À écrire, on s'expose décidément à l'excès. Un mot de plus, je culbutais dans la vérité.

Henri Michaux

 

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   C'est Jean Lescure qui parle, ou plutôt, plus précisément, qui écrit sa part dans Bachelard aujourd'hui, recueil collectif que je viens de redécouvrir : « Lorsque parut Un Été avec Bachelard, l'accueil de quelques critiques me valurent des marques d'intérêt. Me croyant écrivain devenu, “Et maintenant, à quoi travaillez-vous ?″ me demandait-on.
Il m'est arrivé de répondre :
À Un Automne avec Bachelard.″ Et il est vrai, sinon que je songe à un tel livre, du moins que, l'automne de mon âge étant venu, Bachelard est toujours là, sur ma table, à portée de ma main et de mes songeries. Je n'imagine d'ailleurs pas que, quelques années encore m'étant accordées, cela change. »

Ces quelques lignes m'ont cette fois tout de suite frappé car j'ai soudain cru en partie m'y relire. À peu de choses près, en effet, j'aurais pu les écrire, non en regard de Bachelard bien sûr, mais bien plus modestement de ma part, en regard de Serge et de sa peinture - pour moi, seul et unique sujet d'écriture ! Et il est vrai que je me suis parfois entendu dire, avec quelques variantes : « Alors, maintenant que tu t'es bien entraîné à écrire en nous parlant de Serge, qu'attends-tu pour te lancer dans un roman, une histoire à toi, plus personnelle ? Qu'attends-tu pour sauter le pas et écrire enfin vraiment en ton nom ? »
Pour le reste, c'est encore tout pareil : je songe sans cesse, je vois des Fiorio, j'en revois autant que je veux, j'en reçois - subliminaux ou pas - d'inspirants messages, j'y pense, et tout cela m'est heureuse présence, enchante et ensemence mon temps libre sans - une page après l'autre - qu'aucune pression ne vienne, sans mon plein accord, un tant soit peu se mettre en travers du plaisir.
Faire œuvre d'écrivain c'est différent, autre chose, une tout autre paires de manches. Rares sont celles et ceux qui réalisent cela pleinement en débutant sur le tard tel que l'a pourtant réussi avec panache Henri-Pierre Roché par exemple. Jeunes ou vieux, entre-les-deux, nombre de plumitifs pensent être écrivains, ou se l'imaginent ; aujourd'hui, au besoin, on le leur fera accroire tout en leur affectant, du coup, sur une bonne part de leur temps d'écriture ainsi carrément foutue en l'air, le rôle de purs et simples voyageurs de commerce de telle ou telle petite ou grande maison qui bien sûr les édite.
Enfin, quoi qu'il en soit de ceux-là et des autres, fonctionnant, moi, en dilettante et y ayant pris goût, j'écris avant tout pour mon propre compte dans le souvenir de Serge, de ses visions que je le vois encore s'appliquer à peindre de son mieux, le plus souvent solitaire, environné d'un grand silence impressionnant ou, aussi bien, son modeste atelier, idéal, baignant alors tout entier dans de la grande bonne musique.
J'espère aussi - par le biais d'autoéditions quasi confidentielles -  continuer à partager par le livre, avec celles et ceux que cela intéresse, un peu de tout ce qu'au fil de quarante années j'en ai reçu. Avec, bien sûr, cela va de soi, quelques-unes de mes familières élucubrations en prime !

Si, il est vrai je dois dire qu'est parfois venu me titiller un peu l'esprit, et un peu la plume aussi, l'idée que la forme romanesque serait plus particulièrement ad hoc pour me permettre de pouvoir un jour évoquer - étranges, et sans aucun doute assez déroutants pour tout esprit uniquement rationnel - plusieurs épisodes de ma propre existence, puisque, bien que pourtant dévoilés, ils y seraient d'abord romancés et donc, s'avançant ainsi, rendus inopérants à me faire prendre pour fou lors de leur passage - obligé ? - vers le public à la lumière du jour.
Mais jusque-là, à chaque fois que cette intention, toujours latente, s'est présentée à moi, j'ai passé outre, me rangeant aussitôt à l'avis qu'il y avait bien plus intérêt, urgence et nécessité - plus de sens donc, en somme - à continuer de me tenir en éveil dans ma quête des foisonnantes richesses, intérieures ou pas, que cette peinture et cette vie de Serge ont encore à nous livrer telles quelles, et qu'il n'y avait donc, du coup, également pas lieu d'avoir le moindre regret de n'être pas plus doué que je ne le suis pour le genre romanesque.

Berger devant Montjustin

 

Je continue donc sur ma lancée sans bifurquer, dans la même disposition d'esprit que celle, tout à fait assez bonhomme à mon goût, de Jean Lescure : « Je n'imagine d'ailleurs pas que, quelques années encore m'étant accordées, cela change. »
Et c'est là, de tout cœur, la grâce que je me souhaite aussi !

 

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LES MUSES REBELLES

 Récital où s'entrelacent des textes de poétesses : Andrée SODENCAMP, Marie-Laure GROUARD, Marceline DESBORDES VALMORE......avec quelques chansons de la plume de Carol BATTISTINI mises en musique par René BRION.

Tendre, ironique, assoiffée de paix et de liberté, la muse se rebelle et donne de la voix.

Carol BATTISTINI chante l'errance, l'amour, l'enfance, la nature : ''La mandragore, le lys et le blason'', les femmes d'hier et d'aujourd'hui, la vie qui va et qui s'en va.

Elle est accompagnée au piano par René BRION.

À la Médiathèque Le Kiosque de Saint-Saturnin d'Apt le vendredi 23 Mars à 18h30.

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Textes de Dominique Bal (de Montjustin !)

Couverture de Bernadette Moyer (de Montjustin également !)

 

33 pages d'extraits à lire ici

Version papier : 14,00 € -Version numérique au format PDF : 7,49 €

 

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