À propos de deux tableaux du peintre du Revest
Deux peintures d’Eugène Martel, « le peintre du Revest », ont particulièrement mauvaise presse, victimes d’obscurantisme ni plus ni moins. À savoir, Le portrait (resté inachevé) de Jean Giono peint en 1939 et cet autre, de 1904, Le café des sœurs Athanase.
Il y a quelques années de cela, on a même beaucoup ri d’Eugène Martel dans les " milieux autorisés " à partir de lectures de ce qu’écrivit à mesure Jean Giono dans son journal à propos des interminables séances de pose…
Cela sans jamais le moins du monde pouvoir imaginer, donc tenir compte sur la balance et rendre justice de ce que, de son côté, Martel peignant ce portrait pouvait lui-même alors endurer en silence.
Je n'ai jamais entendu dire, ni lu non plus, quelque chose de pertinent ou même de simplement positif sur ce portrait. Certes, « peintre vérité », Martel n’est pas de la même trempe que les innombrables bavards tresseurs de lauriers, il représente l’écrivain tel qu’il se présentait à son regard acéré de portraitiste largement éprouvé : sous un jour il est vrai physiquement peu flatteur, le regard froid des poissons des profondeurs et, de plus, non en écrivain mais pipe en main trônant dans un fauteuil, en confortable bourgeois à embonpoint et à Légion d’honneur !
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Or, quoi qu’il en soit ainsi à première vue, la qualité et la vérité profonde d’un portrait ne sont, dans tous les cas, jamais à soupeser, loin de là, uniquement à l’aune de telles apparences qui, n’empêche, gardent bien entendu tout leur sel ; la qualification de « bonne peinture » relevant en grande partie d’un tout autre plan, au-delà du modèle et même, plus généralement, quel qu’il soit, au-delà de tout autre sujet.
Mais c’est ainsi qu’assorties, hélas, de cette sorte de sotte méconnaissance et grégaires à souhait, les rumeurs ont ensuite sacrément la vie dure et gardent, si je puis écrire, le monopole, entravant et même bâillonnant parfois toute éventuelle honnête critique à venir.
À tel point qu’en 2022, c’est-à-dire plus de quatre vingt ans plus tard, ce portrait a bien failli être recalé pour figurer en couverture du fort volume des lettres du peintre à l’écrivain ; alors qu’il s’imposait alors justement, idéal en le cas, comme une évidence !
Il est donc soi-disant mauvais selon la rumeur publique, mais à mon sens que nenni, je le défends. Il est même excellent. Tout comme l’est également, pourtant tant décrié aussi – celui-là à l’imbécile motif de mauvaise moralité –, Le café des sœurs Athanase qui m’apparaît, celui-là, d'une grande force, à la Goya en ses scènes de genre, rien de moins !
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2026 étant l’année de la prochaine exposition Martel au musée Vouland d’Avignon, je forme donc le vœu qu’entre tous ces deux Martel y soient, et par là même en quelque sorte réhabilités !
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Au café avec Eugène Martel par André Poggio
Revue Giono. Hors-série Eugène Martel, 230 pages
Martel-Fiorio, premiers et dernier contacts
Martel quand tu nous tiens !
Martel au café des sœurs Athanase
Eugène Martel, un souvenir de Marthe Savon-Peirron
Eugène Martel sur le départ
Une lettre d'Eugène Martel
Serge Rezvani, Daniel Arasse, Lucien Jacques et Eugène Martel
Texte de Marthe Savon-Peirron à propos de la peinture de Serge
Images d'Eugène Martel par son ami Maxime Girieud
Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Eugène Martel.1942