- Mais qu’est-ce qu’un poète ?
- C’est quelqu’un qui ne passe jamais à la télévision parce qu’il n’est pas connu.
- Et pourquoi n’est-il pas connu ?
- Parce qu’il ne passe jamais à la télévision.
Jean L'Anselme

 

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   Consacré à Dufy au Havre, un récent article des Soirées de Paris a rameuté dare dare mes toujours aussi vifs agacements de provincial à l'encontre de l'Histoire de l'art officielle soutenue et entretenue, un article après l'autre, postfaces après préfaces, catalogues après catalogues, par les présentations et réflexions consensuelles de plumitifs enfants du sérail qui ne sont que trop souvent portés - c'est là leur fonction, pardi ! - à applaudir, et donc à faire applaudir à tout-va, à certaines œuvres pourvu que leur auteur soit doté du "bouclier magique" soi-disant indiscutable : celui de la sacro-sainte célébrité ! 
Facile à constater, la remise en question n'a guère droit de cité en le domaine où - solidaire, faisant bloc - personne ne "démolit" ni même ne "bouscule" jamais aucune réputation - serait-elle la plus fumeuse ou la plus surfaite - de crainte sans doute que, par un tel malencontreux possible effet de dominos, tout le grand jeu de construction y passe !

Aussi, depuis belle lurette maintenant, qu'est-ce que nous avons - oh Bonne Mère ! - comme « peintres majeurs » ! Treize à la douzaine - s'il ne s'agissait encore que de douzaines... -, il en sort de partout : des anciens, des modernes, des retapés, des rechapés, ainsi que des flambants neufs tout nouveaux sur le marché. Tellement, que critiques et journalistes ne s'y retrouvent quasiment plus eux-mêmes, ne sachant plus vraiment, au seuil de chaque nouveau "papier", vers lequel devoir se tourner et se prosterner pour l'y porter pour la première ou la énième fois au pinacle !
Heureusement que de rudes et vigoureux financiers en la matière - commissaires et nombreux autres personnages assermentés à l'appui - tranchent de haut, décident, désignent, dispatchent, et ainsi régulent et canalisent ce que, à mesure de leur choix impérato-spéculatif, le grand public se devra d'admirer ou d'ingurgiter coûte que coûte en payant pour d'abord faire la queue.

À leurs dires, à les lire - mais regardons donc d'abord de quoi il s'agit ! - Dufy  serait bien, sans s'y tromper, un de ceux-là à nous faire de nouveau se pâmer ! 
Effectivement, il a le pedigree : la chronique porte témoignage qu'il a bel et bien fréquenté un tel et un tel à Montmartre, s'est frotté à tel ou tel autre aussi - moins connu, certes, mais quand même ! -, ne serait-ce que par personnes interposées. Matisse comme il se doit, Braque aussi, peut-être Picasso lui-même ! Et des poètes, à tire-larigot ! De là, businessmen à l'œuvre et à la manœuvre, sa réputation - à défaut d'autre chose - est, dès lors, depuis longtemps aujourd'hui, monté en flèche.
Et, c'est vrai, lorsque pour ma part je regarde et considère son œuvre de près - quoiqu'uniquement par le petit bout de ma lorgnette - je la trouve effectivement parfaite, d'un talent net et précis, particulièrement apte à fournir, sur mesure, à la demande, sans coup férir, de grandes affiches officielles fort tape-à-l'œil aux friands offices de tourisme de la Côte, de Paris, Trouville ou Saint- Tropez.

Dufy   Raoul Dufy, une peinture qui plaît

Le Casino de Nice et la tour Eiffel.

La plume bien sûr involontairement malheureuse, un brin traîtresse - assassine ? - certains de ses admirateurs professionnels utilisent certains mots trahissant assez une pensée, un sentiment, qui, il me semble, rejoignent les miens. Qu'on en juge sur pièce : « Ses dessins témoignent de plus que de l’habileté. Et même si, comme le rapporte Fanny Guillon-Laffaille, Il lui arrivait de dessiner des deux mains en même temps ”, l’art de Dufy ne tient pas dans une simple virtuosité contenant en soi seul son intérêt. C’est l’aboutissement d’un travail incessant couronné par le génie que n’explique jamais la facilité. » Tout est dit - avoué plutôt - sans l'avoir voulu !

Dommage qu'il ne soit venu s'établir à Forcalquier que contraint et forcé pour raison de santé et, en fait, y mourir ; car je ne doute pas une seconde que s'y découvrant à lui-même, Dufy aurait pu, au contraire, y renaître. Je veux dire se "refaire" en partie par d'autres peintures plus sérieuses une fois sa sensibilité aux prises avec, entre autres antipodes, les rudes mystères et vents de Lure, l'infini, bleu et or en été, du vaste plateau de Valensole, que son œuvre - certes célébrissime, mais en vérité restée fluette et mondaine à souhait - méritait donc bien d'affronter pour y gagner à coup sûr autant en force qu'en rares qualités intérieures.

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Quelques autres billets d'humeur :

Commissaires et compagnie.  

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Invitation inauguration