Une lettre à Gérard Oberlé
Une fois n'est pas coutume, voici une de mes propres lettres, celle-ci adressée à Gérard Oberlé, libraire-écrivain, ami de Norge, de Lucienne Desnoues, de Jean Mogin et de tout le Montjustin de la belle époque.
Je l'avais publiée en 2021 (Dans le miroir des jours) mais jamais, jusque-là, dans le blog Fiorio.
*
Bien cher,
Ce fut une belle et heureuse surprise, ouvrant la boîte, d’y découvrir que l’aimable factrice y avait déposé une nouvelle lettre de toi !
Nous remontons ainsi ces jours-ci un peu le courant ensemble, en la compagnie de quelques-uns et quelques-unes dont nous avons eu le privilège d’être un temps de leur amicale escorte.
Hélas pour moi, je n’ai pas connu Norge, juste aperçu au cours de ses rares visites à Montjustin – sans Denise-la-Gorgone, il me semble.
Je le revois, la dernière fois, la tête auréolée d’un grand chapeau de paille claire (c’était l’été) sortant, à petit pas, au bras de son fils Jean d’une visite de La Pégasière et regagnant La Ferrage, en contrebas. Jean se trouvant sans doute déjà à l’interface entre ce monde et l’autre : gravement malade.
Je regrette un peu d’avoir offert sans réfléchir à Claude-Henri Rocquet voulant confectionner un hommage à Norge les dix-neuf pages du tiré à part – une photocopie aurait suffi – dans lesquelles le fils amorce le portrait du père par l’industrieux et minutieux récit de l’histoire familiale.
Je sais que la première ligne en est des plus poétiques : « Ce nom de neige sur cet homme de braise ! » Et, dans la toute dernière phrase, Jean Mogin écrit que ces pages lui ont donné « le goût de poursuivre » ; mais, à ma connaissance, elles n’ont, hélas, jamais eu de suite.
Alors, maintenant, qui donc se mettra au travail d’une biographie complète auquel ce texte serait alors une préface idéale ?
Je me souviens que Lucienne m'avait confié – avec de graves sous-entendus – que seuls Jean et elle savaient vraiment qui était Norge. Sans jamais m'en dire plus par la suite, ce qui ne doit pas, en rien, décourager, il me semble.
Au fait, qui écrira un Pour saluer Desnoues ? Mais le nec plus ultra ne serait-il pas – double, que dis-je, triple ! et alors très unique aussi en cela – que soit écrit et paraisse un Pour saluer les Mogin, dans lequel Norge trouverait, de droit, la place centrale qui lui revient entre sa bru Lucienne et son fils Jean ; parce que, entre nous, quel trio de choix ! Et sans doute unique dans toute l’histoire de la poésie française !
Hélas, pour le moment, pas même le début du moindre écho à cela tandis que cependant, en contrepoids, je viens comme par hasard à l'instant de le lire : « Il n'est nul homme qui n'ait son heure et nulle chose sa place. » Il est donc bon, en le cas, de penser plutôt cela en provençal : espérar n'y étant autre que le verbe attendre, mais vraiment vivement coloré d'espoir.
Quand Denise eut rendu l’âme à son tour, Lucienne m’a véritablement réquisitionné pour la conduire à la villa de Mougins où elle voulait à toute force tenter de récupérer tout ce qui pouvait bien encore s’y trouver.
Sur ses indications, le parcours fut un sans-faute : elle m’a guidé d’un trait jusque là-bas comme si routes, autoroutes, et finalement chemins serpentant entre les innombrables villas qui se ressemblent toutes, lui étaient depuis toujours sûrs et familiers.
C’est la femme de ménage avec qui elle avait pris contact et rendez-vous par téléphone qui nous a ouvert le Mas Amadou.
La maison était dévastée, comme après le passage d’une bande de cambrioleurs à laquelle un ouragan aurait prêté main-forte. Sur les murs vides ne restaient que carrés ou rectangles plus clairs en lieux et places des tableaux (de Denise, je suppose), le bureau-bibliothèque sur la droite en entrant offrait le même spectacle désolant. Sur les étagères, quelques très rares livres, en bataille, en vrac, cul en l’air, certains au bord de dégringoler. Les placards d’en face, violés et pillés eux aussi, ne contenaient plus que deux trois numéros de revues de mauvais genre qui firent faire une atroce triste grimace à Lucienne, elle qui, fervente, cherchait le manuscrit – pièce de théâtre ou poème, je ne sais – de… Tam Tam, facile à se souvenir comme titre. En vain, bien sûr. Tout ce qui avait une certaine valeur marchande, mais pas que, hélas aussi parfois sentimentale ou autre, avait été, en deux mots, en-volé.
Écrivant cela, me vient la vague impression que je te l’ai peut-être déjà raconté une fois tout cela par téléphone et je me dis que ce n’est pas très charitable de ma part.
Je voudrais finir ma bafouille sur quelque chose de plus agréable. La dédicace, par exemple, de Norge à Serge dans le gros recueil blanc de ses œuvres poétiques paru chez Seghers en 78 : « Pour Serge Fiorio, tout un maquis de poésie qui espère la joie d’accueillir vos pas.
En amitié, Norge. »
Je t'embrasse,
dd
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Bonnes (excellentes !) nouvelles de Gérard Oberlé
Les Mogin, un trio de choix
Pour les cent ans des Mogin
Norge. Une lettre de 79 parue en 1998
Lucienne cite Norge
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Origines et enfance de Norge (3), par Jean Mogin, fils du poète et poète lui-même
Une lettre de Jean Mogin
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Un court poème que Lucienne m'offrit
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Lucienne Desnoues
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Lucienne Desnoues. Un mot tout jeune encore !
Me souvenant de Lucienne
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Le hibou de la Pégasière, à Montjustin
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Lire Lucienne Desnoues
À propos de Lucienne Desnoues dans une lettre de Natalie Clifford Barney à George-Day (nom de plume d'Yvonne Debeauvais)
Sur un portrait de Lucienne Desnoues. Impromptu 14
Jean Mogin
En guise de Tribune libre : poème de notre temps (de Jean Mogin)