La récente vente aux enchères d'un lot de photographies de Marcel Coen m'incite à lui consacrer sans plus tarder un nouveau billet du blog Serge ; le premier paru - du 4 avril 2015 - s'intitulant Portrait par Marcel Coen.

Serge et Marcel furent de vrais amis, et des complices de tout premier ordre dans la plupart des situations. Se comprenant déjà à demi-mot sur les questions les plus sérieuses - entre autres artistiques -, leurs conversations roulaient par ailleurs le plus souvent et aussi le plus volontiers sur le mode purement humoristique en lequel - rivalisant de trouvailles - chacun des deux excellait.
Ils en profitaient pour mutuellement se "mettre en boîte" au passage, à qui mieux mieux, sans ménagement, avec un plaisir entier à chaque fois renouvelé, partagé avec l'aréopage assistant, le plus souvent hilare, à ces familières autant que rituelles joutes oratoires mémorables dont ces deux compères avaient le secret.

Marcel était bon, conciliant, tolérant, ouvert aux autres, compatissant, en même temps que souvent silencieux, hermétique en tout cas à toute évocation de ses propres problèmes, petits ou grands, qui ne lui firent pourtant pas défaut.
Chaque dimanche, à chaque séjour, pendant des décennies, Montjustin et son amicale joyeuse société furent son ballon d'oxygène, sa pause salutaire, s'y ressourçant à plein de sa semaine de travail à Marseille, pas toujours très rigolote vu qu'une grande partie de son travail auprès de grandes boîtes industrielles d'autour de l'Étang de Berre et d'ailleurs était quasi uniquement alimentaire. Il n'en aima que de plus en plus profondément la campagne, lui qui l'aimait déjà par osmose avec son heureuse nature elle-même en phase avec son paisible caractère. Observateur aigu et méditatif fécond, la photo lui permettait non seulement de ne rien perdre de ces activités-là mais d'en faire encore artistiquement profiter les autres.

Marcel coen et S à Montjustin

Fin des années 80. Serge et Marcel s'apprêtant sans doute ici, comme à leur habitude dominicale, à faire leur balade digestive aux abords du village.

C'est dès la fin des années 40, qu'il visita la tribu Fiorio alors encore très sommairement installée dans le vieux presbytère désaffecté jouxtant l'église aux voûtes effondrées. Souvent accompagné à cette époque de son ami le peintre Walter Firpo - 1903-2002 -, il fut séduit en même temps par la Haute-Provence dont il photographiera dès lors tour à tour en abondance les fleurs et les paysages autant que les habitants.

Dédicace Marcel

Une photo Coen Années 50

Marcel photographie là un Serge les mains inondées de lumière, en même temps que visiblement tout heureux de profiter enfin de son atelier parfaitement aménagé par les soins de son frère dans la maison, ancienne forge, du bas du village. Fin des années 50.

PS : ci-dessous, des renseignements récoltés sur la toile. Toutefois, pour à la fois plus de précisions et une bien meilleure vue d'ensemble, il est largement préférable de se reporter à l'admirable Récit de vie - de la plume d'Alain Paire - constituant les dernières pages de Transhumance, sur la route des alpages, ouvrage coédité en 2002 par Images en manœuvres et La Maison de la transhumance.  
  La collection Marcel Coen :

En 1995, la ville de Marseille, grâce à Benoit Coutancier, Conservateur au Département image et anthropologie des musées de Marseille, se porte acquéreur de la collection photographique de Marcel Coen dans son ensemble.
On peut donc suivre l’activité d’un photographe pendant près de 40 ans et la vie d’une ville et d’une région pendant ces mêmes années.
En 2000, le fonds a été transféré aux Archives, notre institution semblant mieux qualifiée pour traiter une collection aussi importante et complexe tant du point de vue du classement que de la conservation et de la communication au public.

  Marcel Coen est né à Pau en février 1918, sa famille est d’origine juive séfarade. C’est après la guerre, en 1945, qu’il devient photographe.
Il est resté prisonnier 5 ans en Allemagne près de Stuttgart, dans un stalag. Lors des entretiens qu’il a réalisés avec Guillaume Lebaudy, il raconte que lors de son séjour dans le stalag il lit Giono et, qu'avec un de ses compagnons originaire d’Aubagne, il rêve de transhumance. Il se jure d’en faire une à son retour.
À la libération, son frère le met en rapport avec Sam Lévin, un photographe parisien qui avait un studio à Marseille. Marcel Coen devient gérant du studio qui a vite décliné. À cette époque il est très proche du Théâtre du Galion d’Or : il accueille certaines répétitions dans son studio et fait des photos pour la troupe ; il photographie le réalisateur René Allio, alors décorateur.

Marcel Coen réalise ensuite des reportages sur des thèmes variés pour des magasines comme Détective, Paris Match, V Magazine. C’est à V magazine qu’il rencontre un journaliste anglais, Maurice Moyal établi à Marseille. Et c’est avec lui qu’il accomplit le reportage sur la transhumance en 1951.

Photo Coen transhumant

Transhumants - dans le col bas-alpin de Restefond - se rendant au Mercantour.

Ils accompagnent des bergers transhumants et un troupeau de 2000 moutons Mérinos d’Arles dans leur trajet vers les Alpes. Pendant trois semaines, ils vont partager les joies et les peines de ces hommes de la route. Il en résulte de formidables images et un récit exceptionnel. Le reportage des deux hommes est bien loin de l’image folklorique de la Provence pastorale. Il cherche à donner une image fidèle de la transhumance qui est tout sauf une aimable promenade. Il se veut également un hommage vibrant au courage des bergers d’hier et d’aujourd’hui. Ce reportage sera publié dans la revue américaine The National Géographic Magazine.

Entre 1952 et 1954 Marcel Coen est à Paris puis à Rome, il est photographe de plateau aux studios de Boulogne-Billancourt, puis de Cinecittà.

Sophia Loren 1961

Sophia Loren.

En 1954, il revient à Marseille où il ouvre un magasin aux allées Léon Gambetta. Il travaille pour la bourgeoisie marseillaise et devient le photographe officiel de la Shell.
Dans les années 70, dans son studio de la rue Neuve Sainte Catherine, il fait des photos publicitaires.
Mais Marcel Coen aime les plantes et la nature. Il passe tous ses dimanches à les photographier. Avant la guerre il marchait avec les Excursionnistes Marseillais dans les environs de Marseille et plusieurs reportages de sa collection sont axés sur le paysage, par exemple, la Camargue, qu’il a été l'un des premiers à photographier. À la fin des 70, il commence ses photographies de botanique.
En 1995, il cesse son activité.

Le fonds Coen est consultable aux Archives municipales de Marseille.

 

 

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Un Fiorio de 2004 (Paysage avec village - 60x51 cm) + une palette sont à vendre 2.000 euros.

Palette de Serge

Pour contacter directement le vendeur : bourdaud.romette@gmail.com