Vous hiboux, ténébreux hiboux, ne voyez pas,
Bien que fils des forêts, que les forêts sont vertes.
Comptez-vous comme nous sur l'éclair du trépas
Pour faire du réel l'entière découverte ?

Lucienne Desnoues.

 

« La tombe de Serge ». Quelle incongruité !
Jamais jusque-là - tant Serge, pour moi, n'est pas mort, simplement décédé - je n'ai pensé à en dire un mot dans ce blog et je dois reconnaître que je ne m'y rends vraiment pas souvent. Quand c'est le cas, ce n'est hélas qu'à l'occasion d'un nouvel enterrement, pas plus. Je n'y dépose pas de fleurs non plus, il est vrai. Ni ne verse une larme.

Mais l'image du lieu m'étant venue par un autre blog qui, Toussaint oblige, la publiait récemment parmi d'autres figurant dans un panthéon personnel...

Tombe de Serge Fiorio à Montjustin Alpes de Haute-Provence

Je dois dire que je trouve cette tombe fort à mon goût, très sympathique, pas mortuaire pour un sou, comme le sont d'ailleurs elles aussi toutes les autres de ce cimetière qui n'en est pas un tout à fait : plutôt petit jardin plus ou moins laissé en friche que champ de repos éternel !
Plantée dans la terre en madone, la claire pierre naturelle qui porte le prénom et le nom a été bien choisie, elle est comme la façade, en modèle réduit, d'une maison au toit à double pente qui en rappelle une autre sise, celle-là, pas loin de là du tout, à l'entrée du village ! À sa suite, les cailloux, debout eux aussi et disposés à la file indienne, que l'on voit vouloir délimiter un tant soit peu le flanc de la sépulture s'essoufflent vite en nombre, et c'est tant mieux. Sur l'arrière, tout se perd finalement dans la nature, y retourne ! Thym, mauve, bouillon blanc, ont repris leur place sur le tertre que le temps qu'il fait chaque jour doucement nivelle.
Deux petits buis vigousses y montent la garde, bien modestement. C'est tout, et ça suffit !

Je me souviens que Serge ne se rendait lui aussi quasiment jamais au cimetière et même, étant maire, ne se soucia jamais autrement que comme d'une guigne de son entretien - mis à part d'en faire repeindre de temps en temps le joli petit portail ... en vert ! Il préférait garder tous les siens bien au chaud en son cœur au quotidien. Cela, sans que - malgré tant de départs ayant eu lieu autour de lui - jamais la mémoire d'aucun ou d'aucune, à aucun moment, ne l'empêche un tant soit peu de vivre malgré le choc parfois brutal de la séparation. Sa peinture lui étant à ces moments-là, il faut le dire, un bouclier des plus solides, il redoublait alors de présence active devant son chevalet. En même temps que de musique.

Qu'écrire de plus ? Peut-être encore ceci, car marquant en forme de sceau, comme une épitaphe, une devise, témoignant malgré et au-delà de tout en faveur d'un certain art de vivre : « La mort fait partie de la vie ! » fut en effet son mot de la fin à l'occasion d'une interview réalisée chez lui, dans son atelier, par une radio locale.

Le cimetière-jardin de MontjustinLe cimetière-jardin de Montjustin.