Si je te dis de me parler d'art, tu vas me balancer un condensé de tous les livres sur le sujet. Michel-Ange, tu sais plein de trucs sur lui. Sur son œuvre, sur ses choix politiques, sur lui et sur le pape, ses tendances sexuelles, tout le bazar quoi. Mais je parie que ce qu'on respire dans la Chapelle Sixtine, son odeur, tu connais pas. Tu ne peux pas savoir ce que c'est que de lever les yeux sur le magnifique plafond. Tu sais pas.

Will Huntig

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   Parus dans le Tagesspiegel, ces deux textes traduits ici en français et manuscrits de la main même de Serge - sans doute directement sous la dictée d'un traducteur improvisé de passage à l'atelier - semblent donc avoir eu assez de valeur à ses yeux pour qu'il veuille ainsi en conserver copie. 

Il faut savoir qu'alors impressionné, il faut bien le dire, par les multiples manifestations et les nombreux articles des années 61-62 concernant sa peinture - celle-ci se trouvant, de plus, en même temps, en grand renouvellement interne autant qu'en pleine expansion -, Serge s'occupa lui-même de constituer quelques sauvegardes d'articles, puis renonça finalement assez vite à ce rôle d'archiviste, consacrant plus volontiers un maximum de son temps à son art, à son jardin, ses promenades, ses amis et la foule sans cesse croissante de ses visiteurs de toutes sortes venant de tous les horizons.
Ainsi, la plupart des articles qui figurent dans son fonds d'archives personnelles lui ont donc le plus souvent été communiqués au fil du temps par des amis ou des connaissances qui les lui ont mis de côté en attendant de le revoir bientôt, ou bien encore tout de suite envoyés par la poste.
Fidèles d'entre les fidèles, Henriette et Émile Lauga ont, quant à eux, patiemment  découpé et "collectionné" de telles coupures de presse dont Henriette m'a généreusement confié la liasse en rouleau peu avant le moment venu pour elle de quitter Reillanne.

Inégale dans son contenu, cette littérature journalistique - qui, on le sait, est trop souvent écrite à la hâte et parfois imprimée sans relecture pour l'édition du lendemain - vaut quand même d'être parcourue avec attention pour de multiples bonnes raisons. On y trouve, en effet, pêle-mêle, aussi bien des "perles rares" que, tout à coup, une reflexion de haut vol au détour d'une phrase, de la poésie bien sentie, des bribes d'interview contenant des renseignements clairs et nets, indiscutables mais restés méconnus, sur la vie du peintre et sa peinture à telle ou telle une époque donnée. Parfois aussi, tout le "papier" est bon, livrant un rare témoignage devenu aujourd'hui exceptionnel ou une critique valable, étayée, éclairant parfois notre lanterne, tout le long de ses colonnes, sur tel ou tel point important ou plus généralement sur l'ensemble de l'œuvre alors encore en cours d'évolution.

Serge ne fit cependant jamais grand cas de ce genre de minerai. Jamais je ne l'ai vu "repasser" ces documents comme avec plaisir il aimait par contre le faire avec les photographies ou certaines lettres reçues qui, aussi bien l'émouvaient, l'enchantaient bel et bien, ou le faisaient encore parfois, avec le recul du temps, éclater de rire  spontanément à la relecture, sans retenue !

-Tu te rends compte, écoute un peu ce que celui-là m'a écrit !

Et il nous régalait alors sur-le-champ du plus ou moins grand et intense morceau d'anthologie qu'il nous récitait tout de go à voix haute et bien sûr rrocailleuse, visiblement avec gourmandise, sans plaindre, non plus, au passage, quelques effets - mimiques et gestes - bien sentis selon l'art du conte et de la mise en scène façon famille Fiorio !

Textes expos Serge 1

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 Outils de maçonnerie, 50X61 cm, début des années soixante.

Texte expo Serge 2

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Outils de maçonnerie. 
Analogies et autoportraits in absentia.
 Natures silencieuses d'outils, entre autres.
Nature morte, vraiment ? 

À propos du fameux peintre-naïf-cousin-de-Giono.