Quelques lignes à propos de la tour nord sise dans ce qui reste des remparts de Montjustin. Cette tour de guet bâtie sur l'ancien chemin de ronde appartenait (à l'époque où je reçus la commande de sa restauration, la malheureuse étant vraiment alors en piteux état) à John Gwynn, un anglais nouveau venu au village contre lequel, tout de suite à son arrivée, deux trois "Jeanne d'Arc" surgies de derrière les fagots s'enflammèrent spontanément avec véhémence et, sans aucune autre forme de procès, voulurent le bouter dès que possible hors de Montjustin comme un malpropre - qu'il n'était point.
L'affaire fit tout le boucan qu'elles purent lui faire faire à la ronde en s'aidant de toutes sortes de relais extérieurs et de vieilles casseroles indigènes hors d'usage, cela jusqu'à faire en gros titre - mazette, rendez-vous compte ! - la une du Provençal !

Alors, fair-play malgré tout, pensant ainsi stopper net la méchante guéguerre qui lui était menée jour et nuit, ce propriétaire crut bon de faire don de sa tour - une fois restaurée, et en y adjoignant quelques arpents supplémentaires pour la bonne cause - à la commune.
Ce qui ne suffit pas comme contrefeu : en effet, ce fut tout comme s'il avait pissé en l'air, et lui retombant tout sur le nez !
« L'anglais » a finalement plié bagage et est donc bien sagement parti trouver l'hospitalité ailleurs, avant que d'avoir eu à endosser ici, complètement, le rôle du pauvre Caramentran de ce pitoyable - et impitoyable - théâtre-carnaval au village qui, le temps passant, ne laisse donc, celui-là, maintenant plus qu'un banal mauvais souvenir datant, il me semble, des toutes premières années quatre-vingt-dix.

La tour dd au petit jour à MontjustinLa tour au lever du soleil. Photo x, droits réservés.

N'empêche, malgré et au-delà de cette si peu spirituelle petite histoire que je vous conte là de mémoire, la restauration de cette tour reste sans conteste l'ouvrage dont je me sens encore le plus fier - parce que le plus honoré - dans ma longue carrière de factotum intercommunal aujourd'hui terminée.
Pensez-donc : un peu
plus haut dans le temps, fin des années 40 et début 50, c'est in situ, sur les restes mêmes de cette tour vénérable au mur continu en forme de fer à cheval que tous les membres de la tribu Fiorio se rassemblaient souvent les soirs de plein été et où, assis côte-à-côte le cul dans l'herbe ou sur une pierre plate, mais faisant cercle comme autour d'une flamme, ils chantaient tous en chœur jusqu'au cœur de la nuit, « à la belle », pour enthousiasmer encore plus et décupler ainsi leur courage !...

« Notre force, rappelait Serge, a été d'accompagner notre aventure en ce pays de rires et de chansons ! »

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Le peintre s'est bien des fois laissé inspirer par ce qu'il nommait familièrement « la mer de brouillard » dont on peut goûter la réelle qualité poétique sur la photo de la tour et encore ci-dessous dans le détail d'une toile directement issue de la confrontation du regard et de l'âme avec ce genre de phénomène naturel extraordinaire, cependant très fréquent sous Montjustin, aussi bien côté nord, dans la vallée de l'Encrême, qu'au sud dans celle de l'Aiguebelle.

Mer de brouillard Détail 1

Détail d'une Mer de brouillard. 36x48 cm, 1974.

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Divers liens :

Montjustin : dans l'Histoire du village.

Le pacifisme des Fiorio.
Un dossier Fiorio dans la revue Lou Trepoun.
Parmi Les coups de cœur de Jacques Ibanès.
Je me souviens de Montjustin par Gérard Oberlé.
Ma première visite à Montjustin...par François-Mangin-Sintès.
Albert Vidalie à Montjustin. Un article de Fernand Baussan.

Je me souviens de Montjustin par Gérard Oberlé.
Ma première visite à Montjustin...par François-Mangin-Sintès.
Dessin de Montjustin.
Dessin du berger et de son troupeau devant Montjustin.
Un dessin de Milo Blanchet
Un dessin de paysage.

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