Né en 1910 - de la génération de Serge qui était de onze - très doué pour la sculpture et la gravure sur pierre, l'aquarelle, excellent en dessin (il fit le portrait de Serge : Portrait) Milo Blanchet immortalisa bien souvent Montjustin sous bien des facettes. Montjustin qui était, lors de ses annuels séjours estivaux, sa source d'inspiration préférée. Il écrivit aussi, sous le pseudonyme d'Émile Desclées un Comment peut-on être Suisse ? plein d'esprit et d'humour.

 

Milo

 

 

Contadourien, il avait rencontré les Fiorio à Taninges dans l'entourage de leur jeune cousine Inès, elle-même contadourienne, et les rejoignit ensuite, après la guerre, à Montjustin, y achetant une petite maison dans le haut du village. Celle d'une modeste paysanne - nommée Césarie Médaille - quand celle-ci décida de descendre à Céreste pour y finir ses jours.
Césarie s'était mariée, à Montjustin même, au berger Justin Nègre, hélas décédé peu de temps après, mais avec qui Lucien Jacques avait déjà fait grande amitié au Contadour, ce pourquoi il fut invité à leur mariage dans la foulée duquel, d'emblée séduit par le lieu, il y acheta plusieurs ruines et s'y installa tout de go.
Par la suite, il en offrit une aux Mogin pour leurs vacances et en vendit une autre à Serge, l'ancienne forge dans laquelle son frère Aldo aménagea l'atelier sous les toits qui, pendant tout le reste de sa vie, fit son bonheur avec ses trois façades donnant sur le paysage et une lucarne au plafond ouvrant, elle, sur le ciel bien à l'aplomb de son chevalet.
À la mort prématurée de son ami Justin (par pneumonie), Lucien écrivit un admirable Tombeau d'un berger qui n'a rien à envier en intensité et en gravité à aucun autre recueil de ce genre. Un genre - soit dit en passant - traditionnellement réservé aux rois, aux "grands" de ce monde...

Dessin Milo BlanchetPaysage de Montjustin, 1963, photo Gareth Jenkins.

Fidèle à la réalité des lieux, ce dessin en vue plongeante Milo Blanchet l'a visiblement réalisé sur le motif depuis le bord de la place alors communale, en direction de l'Est. Il s'agit, en quelque sorte, de Montjustin-le-bas vu de Montjustin-le-haut. Sur la gauche se distingue l'une des deux ailes du toit de la maison de Serge, en face de laquelle se dresse l'habitation de sa sœur Ida et, à gauche de celle-ci, la fameuse Pégasière offerte comme je l'ai dit par Lucien - au cours d'un repas, sur le plateau de sa main ouverte - à Jean Mogin et Lucienne Desnoues.
Le paysage sauvage est celui des contreforts du Grand Luberon tout proche devant lequel, en 1960, Serge eut la bonne idée d'installer sa fantastique (le mot n'est pas trop fort !) Grande Souche en tout premier plan. C'est aussi celui où, troquant le pinceau pour un solide bâton, le peintre aima beaucoup aller se promener, partir à la cueillette aux champignons ou à la chasse aux fossiles.

 

Portrait par Émile Blanchet

 

Association des Amis de Lucien Jacques