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Serge Fiorio - 1911-2011.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
  • Actualités de l'œuvre et biographie du peintre Serge Fiorio par André Lombard et quelques autres rédactrices ou rédacteurs, amis de l'artiste ou passionnés de l'œuvre. Le tout pimenté de tribunes libres ou de billets d'humeur.
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18 avril 2026

Une évocation d'un autre temps sur une autre planète

   En dehors des billets d'humeur et des tribunes libres, je publierai désormais aussi ici, à l'occasion, quelques autres courts textes d'encore un autre genre n'ayant, non plus, pas forcément de rapport très direct avec la vie et l'œuvre de Serge.
Voici donc aujourd'hui une évocation d'un autre temps sur une tout autre planète...

*

Un souvenir d’enfance

Il faut continuer à faire en sorte que le passé ne cesse de nous parler.
Jean-Luc Pouliquen

   Au plus j’avance en âge, au plus me reviennent en essaims trente-six mille souvenirs d’enfance ; en voici un de ceux à propos de vipères, par exemple.
Je revois une sorte de géant qui m’impressionnait pour deux raisons principales : autant par sa forte corpulence, comme je viens de l’écrire, que par la nature toute spéciale de son gagne-pain.
En effet, passait régulièrement plusieurs fois au cours de l’été au Café Bellevue de ma grand-mère, place du Jet d’eau à Banon, cet homme qui sentait la cambrousse à plein nez, carburait au gros rouge et au Scaferlati, mais n’en était pas pour autant de la familière constellation des Laugier, ni de celles des Ravaute, des Bonnefoy ou encore des Pélissier, puisque n’étant pas du pays
– mais duquel ? Je ne m’en souviens plus –, il se nommait Léon Pétrequin et roulait les r.
Figurez-vous que, connaissant Lure comme sa poche, il y récoltait, chaque été depuis des lustres, des vipères vivantes « pour le compte exclusif » disait-il fièrement, de l'Institut Pasteur qui les lui payait bien. Tellement il y en avait là-haut à l’époque que le dicton voulait qu'il se trouve « au moins une vipère sous chaque lauze » où, paraît-il encore, elles se gavaient de fourmis.

Le venin qu’on leur extrayait par la suite chaque jour en labo à Paris étant bien entendu alors à la base de la fabrication du fameux vaccin antivenimeux.
Je me souviens encore très bien de sa physionomie de rude chercheur d’or (enfin, tel que moi à l’époque je les imaginais !), mais surtout de cette nasse en mailles de fil de fer serrées qui toujours l’accompagnait. Elle était grande, à peu près du même volume que nos parallélépipédiques valises en carton bouilli et comportait une grande poignée sur le dessus pour pouvoir être colportée à plat facilement. Nasse populeuse, grouillante, pleine de vipères entortillées mais cependant assez calmes qu'il avait tout récemment piégées à l'aide d'un court bâton métallique fourchu conçu exprès pour ce genre de capture.
Une fois le petit reptile bloqué au sol, il s’en emparait, disait-il, à main nue, le saisissant alors par la tête entre le pouce et l’index puis, entrebâillant la nasse, l’y faisait glisser à l’intérieur avec assurance.
Nasse-trophée qu’il ne posait jamais à même le parquet du café mais, ainsi plus avantageusement mise à l’honneur, sur l’une des tables de marbre pour que, tant qu’à faire, chacun puisse mieux s’estomaquer tout son soûl devant le spectacle de sa quelque peu monstrueuse ménagerie !
Une année, à tel point chargée en événements et en distractions de toutes sortes,  voilà que ce ne fut seulement qu’au mitan de la saison des feuilles mortes qu’on remarqua enfin que Léon Pétrequin n’était toujours pas venu ; cela tandis que ma grand-mère, elle, mourut subitement peu après.

 

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