Que dire des célèbres portraits de son père et de l'oncle Fortuné dont la perfection,
à la fois si classique et si personnelle, passe tout éloge ?

Marthe Savon-Peirron, amie commune à Serge et à Eugène.

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   Le numéro 107 de la revue Alpes de Lumière comporte, selon moi, une erreur de taille dans son titre en y présentant Eugène Martel comme étant un peintre moderne.
Bien que né en 1869 et décédé en 1947 - mais les dates seules n'étant pas forcément garantes de la modernité en peinture - rien en son œuvre ne me semble décidément témoigner ou prêcher en ce sens particulier pour pouvoir cataloguer le peintre de la sorte.
Au contraire, s'il est un classique, au sens large cependant, c'est bien lui, Eugène Martel ! Et pour causes, au pluriel : ni son haut métier acquis en partie - en partie seulement : le reste, de lui-même, en autodidacte bas-alpin - dans deux des ateliers les plus prestigieux de son temps - Grivolas en Avignon et Moreau à Paris -, ni la nature de ses sujets et la façon fort savante de la bonne science qu'il a de les traiter, pas plus que l'inestimable idée qu'il se faisait de la nature et de la mission de l'art - à laquelle il souscrivit très jeune, j'imagine, et resta en tout cas fidèle autant qu'il put, jusqu'à son ultime autoportrait testamentaire le représentant de près, serein enfin - ne sont modernes !
C'est que ses ingrédients et ses motivations à créer vont chercher et puiser loin en lui, en sa psyché : autant dans les complexes et riches arcanes de son arbre généalogique que - mystique à sa façon - dans son incommensurable soif d'absolu.
Éminemment raffinée et complexe à l'image de son créateur, l'œuvre de Martel est le fruit d'une méditation pratiquée et conduite au quotidien, entretenue, perfectionnée à mesure, pour mieux atteindre, pinceau en main, à l'essence des choses et surtout des êtres, les rejoindre ainsi - pays et payses - quelque part en les profondeurs de leur âme éternelle.
À chacun ses Sainte-Victoire, n'est-ce pas !

Martel l'oncle

Bas-alpin anch'io, ma Joconde à moi, c'est ce magistral Portrait de l'oncle Fortuné ! 1922.

Certains artistes ont été modernes avant l'heure officiellement retenue exacte par l'Histoire de l'art, et d'autres - encore aujourd'hui - classiques bien après, dans la même nomenclature... Nombreux se trouvant, eux, sans problème, à cheval sur les deux qualités : l'une ou l'autre, suivant chacune des œuvres tour à tour réalisées !
Il faut dire qu'en de multiples points l'Histoire de l'art, parce que bien trop scolaire - professorale plutôt - et donc trop éloignée de la réalité, est à revoir, à refaire, à commencer par sa classification intensive, la mise en avant de certains noms et mouvements de façon quelque peu, ou pour le moins, arbitraire. Cela rabâché maintenant depuis des lustres, de livres en livres, compilé jusqu'à plus soif, sans mises au point ni mises à jour importantes.
Sans remise en question : surtout pas !
Hélas, cet état de fait s'aggrave encore actuellement par l'usage du pouvoir désormais tout-puissant de la médiatisation à outrance dans un monde où l'argent est plus que roi : un canal par lequel on peut faire "passer" tout et n'importe quoi au premier plan... du moment que les banques y trouvent leur compte ! Éditeurs et marchands, «la presse qui compte», décident du sort des artistes, ainsi que de celui de celles et ceux désormais fabriqués de toute pièce dans les écoles d'art ; de celui de tant d'autres qui, autoproclamés, surgissent d'un peu partout, façon génération spontanée, bons et mauvais confondus en un même panier.
Aussi, il est douloureux mais très facile de vite se rendre compte par soi-même que la production toute entière de tel ou tel soi-disant « grand peintre »  ne vaut  trop souvent vraiment pas tripette, pas même un furtif pet de lapin - en dehors du marché où, fait exprès, parfois ses prix flambent afin d'alimenter et ainsi entretenir la flamme de la confiance en un marché beaucoup plus vaste mais en rien artistique ! 
Cela, tandis qu'en le même temps le merveilleux indiscutable talent à multiples facettes d'un autre, de surcroît modeste-illustre-parfait-inconnu, nous saute un beau jour aux yeux au moment de sa découverte puis, nous restant à jamais présent en mémoire, nous fait par la suite encore gravement frissonner jusqu'aux moelles sans prévenir, rien que d'y penser !

Comme leur douce commune amie Marthe citée en exergue, sur Martel et son œuvre Serge ne s'est pas trompé quand, tout à la fin de sa lettre du 24 octobre 1949 à Paul Geniet, son confident épistolaire de première sur une dizaine d'années, il écrivait sans ambages :

Fin de lettre

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De quoi lire :

Martel et Bussy. Autour de deux portraits de Raoul Martin enfant.
Eugène Martel peint par son ami Simon Bussy.
Eugène Martel et Simon Bussy au Contadour.

Texte de Serge sur Eugène Martel.
Un autre témoignage de Serge concernant Eugène Martel.
Une lettre d'Eugène Martel.
Eugène Martel.
Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Eugène Martel.1942.
Images d'Eugène Martel par son ami Maxime Girieud.
Giono au secours de Martel.

 

 Eugène Martel (1869-1947). Redécouverte d'un peintre moderne.
(Bien que  décédé en 1947, je ne vois pas Martel comme un peintre moderne. S'il est un classique, c'est bien lui.)

Giono et les peintres, site de Michèle Ducheny.

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Un dernier rappel : jusqu'au 29 septembre 2018,

la médiathèque Lucien Jacques de Gréoux-les-bains présente l'exposition Voyage en Egypte 1933 de Lucien Jacques.

Egypte