruxellois.
Neige à la bergerie, 61x50 cm. I969-70, Photo Claudine Cuvelier.
À propos de cette toile, sa propriétaire actuelle se souvient : « Il nous reçoit, mon Dieu comme il a vieilli, sa main est tremblotante et il nous dit qu'il marche plus lentement. Gentiment il nous guide dans son atelier et m'observe car j'ai le livre de chez Poivre d'âne sous le bras.
Je lui montre la photocopie de la toile. Il sourit et en désignant le livre, il dit » : “ Vous pouvez le feuilleter il n'est pas dedans ! Il date de 1969-70, c'est la dernière bergerie que j'ai peinte et la seule avec de la neige. C'est des quincailliers Liégeois qui m'ont acheté des tableaux lorsque j'ai exposé en Belgique. J'y ai exposé deux fois, en 69 ou 70 à la galerie du Cheval de verre (juste en-dessous des Beaux-arts) et puis en 1974, à la galerie Albert 1er. ”
PS : personnellement il me semble bien avoir vu d'autres Bergeries avec de la neige... AL.
Serge a beaucoup écrit. À quelques-un(e)s plus qu'à d'autres, bien entendu. À l'arlésien Paul Geniet et à son épouse Yvonne le plus régulièrement, pendant plus d'une dizaine d'années.
Sur sa table-bureau, à l'atelier, se trouvaient toujours quelques lettres ouvertes, en attente de réponse. Il écrivait le soir de préférence, à l'heure où la lumière n'était plus, déclinante, d'assez bonne qualité pour servir la peinture.
Inégale car toujours spontanée, sa correspondance courante laisse cependant, pour cette dernière raison, sans cesse filtrer des réflexions, des remarques, des observations ou des méditations qui, de l'extérieur, éclairent souvent en profondeur le monde intérieur du peintre et donc, de plain-pied, le contenu de sa peinture ainsi que la valeur et le sens qu'il lui accordait lui-même.
À le lire, on se rend bien compte combien celle-ci, en phase exacte avec l'homme, était un " concentré " de tous ses désirs, de tous ses rêves, et combien aussi la réalité - même celle apparemment la plus rude et la plus ordinaire - pouvait lui être source d'inspiration la plus haute et la plus fructueuse. Son œuvre toute entière pouvant être perçue comme étant un mémorial tout à la gloire de la vie, à mesure humaine - de ses bonheurs surtout -, ponctuée de bien tenaces, attachants et latents mystères.
Pas d'autoportrait conforme au genre, sauf deux de petits formats, hâtifs, à l'heure de questionnements au carrefour, dans sa jeunesse. Mais la pratique d'une autre forme - ô combien familière, car quotidienne - d'introspection : la force, en ses toiles, de son imaginaire. Tout le long de sa carrière, ce dernier lui est plus fidèle et précieux que ne le sera jamais à ses yeux ce qui se révèle derrière ou à travers le gris argent de ses cheveux et la morphologie de son visage - la peinture lui permettant et, à la fois, l'empêchant de vieillir.
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