Partant tantôt à l'aventure en toute confiance, tantôt assurant ses arrières avec application, minutieux jusqu'au dessin de détails - c'était prudence pour ne pas se perdre, par exemple, dans le grouillement de la foule de ses Marchés et de ses Carnavals -, ou seulement à grands traits aussi, par quelques lignes évocatrices d'un paisible ou rude paysage élu comme de la fantastique gesticulation d'une nouvelle prochaine Souche, s'inspirant parfois d'une autre peinture, récente ou très ancienne, de son souvenir vivant, l'imaginant de nouveau, autrement, d'un œil neuf, Serge avait il est vrai, au fil des ans et des leçons du métier, fini par acquérir, alors toujours disponible, une multitude de façons de faire son entrée dans une nouvelle création. La liste en serait longue, surprenante. Il dessinait aussi souvent directement à la mine de plomb sur la toile encore vierge, gommant et reprenant au besoin ou à mesure que des idées, des images, inspirées, inspirantes, venaient dès lors à lui, à sa rencontre, dans la respiration de son travail.
Concernant ce dessin de forêt, il s'agit bien là, de toute évidence, de l'un de ces exercices préparatoires à la mise en page d'un nouveau sujet de tableau qu'il installera ensuite sur la toile en l'y reportant à la bonne échelle, certes, mais en ne restant cependant pas forcément fidèle au contenu, à main levée.

Dessin de forêt;Une fois de plus, l'artiste ne semble pas avoir eu de problème majeur pour composer ce qui est déjà la trame, en quelque sorte, bien en place, de ce qu'on devine ici devant être, bientôt, un chant à plusieurs voix : fort individualisé, chaque arbre coopté participera au concert par sa démarche propre, son mouvement, le développement particulier de son tronc et de ses branches, feuillues ou pas. L'espace s'en trouvant finalement peuplé en entier, prêt à laisser la couleur bientôt y jouer, s'y faire entendre au cœur de la forêt-caisse de résonance.

Quand on voyait Serge piocher dans sa petite pile de feuilles volantes, s'armer en même temps d'un reste de gomme et d'un bout de crayon - le tout toujours à disposition sur le rebord à hauteur d'homme de la fenêtre en largeur donnant à l'est, toute proche de son chevalet -, c'était le signe infaillible qu'une idée de composition intéressante venait d'éclore en son esprit de géomètre-né ou que l'image claire et nette d'un nouveau petit ou grand Fiorio venait de s'afficher à l'instant même sur l'écran intérieur. Apparaissant d'entrée plus harmonieuses ou originales que d'autres à ses yeux, il ne voulait pas laisser filer l'une ou l'autre aux oubliettes, s'en emparant donc ainsi sur-le-champ, en vol, dans les mailles de quelques rapides traits de crayons capables, ensuite, de les lui restituer au besoin, ou à l'occasion. Ces derniers - quoique sommaires le plus souvent - suffisaient à leur faire intégrer « la réserve », cette autre pile de feuilles dans laquelle on pouvait parfois le voir mettre le nez, s'attarder plus particulièrement sur telle ou telle certains jours de vaches maigres ; ou simplement les feuilleter avec plaisir du regard certains autres de temps trop sombre pour pouvoir peindre qu'il mettait cependant à profit pour se " repasser " alors ces esquisses une à une avec attention, le regard ravi et curieux, pareil à celui d'un enfant redécouvrant, tel jour, sa collection de timbres.