Quand un discours naturel peint une passion, ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y fût, en sorte qu'on est porté à aimer celui qui nous le fait sentir : car il ne nous fait pas montre de son bien, mais du nôtre ; et ainsi ce bienfait nous le rend aimable : outre que cette communauté d'intelligence que nous avons avec lui incline nécessairement le cœur à aimer.

PASCAL (Pensées, IX, 27)

 

   Ces deux photographies de tableaux m'étant passées l'une à la suite de l'autre dans les mains, sous les yeux, il m'est tout à coup apparu perspicace de les présenter ensemble sans trop de commentaires : leur simple voisinage étant de lui-même assez éloquent sur la "distance", la divergence d'esprit, bref, tout ce qui peut différencier entre eux deux Fiorio.

Le mouvement général semble aller dans l'un en sens inverse de celui de l'autre : dans le premier - dont la morphologie et la gamme des couleurs prêchent fortement pour un Serge Fiorio primitif des temps modernes, comme la critique des années soixante s'est parfois plu à le désigner - le regard est de partout ramené vers ce centre de gravité et moyeux de la composition qu'est le minuscule village d'autant plus solitaire qu'il est peint au cœur d'un paysage sobre et quasi dramatique à force d'austérité. Tant et si bien que le tableau, du coup, s'en trouve presque être un nocturne sans que le peintre, sans doute, ne l'ait jamais voulu, ni rêvé.

TableauSergeFiorio

Le second, plein à ras-bord, débordant même, lui, d'une lumière zénithale - celle-ci ne générant pas d'ombre donc, ou si peu - rayonne, au contraire, irradie une paix solaire et un silence peuplé tous deux impressionnants ; comme si, en retour ou en miroir, accordée à la nature, la puissance d'une seule et unique présence humaine apaisée pouvait suffire à pacifier le monde alentour, à l'humaniser au meilleur sens du terme.

Zanghi 2

Concernant la "structure" sur laquelle repose l'état d'esprit que chacun de ces deux Fiorio dégage, celles et ceux d'entre nous qui s'intéressent aux capacités des ondes de formes et au langage des couleurs trouveront sans doute bien des remarques à faire à propos de la confrontation de pareilles peintures.
Rejoignant l'universel, les états d'âme du peintre alliés au génie particulier de son art et à la science du métier de peindre font qu'il laisse à sa guise circuler librement, en mélange, mystère et révélations en chacune de ses œuvres. Ce qui, comme le constate Pascal, est très attractif pour nous y faire prendre goût tout en nous rendant, comme il l'écrit aussi, la personnalité du peintre fort aimable.
Cela jusqu'à nous mettre en quête nous mêmes, à notre propre compte. Bien souvent en silence, justement.

Bien qu'intemporelles, les deux toiles ont à peu près dix années de différence d'âge quant à leur acte de naissance : la première, étant des années soixante, est la plus ancienne. Je n'ai pas connaissance de leur titre respectif éventuel, ni des formats.

 

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Dejasmin