Vachères. Une page d'histoire (pas que) locale
De récents échanges croisés m'ont amené à consulter plusieurs documents via ce lien-source : parcours-thematiques-mont-
Et j'y ai trouvé, au sein de la rubrique Bibliographie – mais je n'ai présentement pas le temps d'en rechercher les coordonnées précises – un texte qui, à mon sens, situe bien et transcrit fidèlement l'une des plus belles pages d'histoire locale (mais pas que) des années cinquante en pays de haute Provence.
Texte que je répercute donc ici in extenso avec plaisir, mais sans en avoir au préalable – Aïe, aïe, aïe ! Vous me porterez des oranges ? – demandé l'autorisation. N'en mentionnant, non plus, précisément l'auteur, ce texte n'étant pas signé.
PS : C'est au décès prématuré de son mari Achille, mécanicien à Taninges en Haute-Savoie, que la sœur de Serge, Ida Méruz, fit restaurer une petite ruine à Montjustin et vint s'y installer près des siens avec sa jeune fille Sylvie.
Pour en financer bientôt les études, Ida s'attela, entre autres, à apprendre la vannerie auprès des Ateliers de village qui écoulèrent ensuite sa production ; puis elle s'embaucha encore comme cuisinière en chef chez Harmonia Mundi, à Saint-Michel.
Une erreur (dans le texte ci-dessous) qu'un lecteur me signale : « Ce n'est certainement pas en 1956 qu'Alpes de Lumière a investi Salagon. »
Ayant consulté l'historique du lieu sur la page Wikipedia j'ai pu y lire : « En 1956, l'abbé Pierre Martel, curé de Mane, et l'association qu'il a créée, Alpes de Lumière, nettoient l'église avec l'accord de la famille Calixte, propriétaire des lieux. » Ce qui, convenons-en, n'est effectivement pas tout à fait la même chose qu'investir les lieux.
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Après la guerre de 1914-1918, la Haute-Provence se dépeuple dramatiquement. L’arrivée du machinisme dans les campagnes réduit le recours à la main d’œuvre locale et favorise l’émigration massive des paysans, femmes et hommes, vers les villes et les campagnes du bas pays (Aix, Toulon, Marseille) où ils occupent des emplois subalternes. Le piémont sud de la montagne de Lure est particulièrement touché. Certains villages sont entièrement désertés par leur population (Redortiers, Montsalier, Montlaux, etc.). En 1953, Pierre Martel (1), fils d’une famille de paysans du Revest-du-Bion, fonde l’association Les Alpes de Lumière pour tenter d’enrayer cette hémorragie humaine et culturelle et de réanimer le territoire. Dès 1956, l’association investit le prieuré de Salagon (Mane) qui – sur la base des collections d’objets rassemblées par Martel – deviendra le Conservatoire ethnologique de Haute-Provence (aujourd’hui musée départemental).
Encouragés par Martel, Jean et Jacqueline Mascaux tournent deux films : Provence secrète et Gens et métiers de Provence (1959), où se lit leur fascination et leur amour pour ce pays intérieur dont ils tentent de retenir les gestes et les visages d’un monde paysan en train de s’évanouir. Films loin de tout folklore qui seront présentés au Musée de l’Homme en 1960. Les Mascaux viennent d’acheter une maison à Vachères où ils s’installent définitivement. « Il ne s’agit pas d’un nostalgique retour à la terre » écrit Jean Mascaux, « notre but était de s’insérer dans la vie d’une communauté rurale et de mettre tout en œuvre pour rompre l’isolement et le désespoir de certains agriculteurs ».
Soutenus par Pierre Martel, ils créent Les ateliers de village en 1960 (2), afin « de fixer dans les villages de l’arrière-pays, grâce au travail artisanal, une population de plus en plus exsangue ».
« Il faut être vraiment fou pour entreprendre un travail pareil. Grâce au ciel, nous sommes fous ! » écrit Jean Mascaux en 1961. Fous, peut-être, mais enthousiastes et têtus : aux ateliers, succède le Centre d’artisanat rural dont l’équipe compte jusqu’à 14 membres parmi lesquels de nombreux agriculteurs devenus artisans, mais aussi un facteur-forgeron, des céramistes, et les Mascaux (Jacqueline, tisserande, et Jean, photographe) chez qui, chaque été, sont exposées les créations des uns et des autres : chaises, tabourets, canapés, fauteuils, petits meubles en bois, paillouses, bougies, bougeoirs, chenêts, bols, assiettes, plats en terre à feu, couverts en bois, tissages. Les expositions reçoivent chaque année jusqu’à 3000 visiteurs ! Le Centre expose aussi à Paris, l’hiver, mais aussi à Lyon, Grenoble, Aix-en-Provence et même Munich. L’expérience dura jusqu’en 1983, avec la satisfaction que les paysans vachèrois et des alentours n’auront pas été contraints « de quitter leur village pour aller pousser une brouette à Aubagne », participant ainsi à la réactivation d’une « culture attentive à l’humble réel quotidien » et à « l’invention rurale », chères à Pierre Martel qui, tout comme Jean Mascaux, rêvait – pour ces Alpes de Lumière « de la création d’un Parc naturel de la Haute-Provence ». Revivifié, le haut pays provençal, et en particulier la région de Forcalquier, a attiré écrivains, peintres, éditeurs dans les années 1960-70, et à leur suite de nombreux « néoruraux » (3) qui viennent là chercher un autre rapport au monde et à la société.
(1) Relire Pierre Martel, Les Alpes de Lumière, 143, 2003
(2) Une expérience d'artisanat rural à Vachères, 1&2. Les ateliers de village, Le patrimoine de Vachères, Jean Mascaux, n°13 et 14, 1997 et 1998
(3) Néoruraux, Anne Attané, Katrin Langewiesche, Franck Pourcel, Le bec en l'air, 2004