Il me semble que les paysages de Fiorio ne sont pas tant ceux de Taninges et de Haute-Savoie, le pays de sa jeunesse, ou de Haute-Provence, ou du Luberon, que ceux qui entourent la ville de Sienne et dont les peintres, les Primitifs siennois, ont fait une image du paradis, un cantique de la création.                                                        

Claude-Henri Rocquet

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   Fiorio, un peintre provençal ? Ou même, encore plus spécifiquement, haut-provençal ? Que nenni à mon sens ! Pour qui verrait et percevrait uniquement ce qui pourrait être - si je puis écrire - couleur locale en sa peinture (bien qu'une fois découverte la Haute-Provence se soit pourtant révélée être terre d'élection pour son art), cette Haute-Provence-là serait fort sérieusement réductrice du contenu de l'œuvre, limitant son sens et poussant alors ainsi à la méconnaissance de l'éventail de tous ses pouvoirs.
Cela, sans doute, peut pourtant sembler paradoxal car il s'agit, il est vrai, entre ce pays et ce peintre, de fortes attaches nouées depuis longtemps, et à jamais.
Quelle est-elle la Provence de Fiorio ? C'est la Haute-Provence rurale, campagnarde, pastorale, celle des paysages essentiellement situés géographiquement depuis le massif du Luberon jusqu'à celui de Lure, tous deux y compris. Haute-Provence des forêts et des sous-bois comme celle des vues cavalières, de ce qui s'y passe partout. Haute-Provence des villages altiers ou pas, des hameaux infimes, de ce qui y a lieu sur la terre comme au ciel, souvent peinte à vol d'oiseau : comme en rêve à vrai dire, fantasmée. Le peintre y trouve des sujets bien à lui, y fait siens des moments de lumière hors de prix, un mystère surtout, latent mystère, par lequel il s'exprime de préférence, annihilant tout pittoresque, exprimant par là même la Haute-Provence elle-même, son âme même, sans même y réfléchir, d'un seul et même mouvement créateur.

Hte-Provence

Curban, huile sur toile, 24x33 cm, 1976.

Il convient d'associer ce qu'est la Haute-Provence pour Serge à ce que le pays d'Arles est pour Vincent, le pays d'Aix pour Cézanne, une certaine Amérique pour Hopper, le plateau d'Albion pour Martel à travers le portrait de ses habitants, Sienne pour les peintres siennois, la Toscane pour Vinci, etc : une sorte de partition sans cesse réinventée, renaissante, sur laquelle leur art aime jouer intimement, grandir et se renouveler. Le propre du peintre étant de transformer une certaine réalité et de se laisser en un même temps transformer par elle.

Là-dessus, dans Ciels, terre et rêve, Jean Benoist  conclut de son côté : « ...Fiorio n'est pas le peintre d'une région. C'est la région qui est sa voix pour dire l'universel.»                                                                                                         

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Ciels, terre et rêve par Jean Benoist.
Le livret Trois de Montjustin.

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« Le consensus d’estimation du prix pour le tableau Salvator Mundi de Leonardo Da Vinci a été atomisé, à la grande surprise de certains observateurs choqués et sidérés par le montant final de l’enchère : 450,3 millions de dollars. » Source Artprice.

Nombreux - j'en suis - entrevoient un signe dans la surenchère jusque-là et de loin inégalée du tableau de Léonard de Vinci intitulé - justement ! - Salvator mundi. Rendez-vous compte : pour la première fois de son histoire, l'art contemporain vient de se faire battre à plate couture sur son propre terrain (le très gros fric) par un peintre du... XVème !

leonardo-da-vinci-salvator-mundi

Leonardo da Vinci, Salvator Mundi, huile sur panneau de bois de noyer, 65,6 x 45,4 cm, vers 1500.

Devant ce phénomène, il est tout à fait permis de penser, et les spécialistes en conviennent, que quelque chose d'important et d'intérieurement révolutionnaire vient de se passer en le domaine : par ce premier et inattendu retentissant coup de tonnerre, les vraies valeurs commenceraient-elles à remonter en flèche et les supercheries de tous ordres à doucement dégringoler dans le modèle économique du marché de l'art ?

Allons-nous être peu à peu débarassés de si nombreux habituels et arrogants marchands du temple en matière d'art ?