Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Jean 12, 24

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   Dans la page biographique (que je viens de découvrir) parue en tête du catalogue édité par l'efficace et généreux groupe de bénévoles ayant œuvré cette année pour l'exposition Lucien Jacques au musée municipal de Forcalquier, Jacky Michel écrit à propos de Lucien à Montjustin : « Il tente de relancer, en vain, un cercle d'amitié comme au Contadour. »
C'est le en vain qui m'a immédiatement fait tiquer, ce pourquoi la plume, depuis, me démange. Alors, je me dois de "gratter" un peu, le temps d'une indispensable argumentation contradictoire, car j'ai sur la question un point de vue tout à fait différent, opposé même, on l'a bien deviné. 

En effet, si, pour ce qui est des rencontres et de l'amitié, l'on examine seulement (car étant chacune incomparable, et bien entendu incomparables entre elles) l'aventure du Contadour en regard des Riches heures de Montjustin - ces dernières ayant justement débuté par l'arrivée providentielle, le 17 janvier 1945, de Lucien Jacques au village et s'étant continuées, bien au-delà de son décès, jusqu'à celui de Serge du 11 janvier 2011, dates qui à mon sens les bornent assurément - l'on se rend compte qu'à Montjustin il ne s'agit pas du tout d'un cercle, ce qui aurait fermé la communauté sur elle-même !, mais bel et bien d'un foyer ouvert, vaste et rayonnant, bien plus riche ainsi en personnalités de toutes sortes et de tous horizons (puisque pas forcément jeunes, ni artistes, ou intellos, comme l'étaient par contre - dans la logique et le sens de l'Histoire - la grande majorité des contadouriens. Pierre Magnan en rend bien compte, de près, en toute connaissance de cause : fin observateur, il en était). 
Frappante aussi en est la durée de vie incommensurablement plus étendue que celle des 
Rencontres du Contadour.

Serge et Lucien

Serge et Lucien. Photo Marcel Coen.

Pour preuve et pour mémoire, qu'on en juge : les Rencontres du Contadour eurent lieu de septembre 1935 à septembre 1939.
Pile-poil 5 années consécutives.
Débutant, comme déjà écrit un peu plus haut, à l'arrivée de Lucien le 17 janvier 1945, les Riches heures de Montjustin se poursuivront, elles, jusqu'au décès de Serge du 11 janvier 2011 : soit pendant, oui, plus d'un demi siècle, 66 années durant ! 

C'est, on en conviendra, d'un tout autre ordre, et sous une forme en rien organisée, sans à priori ni coloration philosophique, idéologique, religieuse, ou autre. L'intégration de nouveaux éléments se faisant, au fond, le plus souvent spontanément, par cooptation parfois, les uns amenant les autres ; mais finalement, en tout dernier ressort, selon un filtre occulte, subtil, enfoui au beau milieu des sensibilités et des générations mélangées. Et il y eut aussi, présences plus ou moins heureuses, marquantes ou indifférentes, étranges, de nombreux oiseaux de passage. Perchés, blessés, ou planant, entre autres attitudes.

De par le droit fil de ses vives convictions pacifistes, le Contadour s'inscrivit forcément dans l'Histoire immédiate. Ce qui ne fut pas du tout le cas pour la communauté villageoise de Montjustin dont on découvre à peine aujourd'hui un petit peu la richesse et l'ampleur sur lesquelles, un jour prochain, il faudra bien que quelqu'un lève plus hardiment le voile en nous en racontant fidèlement toute l'histoire pour, par là, en approcher au mieux la valeur en même temps que le sens véritable.

Mais revenons à Lucien Jacques lui-même qui, outre l'exercice de ses multiples dons et talents artistiques dont nous profitons encore aujourd'hui en ses œuvres, incarna à Montjustin - sans doute tout désigné en cela par de rares qualités et dispositions intérieures - ce fameux « grain de blé tombé en terre » grâce auquel - quoique nombreux à ne pas avoir su le reconnaître tel - ce fut pour toutes et tous bien plus et bien autre chose qu'un simple coup de chance de pouvoir se nourrir, sur cette colline à cheval sur deux vallées, du fruit déversé là au quotidien, pendant des décennies, en véritable corne d'abondance envers chacune et chacun.

Une amie de longue date me répétait encore récemment que « les artistes sont plus qu'eux-mêmes ». Entre tous sur cette Terre, ce fut en effet bien le cas de Lucien en particulier !

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À voir et à écouter : (Lucien Jacques, Fiorio, Ibanès.)
LES RICHES HEURES.
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Lucien Jacques (1891-1961) au musée municipal de Forcalquier

Lucien Jacques (1891-1961) au musée municipal de Forcalquier

Bien trop souvent relégué dans l’ombre de Giono dont il fut, certes, à ses tout débuts d’écrivain, le providentiel critique, pertinent et avisé, puis, de là, et pour toujours, l'ami le plus proche ; Lucien Jacques - 1891-1961 - est, n'empêche, dans... Lire la suite
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La Montagne de Lure et le Plateau d'Albion encore menacés.

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Instants d'humanité par Hubert Blond, photographies de Sandy Rousson.
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Les auteurs se sont rencontrés in situ, sur le rond-point occupé par les Gilets jaunes à l'entrée de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence ; là même où, il y a peu encore, l'actuel premier flic de France était maire du patelin. Heureux et... Lire la suite
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