Ah le hasard...le hasard, c'est le destin qui tombe le masque.

Jacques Ibanès *

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   Deux déclarations cueillies jadis, au passage, dans de bien chères lectures puis recopiées au crayon, côte à côte - sans doute parce que me paraissant sensiblement convergentes -, refont aujourd'hui surface à l'occasion d'un simple coup d'œil d'abord jeté sur elles ce matin par hasard - du coup, un peu comme furtivement lues cette fois par-dessus ma propre épaule ! - dans un mince lot de vieilles feuilles manuscrites tout juste bonnes, pour le reste, à allumer le poêle :

« Tout ce qui ne remonte pas à la conscience revient sous forme de destin. » C-G Jung

« On dirait que nos chemins, pour l'essentiel, nous attendent et nous guident, qu'ils sont tracés, providentiels, et que le coup de dés toujours s'arrange pour donner le chiffre qui nous revient. Hermès invisible nous accompagne et nous précède, nous attend au carrefour. Nous aide-t-il à déchiffrer le dessin de nos pas sur la terre, le dessein de notre existence ? » C-H Rocquet.

M'emparant d'elles tout à l'heure pour les méditer un brin, les soupeser quelque peu l'une et l'autre, je me suis demandé en même temps, au passage, ce qu'il pouvait en être en regard d'une vie d'artiste comme l'aura été, véritable, authentique, saine et généreuse à cœur, celle de Serge.
Serge à qui, pour accomplir pleinement son œuvre au sens large - son destin en somme -, il fut d'abord beaucoup, longtemps et profondément demandé ; le tout lui ayant été, en retour, finalement rendu au centuple sous de multiples formes comme, le temps passant et son cortège, il ne s'y attendait guère, pour ne pas dire pas du tout.
La fécondité de cette dynamique opérant peu à peu en sa vie est, jour après jour, cependant telle qu'elle attire son attention et même le frappe puisqu'il remarque, par exemple, qu'une fois l'ancre héroïquement jetée un beau jour au coup de cœur pour Montjustin, non sans le plein accord de tous les siens« Il fallait s'outiller, soigner les bêtes, maçonner pendant l'hiver. La situation s'améliorait à mesure que nous étions à même de faire face et de résoudre les problèmes. J'observais le même phénomène à l'œuvre dans ma peinture.» Cela tandis que, séminaux, tous ces travaux extérieurs inspirent grandement son esprit créateur pour - diantre, que demander de plus, quoi de mieux ! - venir nourrir tour à tour sa peinture !
«Ce qui a caractérisé mon chemin jusqu'en 1962 environ, est l'alternance constante entre les travaux de chantiers, puis agricoles, et mon activité de peintre. Cela m'a toujours paru être une démarche naturelle, cohérente, hautement féconde.»
Ce n'est qu'après quoi seulement que lui fut accordé pour escorte l'inestimable estime d'une solide et fidèle clientèle lui autorisant dès lors à plein le temps de peindre, s'il le voulait chaque jour ad libitum, tout son soûl, jusqu'à plus soif.

 

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Un fort bel entretien tout récemment accordé par Jacques Ibanès à Michel Baglin de la revue Texture : revue-texture.fr/victor-hugo-n-a-pas-vu-la-sainte.victoire

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Brion 2