Manège
Entre ces deux photos, tout le chemin parcouru par l'artiste depuis la mise en place faite à la mine de plomb - trame précisément dessinée faisant ici penser au cliché d'une radiographie - jusqu'à l'aboutissement peint d'un Manège, son affirmation colorée, sa vie. On peut, de visu, mesurer combien et à quel point Serge était tout d'abord, à l'évidence, profondément inspiré puis, parce que autodidacte pur, devenu, de plus, avec le temps et l'expérience, tout à fait maître d'un vrai et solide métier.
On le devine, ce n'est pas une mince affaire que celle de mener à bien de telles toiles de composition, sinon compliquée, du moins fort complexe de construction, que sont tout particulièrement les Manèges.
Pour architecturer ainsi ce genre de future œuvre sur la page blanche, s'y confronter en y mesurant à la fois ses dons et ses capacités, il faut posséder un esprit de fin géomètre doublé d'une grande imagination créatrice donnant sur les diverses possibilités de renouvellement inhérentes à un tel sujet. Sujet tel, qu'il ne supporte aucune maladresse, ni aucun à-peu-près sur le chemin - dans le cas, rigoureux - conduisant à la réussite. Son exécution étant beaucoup moins dépendante d'un dessin précis, le Paysage, par exemple, laisse au peintre, en cours de route, beaucoup plus de liberté.
Par comparaison des deux documents, on peut se rendre compte combien tout, dans l'esquisse assez poussée, est déjà parfaitement à sa place et n'en variera point ensuite dans l'œuvre achevée : sûreté stupéfiante de la main mise au service du cœur et de l'esprit dans l'exercice du métier ; tous les trois étant parfaitement accordés, convergents, conjugués ensemble, aussi, au plaisir très évident de peindre encore une fois, une fois de plus, une fois encore, ce retour en force au pays d'enfance.
En art, le sens n'est jamais univoque, mais bien ramifié, ne se faisant jour- c'est un paradoxe - qu'insensiblement, à divers niveaux ; aussi, d'innombrables autres interprétations sont, ici, sans aucun doute possibles, complémentaires, se justifient également, chacune n'étant qu'une piste selon notre propre sensibilité.
Quand le beau bébé que voilà ouvrira grand les yeux sur le tableau, le charme de celui-ci opèrera, c'est sûr, sur sa sensibilité toute neuve, encore bien à fleur de peau ; le guidant par la suite, qui sait ?, pourquoi pas !, telle une bonne étoile, sur tout le déroulement de la ligne de vie de sa destinée ! En attendant, tutélaire - enluminant son sommeil en quelque sorte ! - il veille déjà tout près de lui, dans son berceau même, le temps d'une jolie photo envoyée à Serge pour le remercier.
À cheval sur son propre Pégase, chevauchant lui aussi ses rêves, peut-être l'enfant est-il devenu aujourd'hui poète ou peintre à son tour, car, à travers la représentation peinte d'un simple tour de manège, le spectateur du tableau participe en vérité - beaucoup plus qu'il n'assiste - à un événement qui l'englobe, le fait passer en quelque sorte, à divers degrés, et jusqu'aux plus subtils, de la nuit au jour, du caché au révélé, du manque à la plénitude.
L'est-il, poète, peintre, ? Ne l'est-il pas ? S'il nous lit, il ne faut pas qu'il hésite une seconde à nous faire un signe pour nous dire lui-même ce qu'il en est !
Chers amis et connaissances,
Je suis heureux de vous annoncer la parution de mon essai Robert Louis Stevenson à Hyères dans lequel j'ai voulu approcher la personnalité du grand écrivain et poète écossais à partir du séjour de seize mois qu'il fit entre 1883 et 1884 sur la Côte d'Azur.
Avec mes meilleures pensées.

