« Pour une fois, vous allez entendre un rêve, un rêve que j'ai mis en musique... J'ai rêvé tout cela. Jamais ma pauvre tête n'aurait pu inventer une telle chose délibérément. »

Richard Wagner (1813-1883), parlant de son opéra Tristan et Yseult.

 

 

   Apport du monde spirituel - Annick de Souzenelle n'hésiterait pas, elle, sans doute, à évoquer plus précisément à ce sujet une certaine catégorie des divers mondes angéliques - auquel tout un chacun est par essence plus ou moins fortement relié, ne posant pas de questions, n'apportant que des solutions spontanées - aussi bien au départ qu'en cours de route quand l'on n'en voit pas ou n'en devine plus - l'inspiration est un phénomène d'apparence bien étrange et surprenante - bluffante comme on dit aujourd'hui - tout en étant pourtant, au fond, des plus naturels.

Tenter de la cerner par un essai de définition n'est cependant pas évident, et pour cause : insoumise à l'intellect qui n'a aucune prise sur elle, sporadique le plus souvent, libre comme l'air, émissaire, déléguée, porte-parole - ce qu'on voudra - d'un monde qui complète le nôtre, vient à son aide, à son secours à point nommé, quoiqu'à l'improviste, comme en urgence ou sur un coup de tête, quand ce n'est pas à notre insu, elle est la cousine directe du miracle sur tous les plans de l'activité humaine, dont bien sûr celui de la création artistique en lequel elle est le plus valorisée et reconnue. (Voir ce qu'en dit Nadia Boulanger pour ce qui est de la musique dans Nadia Boulanger  et dans Peupliers)
L'inspiration est, à mon sens, le fruit toujours inattendu mais profondément souhaité d'un phénomène du monde intérieur proche, similaire par sa nature, de celui qui, en heureuse phase avec le réel, son besoin de continuité, produit un flash, par exemple, une réminiscence, ou tout autre moyen et façon de connaissance intuitive, tout ce qui fait que le manque ou le défaut s'en trouve tout à coup ainsi aboli, et souvent de la meilleure façon, radicale. Elle est la Providence de l'artiste, son joker !
De l'artiste, mais de n'importe qui d'autre en train de réaliser également quelque chose, aussi bien en train d'essayer de faire le vide en lui-même ! Vide qu'elle viendra au besoin éclairer ou enrichir par co-incidence avec l'exécutant, sur une commune et exacte longueur d'onde. Idem pour le physicien cogitant en son laboratoire, le chercheur en sciences sociales, le médecin au cours d'un diagnostic, etc.

œuvre en cours 2Une œuvre en cours de réalisation. Année 2006 ? En dessous, celle posée à plat sur la table n'en est qu'au stade précédent, celui du sommaire dessin préparatoire.

Elle fond en général sur sa proie à la vitesse de l'éclair mais pas toujours, pas forcément, en tout cas ne tombe pas ainsi au petit bonheur la chance subitement du ciel intérieur toute seule et toute rôtie dans le bec d'un tel ou d'une telle, comme on pourrait le croire vu uniquement du dehors selon le banal cliché habituel.
C'est, en effet, qu'il faut avoir cheminé, ne pas avoir eu peur de faire moitié chemin vers elle, à sa rencontre à vrai dire, d'avoir vécu in the mood for si je puis écrire, et vaincu des épreuves, même sans le savoir consciemment, ni l'avoir voulu donc, sans l'avoir su sur le moment, mais ayant par contre "pratiqué" jusque-là un certain esprit - non sur ses gardes, mais en parfait éveil, ouvert, disponible -, prêt en fait à un tel accueil : supplément de surcroît dans le métier, dans l'idée neuve, ou la coloration spirituelle, etc.
Chacune des diverses dimensions d'un tableau ou de tout autre œuvre en général peuvent y avoir droit, l'inspiration est multiforme, multifonction, pour parfaire ou régénérer. Son domaine est vaste, minutieux, complexe et riche à l'infini : elle touche à tout, à la trame, aux détails, à l'ensemble, à l'esprit bien sûr, qu'elle consolide et renforce, illumine parfois à jamais. Partout possible, en lieu et place où l'artiste ne l'attend pas, se pointant par surprise le plus souvent.
L'inspiration ne vient que parfaire le travail ou, aussi bien, en être la semence, le plan directeur, lui incorporer son sel et son levain selon des lois qui n'ont rien à voir avec la raison et dont la raison, d'ailleurs, ne sait pas quoi faire car elle n'en emprunte pas les chemins qu'elle survole, prenant l'escourtcho* pour atteindre celle ou celui à qui elle s'adresse ainsi, en interne, on ne peut plus directement : d'esprit de création à esprit constructif. Et sans l'accomplissement par le métier, elle ne reste qu'une idée inexploitée, « en l'air » comme on dit, non encore efficace, qui, au bout d'un temps d'attente variable, ira comme un oiseau se poser et chanter sur la branche voisine ou lointaine, car l'information circule sans cesse dans le domaine de l'esprit.

L'inspiration ne se produirait-elle pas, non à l'interface, mais au point de rencontre, au carrefour intérieur du ciel et de la terre ? Point de fusion plutôt, qu'André Breton, dans son Manifeste du surréalisme de 1924 définit de son point de vue personnel comme suit :
« Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement. »

Point de vue magistral, inspiré justement, auquel on a pourtant envie d'ajouter, dans le début de la phrase : « Tout porte à croire qu'il existe, l'inspiration aidant, un certain point de l'esprit... ».

PS : il serait intéressant et éclairant de recevoir sur le sujet quelques réflexions ou témoignages pour être publiés ici volontiers.

* Le raccourci en langue provençale.

 En lien : Dans Pour saluer Fiorio (en introduction à l'article de demain, sur l'inspiration).

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Donato 1Donato 2

Cet ouvrage est vendu 22 euros au profit du CCAS de Pierrevert.
En vente à la mairie de Pierrevert et à l’épicerie Vival, place des
commerces à Pierrevert.

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Un fichier de la part de l'Union pacifiste de France : https://mail.goog union pacifiste de france.

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Blond H