-Vous faites du naïf ?
Non, non, de la peinture !

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-Accepteriez-vous de vous séparer pour moi d'un de vos pinceaux ?
Un tout neuf ?
-Non bien sûr, le plus usagé possible.
Alors, c'est celui-là ! dit-il en tendant à la personne celui avec lequel il était justement en train de peindre.

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C'est que bientôt on va me demander des pinceaux comme on réclamait des médailles au curé d'Ars. Mais moi, sans pinceaux, je ne suis plus rien !

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Au début, à Taninges, je dessinais ce que je voyais et, au bout d'un moment, continuer me devenait impossible, j'étais dans une impasse. Alors la vie a fait que j'ai été obligé de peindre seulement les jours de pluie dans les baraquements de chantier. Il fallait désormais que je puise en moi et non plus au-dehors : que je compose, dans tous les sens du terme.
J'ai peint de mémoire quelques bouts de paysages, ceux d'alentour qui me paraissaient les plus plastiques (la montagne est plus théâtrale que plastique).
Mais ceux qui ont vu ça, tous, très vite m'ont dit, fort prémonitoirement : « Ça ressemble à la Provence ! »

Numérisation_20200303 

-Vous peignez rapidement ?
Oh que non ! Il doit y avoir un ou deux escargots dans mon arbre généalogique.

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Pour être écologiques, mes peintures n'en comportent pas moins dans la composition ce que j'appelle des « lignes à haute tension. »

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Dans ma jeunesse, au village de Taninges, en Haute-Savoie, ce qui rendait le carnaval passionnant, c'est qu'il n'était pas figé dans sa tradition.
C'était l'époque où les films comiques, les burlesques et leurs gags, occupaient pour une grande part les écrans de cinéma et remplissaient la salle d'éclats de rire. Ils stimulaient notre imagination et enrichissaient ainsi le carnaval de trouvailles inoubliables, renouvelées chaque année dans un esprit de fête nous faisant bien oublier la dureté de l'hiver.
C'est à cette belle source fascinante que je puis les miens.

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Je n'aime pas parler de ma peinture, je préfère peindre !

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Naïveté, Nativité, les mots sont proches.

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Quand on me commande un tableau en m'en précisant le sujet, certains détails ou autres, il y a souvent soudain rencontre entre le désir exprimé et mon imagination. C'est un peu comme si cette dernière s'identifiait alors au désir du demandeur et je n'ai plus qu'à les laisser mûrir ensemble ; cela résout d'ailleurs en grande partie, et très vite, bien des problèmes qui se présentent habituellement à la naissance d'un tableau.

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Il y a deux neiges : celle qui arrive et celle qui s'en va.
La deuxième laisse beaucoup de boue, de sales couleurs.