Intitulée La ferme, au crayon, à même le bois du châssis et datée de 1969 par mention manuscrite Galerie 65 au dos de son cadre, cette grande toile fait sans nul doute partie du lot exposé là, sur La Croisette, à Cannes en 1969. Exposition dont le texte de présentation, on s'en souvient, était la belle page - visiblement écrite à chaud, d'enthousiasme -  que Serge reçut un beau matin par courrier de la part de Bernard Clavel après qu'un ami commun en la personne - peu commune ! - du facteur-poète de Revest-des-Brousses Jules Mougin ait fait découvrir la peinture Fiorio à l'écrivain lors d'une précédente exposition.

La ferme 20F 1969

La Ferme, 73x60 cm, 1969.

Le sujet en est en effet l'une de ces admirables et modestes fermes comme il y en avait toujours quelques-unes il n'y a pas si longtemps encore aux abords immédiats des villages et même des petites villes telles Manosque ou Apt - par exemple - que fréquentait l'artiste à l'époque où il réalisa cette œuvre.
Tout comme d'autres s'installant devant le motif élu, par la pensée il s'y poste en esprit  dans son atelier et se met à peindre sans problème, tout à fait comme si il y était ; inventoriant d'un côté, rêvant de l'autre selon son habitude, à tire-larigot, pour en nourrir sa toile qu'à petits coups de pinceaux minutieux il remplit finalement ainsi à ras-bord depuis le sol du premier plan où il pose sa modeste signature jusqu'à l'extrémité du ciel où va se perdre la tête du peuplier.

Point d'orgue, la blancheur prononcée du troupeau de brebis opérant une courbe au centre du tableau est une bien heureuse trouvaille générant une forte intensité picturale, maître-étalon visuel et musical aussi, en quelque sorte, détonateur pourvoyeur d'émotions en regard de toutes les autres couleurs environnantes dont, par contraste efficace, il exhauste les qualités premières jouant de concert.

Grand personnage protecteur reliant à la fécondité, le solide peuplier nimbé d'un léger nuage-réplique est planté là en Arbre de mai. Linge à l'étendage, râteau de bois au repos, couple de pigeons lové au creux de son nichoir d'osier tressé, remorque à l'arrêt chargée de paille pressée en parfaits lingots, etc, sont autant d'éléments familiers à l'esprit poétique du peintre, ce subtil conteur dont art de vivre et peinture en osmose ne font qu'un tout au long de son œuvre. Aussi, je l'entends d'ici s'écrier en son rude piémontais baptisé d'italien « Anch'io son' pacan ! » : « Moi aussi je suis paysan-éleveur ! » Au propre comme au figuré, un pied alors aux champs et à la bergerie, l'autre à l'atelier tout le reste du temps.

Et, à propos d'analogies verticales (du visible à l'invisible), il est impensable de passer ici sous silence la représentation, tout particulièrement omniprésente et mise partout en évidence en cette œuvre sous diverses formes, de la pierre cubique qui est pour Jung, est-il écrit, « un des symboles de la Totalité. Par son aspect fini, le cube est aussi considéré comme un symbole de plénitude ». Bachelard, sans doute, aurait approuvé. Ce même cube étant par ailleurs également perçu en divers points du globe comme une expression voilée de la sagesse, de la vérité dans la réalisation et de la perfection morale.

MatièresAutre remarque : formes et couleurs ne seraient rien sans les divers aspects des matières juxtaposées voisinant à plaisir auxquels un art de peindre appliqué et rigoureux rend d'autant plus sensible.

Les pigeons

 

Quelques liens :

Texte de Bernard Clavel
Préface de Bernard Clavel et aperçu sur Jules Mougin.
Allocution de Bernard Clavel.


Jules Mougin.
Une page de Jules, présentée par Gérard Allibert.
Jules Mougin. Le billet de Gérard Allibert.
JULES MOUGIN, hommage
Une dédicace du facteur-poète Jules Mougin.
Pages d'écriture par Jules Mougin.
Dans la correspondance de Serge

 

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Le livre paraît aussi en anglais : Transatlantic-Conversation-About-Poetry-Conversationsjean-luc+pouliquen