Lucienne Desnoues à Gréoux.
Je me suis rendu avant-hier soir au vernissage de l'exposition Lucienne Desnoues qui se tient à la Médiathèque Lucien Jacques de Gréoux-les-bains jusqu'au 27 août.
J'y suis allé avec joie, une joie multiple : d'abord parce que j'ai bien connu Lucienne, en ami, que j'apprécie - et approuve aussi de tout cœur - son œuvre de grand poète et parce que cette exposition, comme je l'ai déjà écrit sur le livre d'or, vient réparer une injustice. Injustice d'un silence qui s'est maintenu pendant des années, et déjà bien en amont de son décès d'août 2004, par une carence évidente des services culturels à son endroit, alors qu'elle aurait été si heureuse et, surtout en ses vieux jours, quelque peu réconfortée de voir son œuvre - fruit accompli de toute une vie - prise plus souvent et plus officiellement en compte, mise en valeur. Cela, même si, en elle-même - puisqu'elle en était l'auteur - elle savait bien, avec assurance, quelles en étaient les qualités profondes et pérennes aptes à lui faire traverser sans encombres et sans broncher chacune des époques qui se succèdent mais, contrairement aux moutons, ne se ressemblent guère. Oui, elle et son œuvre méritaient d'être fêtées et célébrées déjà bien avant, de son vivant, par celles et ceux qui avaient en main le pouvoir d'en décider ici ou là dans le département, la région ou le pays. Je pense là, par exemple, au Printemps des Poètes et aux Correspondances de Manosque, sans compter bien d'autres lieux et d'autres occasions moins médiatisées, plus modestes.
Bravo et honneur, donc, aux bénévoles, aux passionnés, qui s'y sont substitués jusque-là, à tour de rôle, fournissant un travail de grande qualité sans lequel le silence entourant cette personnalité pourtant hors-norme de poète aurait été complet. Persistant et signant, il est particulièrement remarquable - en dehors bien sûr de la direction et du personnel de la médiathèque - qu'aucun responsable ou délégué culturel n'ait tenu à faire le déplacement à l'inauguration en honneur au génial poète ! On se demande... : ces gens-là sont-ils ignares ou incompétents ? Ou alors les deux !
Mais n'empêche, en extérieur, sous les grands platanes, en guise d'entrée en matière, un morceau de roi : un récital d'Aude Marchand - accompagnée par Jérémie à la guitare - au tout début duquel, c'est vrai, il m'a fallu faire taire la voix et les accords d'Hélène Martin depuis longtemps "enregistrés" par cœur.
Mais quel régal ce fut tout de suite, une fois Aude Marchand ainsi différenciée et isolée de toute réminiscence alors parasite ! Avec elle, le bel équilibre est si parfait entre les diverses qualités de la voix, celles du texte et de la gestuelle, que la poésie de Lucienne s'en trouve renouvelée - aboutie ? - dans des interprétations au plus près, au plus juste, en même temps qu'au plus sensible, de ce que chaque poème exprime.
Dans la salle, une foule de documents, de témoignages écrits, peints, manuscrits ou photographiques, propres à satisfaire la curiosité, invitant pourtant aussi à vouloir en apprendre encore davantage sur le poète lui-même, son environnement humain et géographique, ses goûts, ses aspirations intérieures, tout ce en quoi Lucienne trempait avec bonheur sa plume pour en extraire ses délices subtils, sa gelée royale, son or intérieur : une poésie à elle, rien qu'à elle, qui se doit aujourd'hui, sans plus de retard, d'être rééditée pour pouvoir être de nouveau généreusement partagée avec le plus grand nombre; car c'est là en grande partie le sens de sa mission en ce monde, son esprit et sa nature.
Sans quoi, gare à un second purgatoire s'installant derechef à la remorque du premier ! Ce qui - s'agissant d'un tel poète ! - aurait alors quelque chose de proprement scandaleux.
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