Il me semble que je peux tout réussir, et j'ai hâte de commencer.

Serge Fiorio

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   C'est à peine démobilisé par le régime de Vichy que, tout feu tout flamme, Serge écrit tout de suite depuis St-Martin d'Ardèche à son ami Paul Geniet pour continuer à le tenir au courant de la poursuite de ses recherches d'une ferme où s'établir avec son frère et réaliser ainsi leur rêve commun d'être un jour paysans.
Rêve puissant qui, ayant pris forme à cheval sur leur esprit d'entreprise et leur amour de la terre, à force, se réalisera finalement tout bientôt, mais à la ferme du Vallon dans le Tarn-et-Garonne où ils prêteront main-forte, quoique sans armes, à la Résistance, sauvant par là de nombreuses vies.

Enthousiaste qu'il est, comme à son habitude - parfois jusqu'à la fièvre -, quand un grand projet lui tenant à cœur est dans sa vie au programme, circuler à vélo pour cela sur de grandes distances - quel vélo pourtant et quelles routes à l'époque ! - en plein mois de juillet ne lui fait donc pas peur. Autant dire combien le cœur y est ! Corps et âme.

Une double carte postale

Une double C PDans son périple - il en avait entrepris d'autres avant, au cours de permissions, et en entreprendra d'autres encore après, toujours à vélo - il a par bonheur la double joie de retrouver son vieil ami Eugène Martel en villégiature chez ses neveux de Bollène puisque, de plus, celui-ci l'invite, écrit-il alors tout heureux, à « revoir de la peinture » ! Effectivement, Martel lui fait, entre autres, à ce moment-là le cadeau précieux de la rencontre de l'un de ses amis - Louis Labro-Font, 1881-1952, post-impressionniste sinon de grand renom, du moins de très grand talent - et de la découverte de sa peinture à laquelle Serge sera et restera toujours extrêmement sensible.
Bien plus tard -  car sécheresse financière oblige - il tiendra à se procurer quelques-unes de ses aquarelles ainsi que deux ou trois de ses huiles qu'il redistribuera autour de lui, parmi ses plus proches amis, pratiquant encore de même avec de petites aquarelles d'Emil Nolde
qui ornèrent un temps les murs de son minuscule atelier.

À Bollène, chez les neveux du vieux maître du Revest et en sa présence, Serge pourra aussi - il n'en parle pas ici dans sa carte - admirer tout son soûl, plusieurs magistraux Martel  dans un large corridor transformé pour le coup en galerie de portraits.

Labro-Font 1Huile sur isorel de Louis Labro-Font, 45x63 cm, sans titre, mais comportant (en bon impressionniste !) les précisions suivantes au dos, manuscrites au crayon gris, suivi de sa signature : Valréas. Chemin du Riou. Route de Montbridoux. Mercredi soir 20 mars 1940.

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La ferme du Vallon.
Lettre à monsieur Ch.
Le pacifisme des Fiorio.
Une lettre de Serge à Paul et Yvonne Geniet du 10 novembre 41.
Une lettre de 44
Une lettre du 14 mai 1944.
Un court message du 24 septembre 1944.