Notre ami le poète Jean-Luc Pouliquen m'envoie sa pensée du jour. La voici, toute fraîche : « Il y a encore quelques années, une rencontre organisée avec des poètes (lecture publique, festival de poésie, etc.) permettait de découvrir des parcours singuliers.
La manifestation terminée, chacun s'en allait reprendre le fil de son inspiration et cultiver l'originalité de son expression. La rencontre n'avait été qu'un intermède.
Aujourd'hui elle semble être devenue pour certains (combien sont-ils ?) l'objet même de leur parcours au point de laisser apparaître leur écriture comme un prétexte pour y participer et s'y montrer. »
Pensée qui renvoie, fait écho, à une lapidaire déclaration de Serge, saisie un jour au vol au beau milieu d'une conversation : « Je n'aime pas parler de ma peinture, je préfère peindre ! ». De même - son travail de peintre avant tout ! -, il ne se rendait pas toujours au vernissage de ses expositions personnelles.
Alors, je me dis qu'au sujet des manifestations publiques ces deux-là, au moins, ce seraient bien entendus !

Pensée Fiorio

Il est vrai qu'on n'a peut-être jamais tant eu plein la bouche du mot poésie, de celui de peinture, d'art, qu'aujourd'hui. Mais quand on se penche d'un peu plus près sur le phénomène, l'on se rend vite compte que sur le nombre sans cesse croissant de créateurs, ce sont pourtant souvent à peu près les mêmes noms - nombreux cependant - qui chaque fois réapparaissent au fil des rendez-vous publics.
Tout porte à penser que ceux-là font donc tout un travail, tout ce qu'ils peuvent sans doute, pour être partout à la fois et s'obstinent - plus par vanité de voir leur nom inscrit sur les affiches et les flyers qu'en faveur du partage d'une éventuelle profondeur dans la sincérité de leur travail - à vouloir qu'on parle d'eux. Il y a bien là glissement, hélas, à vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes.
Salons du livre*, rencontres de toute sortes, vernissages, festivals de peinture, circuits privés, réseaux culturels officiels, et jusqu'aux échanges internationaux, sont alors leurs multiples habituels points de chute, un calendrier devant même, sans doute, en être dressé à l'avance. Façon de faire, les rendant, en un sens, tout à fait semblables à l'alcoolique qui recommence inlassablement, chaque jour en boucle, le tour des bistrots.
Et quand ce genre d'énergumène arrive à obtenir un tant soit peu de pouvoir auprès de personnalités influentes ou encore carrément au sein de services culturels - c'est-à-dire sur le public et sur ses confrères - il n'hésite bien sûr alors pas une seconde à se resservir autant de fois qu'il le peut au détriment des autres, à même le tonneau. Jusqu'à plus soif !

Mais l'art dans tout ça ?

 

*Attention libraires !