Le Rocher d'Ongles.
Comme c'est le cas pour tant d'autres de ses tableaux, j'avais vu Serge peindre ce grand (un 30 F : 73x92 cm) et grave Rocher d'Ongles qui doit dater du début des années 70. Puis, comme d'habitude, une fois terminé et verni, le tableau partit, Dieu sait où !
Un jour, il réapparut à l'atelier pour restauration à cause de la blessure grave d'un trou en plein ciel, de quelques tâches et égratignures. Si mes souvenirs sont bons, je crois qu'à ce moment-là Serge le racheta, puisqu'au lieu de, tel quel, le réparer, il voulut carrément le découper en morceaux : je veux dire faire de ce tableau plusieurs, en montant les découpes qu'il aurait ainsi obtenues sur de petits châssis tout neufs. Chagall ne procéda-t-il pas de même pour sortir Autour d'elle et aussi Les Lumières du mariage de son tableau Les Arlequins ?
Mais, de prime abord scandalisé par son projet, de toutes mes forces, je l'en dissuadai ; et la réparation, tant bien que mal, fut mise en route. Une fois faite, pas si mal réussie que cela par l'ajout d'un nuage horizontal, en sous-marin, Serge vendit à nouveau la toile qui repartit une nouvelle fois dans la nature.
C'est finalement un couple ami au regard averti qui, il y a peu encore, tout heureux, le repère au déballage et l'achète aussitôt, poussiéreux, sur un vide grenier du côté de Manosque puis, dans la foulée, me le confie pour la toilette et l'indispensable couche de vernis protecteur. À la suite de quoi, j'en profite pour le photographier sous toutes les coutures, évidemment.
Il existe une petite photo en noir et blanc faite sur place au Rocher d'Ongles par Serge lui-même pour s'aider dans sa peinture. Dès qu'elle voudra bien montrer le bout de son nez, je l'ajouterai à mon billet, grâce à quoi l'on pourra apprécier, de visu, tout le chemin parcouru par le peintre depuis la réalité pure et dure jusqu'à l'œuvre aboutie, peinte à l'atelier. Justement - ma parole, elle a dû m'entendre l'appeler de mes vœux - la voilà qui se pointe !
Les deux balises de bord de route semblent avoir visiblement inspiré le peintre pour placer les deux petits personnages du premier plan sur le chemin !
Sur la droite, on retrouve le gros buisson derrière lequel Serge peint, poétiquement disposé en corolle autour de lui, un troupeau de moutons encerclant ainsi son berger. Le fond de décor n'est plus du tout celui du pays de la montagne de Lure et de ses contreforts aux rotondités caractéristiques mais, totalement inventé, un paysage d'une toute autre ampleur, celui-là aux accents symphoniques, à la fois plus grandiose donc, et plus mouvementé, s'accordant ainsi sans doute beaucoup mieux, dans le regard du peintre, à l'augmentation évidente d'un certain fantastique dans la représentation altière du modeste et rustique village réel, initial, sur son rocher porteur.
Qu'on se le dise : cette toile sera présentée en bonne place cet été, à Gréoux, à la médiathèque Lucien Jacques, quand celle-ci se transformera, pour trois mois, de mi-juin à mi-septembre, en arche de Fiorio - ce qu'est, ici à sa façon, Le Rocher d'Ongles !
Deux autres détails du tableau.



