L'époque devient de plus en plus folle. Cela de temps en temps nous déboussole mais le plus souvent nous affermit dans nos convictions essentielles. Soyons bien vrais, soyons bien chauds, bien attentifs à tout, bien pudiques, ayons le plus d'amour, le plus de vertus et le plus de style possible.

Lucienne Desnoues
Lettre à Serge Fiorio du 3 novembre 1969.

Où le merveilleux perd ses droits commence l'abstrait. 
Louis Aragon

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   Petite-nièce du maréchal-charron du Grand Meaulnes, Lucienne Desnoues excelle à s'emparer du langage pour le plier et le soumettre à l'emprise du poème en lequel, au bout du compte transfiguré de main de maître, il accède en retour et en profondeur à ses dimensions internes, intérieures : magiques, celles de la poésie elle-même !
Jamais le moindre tour de passe-passe, rien, non plus, de facile, pas d'à peu près, encore moins d'absurdités à la mode : seule l'inspiration la plus haute allant allègrement de pair avec - elle, qui ne se voit pas - une montagne de travail ; les deux ensemble visant à chaque fois le chef-d'œuvre.

Lucienne Desnoues et Mumu (sa chienne Muscat)

Traverser et faire traverser les apparences de la façon la plus magique et à la fois la plus naturelle du monde est son point fort, bien présent tout au long de son œuvre. Puissante poésie que la sienne, flamme sensible et rayonnante capable d'éclairer en quelques mots comme aucune autre ; capable, pour cela, de consumer l'ordinaire jusqu'à transfigurer le moindre morceau de bois mort en lumière.

Lucienne Desnoues n'a jamais fait partie des écrivains "de vitrine" fournissant, à chaque rentrée littéraire, leur nouvelle livraison en pâture. Bien au contraire, elle fait partie de cette catégorie de poètes dont on ne voit jamais aucun recueil sur les rayons des librairies : c'est dire combien il y a urgence à ce que son œuvre soit aujourd'hui rééditée.
Mais c'est bien sûr ailleurs encore que sa poésie se distingue le plus profondément de celles de ses consœurs et confrères en écriture. Par ses thèmes, ses sujets, et la forme très classique, fidèle aux rappels, aux échos, aux pouvoirs subtils de la rime auxquels elle plie avec soin, rigueur et exigence, ce qu'elle a à dire selon un art poétique bien à elle très au point.

Lucienne Desnoues respirait la poésie au cœur même de sa vie quotidienne ; elle a beaucoup écrit tout en faisant la cuisine, en cousant, de retour du jardin, d'une promenade... Le familier le plus prosaïque l'inspirait au même titre que tout ce qui nous dépasse et, devant les plus grandes questions, elle puisait en un même esprit espoir, confiance et réconfort, dans la célébration des plus petites choses.

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Quelques liens...

Sur un portrait de Lucienne Desnoues. Impromptu 14.

Une épistole de Lucienne Desnoues aux Fiorio.

Lucienne Desnoues, Lucien Jacques et Pégase, entre autres.

Lire Lucienne Desnoues.

Le livret Trois de Montjustin.
(D'où est extrait le texte d'aujourd'hui).

Rencontre et article de Claude-Henri Rocquet concernant Lucienne et Jean.

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NB : fidèle lecteur du blog Fiorio, notre ami le chanteur-poète - également écrivain et éditeur - Jacques İbanès  se produira très bientôt au Pavillon Carré de Baudoin, là-même où se tient, prolongée jusqu'au 2 janvier, l'exposition Willy Ronis par Willy Ronis.
La poésie de Lucienne Desnoues fait, depuis longtemps, tout naturellement partie de son riche répertoire.

Ibanès