Texte de Jean Mogin.
Serge Fiorio, grand disciple du paysage.
L'art de Serge Fiorio, aujourd'hui très accompli, s'est formé patiemment à l'école du paysage. C'est un maître têtu, ressasseur, entiché de quelques grands principes répétés sous toutes les formes, que ce paysage de Haute Provence.
Il est lui-même, enfant de longs phénomènes, enfant de l'érosion, des eaux et du vent, il est comme usé de caresses qui ont adouci ce rebelle, et l'on dirait du côté de Reillanne, dans la vallée de l'Encrême, que des vagues lentes, profondes, régulières et immenses, ont creusé, très équitablement, ces mamelons où perchent les villages, ces combes où meurent les mas abandonnés. Par-delà commencent les garrigues, et les plateaux suivent. Côté Luberon, les mamelons se retrouvent massés au flanc de la montagne, comme des marcassins tétant la laie.
Le Luberon est un personnage ombrageux qui regorge de griefs bien fondés. On l'a saigné de ses forêts de chênes.
Une étude amoureuse, une intelligence physique, une cohabitation incessante ont identifié le peintre à ce milieu, à la lumière absolue qui a main mise sur tout cela l'été, aux passages des troupeaux de moutons sur la pierraille, des nuages sur la montagne. Il est devenu lui-même comme un recueil, un déposoir des reliques essentielles de ce pays. On a vu grandir sur ses toiles, pour y tenir un jour la place triomphale, exclusive, La Souche, La Carde. Les architectures, souvent magnifiées par l'aveu de la ruine, se refugient chez lui, et aussi des villages entiers, dans ce pays déserté, naissent de la volonté du peintre qui serait un ordonnateur magnifique de la reconstruction des bourgs de Haute-Provence.
Le dessin de Serge Fiorio s'est fait aux inflexions clémentes d'une terre que l'âge remplit d'indulgence ; il a pris, dans sa fermeté, une aisance, une souplesse musicale. Ce dessin passe du moutonnement des bêtes à la bergerie aux moutonnements des hautes collines sans insister sur les similitudes, mais les rendant, par sa discrétion, très évidentes. Les grands paysages, mi composés, mi rappelés de mémoire, les paysages d'hiver, où la roche perce sous la neige fine et jamais durable, sont des musiques intenses où semble s'exhalter la main d'un chef d'orchestre.
On aimerait, en face de ces ondes terriennes, croire en Dieu, pour le louer de ses hautaines harmonies, de leur danse, de leur bénignité.
Or Serge Fiorio, comme le Créateur qu'on voudrait imaginer à l'origine de ces symphonies de plans, de courbes et de recoupes, articule, marie magistralement les ciels à ces terres aériennes ; il fait en sorte que les ciels ne soient pas rupture, mais prolongement délectable, prolongation d'une jouissance.
La place manque à l'éloge que je voudrais faire des différentes manières de Fiorio, de la variété de ses dons et, surtout, de ce que son art acquiert chaque jour à force d'amour et de fidélité. A mesure que son dessin gagne en liberté, en faculté de créer ce monde en regard du réel, qui s'ajoute à lui sans le défigurer, à mesure grandit aussi la richesse d'une palette jamais fade, nourrie de saisons, d'accords de valeurs apprises en les lieux : éclairages réussis, petits matins furtifs avant les grands éclats solaires, fins d'aprés-midi au croisement du chien et du loup, vous êtes happés, prodigieusement durables, sur les toiles de la vigie de Montjustin. Serge Fiorio veille sur toutes les unions, fussent-elles de pure rencontre, clandestines, qui se font entre lumière et objets à vingt lieues à la ronde.
Bâtisseur souverain en ses toiles très composées, il obéit au génie d'un vaste pays, aux scènes intimes de la vie humaine ou animale, aux tragédies figées de l'aventure tellurique. Il va d'un pas de mieux en mieux assuré, attentif non pas à reproduire, ce qui le ferait verser dans le pittoresque, mais à traduire.Un art subtil et vigoureux se propose là comme une introduction, une initiation à l'un des plus altiers pays de France.
Jean Mogin
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Interview d'Albert Camus par Jean Mogin du 13 septembre 1955 pour la RTB
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Texte de Simone Jouglas.
Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Eugène Martel.1942.
Précisions relatives à la Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Eugène Martel,1942.
Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Yves Farge.1942.
Fruit des quatre saisons (revu et augmenté).
