Un sacré choc la photo Doisneau !

Robert, le berger de la tribu Fiorio, y pose pour son portrait, un tableau que je ne manque jamais d'aller voir quand je vais chez les D.

Portrait de Robert

Portrait de Robert, huile sur bois, 1952. Photo Serge Fiorio.

Je profite toujours d'un moment propice pour m'introduire discrètement dans l'intimité de la chambre à coucher. Je le regarde, seul, pendant quelques instants furtifs. Il y a dans ce portrait une lumière irradiante et troublante qui rappelle certaines Maternités mais aussi certains Portraits de Masaccio et de Modigliani.

Photo Doisneau Portrait de Robert Montjustin avril 1959 BD - CopiePhoto Robert Doisneau, Montjustin avril 1959.

L'illusion de la photo de Doisneau est totale. Car c'est un montage, mais ô combien réussi ! Le tableau date de 1952 et la photo de...1959 ! Je comprends maintenant pourquoi tu proposes ce titre : Portrait à la Doisneau. On pourrait encore proposer Portrait à la façon de Doisneau ou, tout simplement, Portrait signé Doisneau.

Le peintre, pinceau à la main, a le regard fixé sur la palette de couleurs. Son modèle, un jeune homme aux yeux noirs pose devant lui, un agneau dans les bras. Gros plan sur le peintre au travail, le visage de profil, le regard dirigé sur les toutes dernières touches de peinture que le pinceau va porter à ce Portrait arrivant à son achèvement. Depuis le chevalet, le jeune homme nous regarde, droit dans les yeux. Une candeur surnaturelle augmentée de la présence de l'agneau, de l'Agnus Dei qui enlève les péchés du monde, émane du tableau.
On y aperçoit, dans le fond, servant d'écrin au personnage de cette version du Bon Berger façon Fiorio, des collines et des montagnes qui situent la scène dans un pays imaginaire mais proche de la réalité puisque contenant un grand troupeau. Au bras du jeune homme, l'agneau. Sa tête est légèrement penchée vers nous, son petit œil noir nous regarde, plein de tendresse et d'innocence.
Un grand silence se fait entendre, et on ne sait plus qui, du jeune homme ou de l'animal, est le plus fragile, le plus pur. La palette posée à plat paraît aussi grande que la toile, en angle droit par rapport à elle, posée sur le chevalet.
Le deuxième plan où se situe le modèle est lointain. On pourrait couper la photo en deux en son milieu et dans le sens de la hauteur, deux photos distinctes s'en détacheraient : l'une sombre, l'autre claire. Facile à lire au premier regard, on s'aperçoit vite, si on y prête attention que la photo est savamment composée. Ce qui au départ ne représente qu'un peintre et son modèle devient en fait une scène d'intérieur à quatre personnages. Les deux agneaux (le vrai et son image peinte) sont situés au centre de la photo pour en affirmer la force et l'importance symbolique.
De plus, il y a un jeu de miroir entre le peintre, le portrait, le modèle et le grand berger peint, lui, sur la toile accrochée au mur du fond : gardien du temple, du troupeau. Cette haute présence, ainsi insidieusement et discrètement évoquée ajoute du sens à la photo, agrandi ce sens. Le choix de l'agneau, un blanc idéal pour une photo en noir et blanc, sacralise la scène.
La vision inversée, selon qu'on se trouve au paradis ou en enfer, on la retrouve à l'identique dans le théâtre de F.G Lorca. Dans La maison de Bernarda Alba, l'aïeule, Maria Josefa 80 ans, une folle hystérique, sexuellement dénaturée, porte dans les bras un agnelet qu'elle cajole comme son bébé. Ce thème de l'agneau rejoint naturellement de la façon la plus subtile le thème des Maternités évoquée plus haut.
Aussi bien la photo que le tableau, les deux expriment ensemble le même sentiment de candeur et de paix. Le peintre et le photographe se rejoignent en un même élan vital, un même esprit.

Une photo de plus de Doisneau qui s'ajoute à celles que nous connaissons. Mais en vérité, combien d'autres concernant Serge et sa peinture nous restent-elles encore totalement inconnues aujourd'hui ? Car je crois que ce photographe ami est venu deux ans de suite à Montjustin.

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NDLR : Photo résultant d'une savante et artistique mise en scène, il est vrai, dont Robert Doisneau - magistral en la matière, c'est bien connu - avait le secret. Celle-là se situe - pour celles et ceux qui ne connaissent pas la maison ou ne s'en souviennent plus - dans la salle-à-manger des Fiorio, et non pas à l'atelier. On remarquera que l'agneau a changé de tête et même de position d'avec celles qu'il adopte sur le Portrait de Robert reproduit plus haut sur la photo en début d'article ! Et les boutons de l'habit, eux, ont disparus ! Un repeint Fiorio a-t-il eu lieu entre la prise de la photo du Portrait par Serge et la photo Doisneau ? Sans doute. Ou alors s'agit-il d'une farce, d'un collage doisnesque ?
François, tu es le mieux placé pour partir un de ces quatre en mission pour nous photographier cet agneau afin que nous sachions comment il est peint en définitive  !  A.L

 

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Traduzione a cura di Agostino Forte :

 

Ritratto alla Robert Doisneau a cura di François Mangin-Sintès.

    Veramente una botta la foto Doisneau !
Robert, il pastore dei Fiorio, vi fa mostra per un ritratto, un quadro che non manco mai di andare a vedere quando vado dai D.

Portrait de Robert

Ritratto di Robert, olio su legno, 1952. Foto di Serge Fiorio.

Approfitto sempre del momento propizio per entrare discretamente nella camera da letto, rubando alcuni istanti per guardarmelo tutto solo. Nel ritratto si conserva una luce irradiante e conturbante che ricorda talune Maternità ma anche certi Ritratti di Masaccio e Modigliani (*).

Photo Doisneau Portrait de Robert Montjustin avril 1959 BD - Copie Foto di Robert Doisneau, Montjustin aprile 1959.

L’inganno della foto di Doisneau è totale. Poiché è un montaggio e anche ben riuscito. Il quadro data dal 1952 e la foto è del … 1959! Adesso capisco perché hai proposto il titolo : Ritratto alla Doisneau. Si potrebbe proporre pure Ritratto alla maniera di Doisneau o, più semplicemente, Ritratto firmato Doisneau.

Il pittore, pennello alla mano, ha lo sguardo fisso sulla tavolozza dei colori. Il suo modello, un giovanotto dagli occhi scuri posa davanti a lui con un agnello tra le braccia. Primo piano sul pittore al lavoro, il viso di profilo, lo sguardo dedito alle ultimissime pennellate da apporre al Ritratto ormai avviato alla conclusione. Dietro al cavalletto il giovanotto ci guarda dritto negli occhi. Dalla tela emana un candore soprannaturale incentivato dalla presenza dell’agnello, dell’Agnus Dei che toglie i peccati del mondo.
Quasi a inscatolare il personaggio di questa versione Buon Pastore stile Fiorio, sullo sfondo si intravedono delle colline e delle montagne che situano la scena in un paese immaginario e al tempo stesso reale per via della presenza di un gregge. In braccio al giovine, l’agnello, la cui testa è leggermente piegata verso di noi, coll’occhietto nero che ci guarda, colmo d’innocenza e tenerezza. Un gran silenzio sovrasta e non si sa più chi sia - se del giovane o dell’animale - il più fragile, il più puro. Stesa ad angolo retto rispetto alla tela posata sul cavalletto, la tavolozza dà l’impressione di essere altrettanto grande quanto quella.
Lontano, invece, il secondo piano in cui si situa il modello. Tagliando a metà la foto lungo la sua verticale se ne otterrebbero due altre distinte: una scura e una chiara. Chiaramente leggibile a un primo sguardo, ci si avvede presto, a prestarvi attenzione, della sapiente composizione della foto. Quello che all’inizio non rappresentava altro che il pittore e il suo modello diviene di fatto una scena d’interno con quattro personaggi. I due agnelli (quello vero e la sua immagine dipinta) sono posti al centro della fotografia per affermarne la forza e l’importanza simbolica.

Inoltre, vi è un gioco di rimandi tra il pittore, il ritratto, il modello e la figura del pastore (guardiano del tempio, del gregge) dipinta sulla tela appesa al muro di fondo. Questa presenza incombente, macchinosamente e misuratamente evocata aggiunge significato alla foto, ne accentua il senso. La scelta dell’agnello, un bianco ideale per una foto in bianco e nero, sacralizza la scena. La visione opposta, a seconda che ci si consideri in paradiso piuttosto che all’inferno, la si ritrova parimenti nel teatro di F.G. Lorca. Ne La casa di Bernarda Alba, Maria Josefa di 80 anni, la nonna, una folle isterica, sessualmente snaturata, porta nelle sue braccia un agnellino che coccola come un bebè. Il tema dell’agnello s’incontra nel modo più naturale e sottile con quello delle Maternità più sopra evocata. Tanto la foto quanto il quadro esprimono unitamente lo stesso sentimento di candore e di pace. Il pittore e il fotografo si riconoscono in una medesima forza vitale, in unità di spirito.

Ancora una foto di Doisneau che va ad aggiungersi a quelle che già conosciamo. Ma in verità, quante ancora riferibili a Serge e alla sua pittura ci restano a tutt’oggi ancora ignote? Perché credo che l’amico fotografo sia venuto per due anni consecutivi a Montjustin.

 

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NdR : veramente una fotografia che risulta da una sapiente ed artistica messa in scena, di cui Robert Doisneau – notoriamente provetto nel mestiere – aveva il dono e che situa – per coloro che non conoscono la casa o non ne serbano ricordo – nella sala da pranzo dei Fiorio e non nello studio. Si noterà che l’agnello ha cambiato lineamento e posizione rispetto a quelli del Ritratto di Robert riprodotto più sopra nella foto all’inizio dell’articolo. Scomparsi pure i bottoni dal vestito. Che si tratti di un rifacimento intercorso tra la foto del Ritratto presa da Serge e quella scattata da Doisneau? Probabile. O forse si tratta di uno scherzo, di un intervento ad opera di Doisneau? François tu sei nelle migliori condizioni per andare in missione uno di questi giorni per scattare una fotografia dell’agnello onde si possa finalmente sapere come stanno le cose. A.L.

 

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(*)EVOCAZIONI DI STILE RITRATTISTICO

 

Modi

Amedeo Modigliani, Ritratto di Chaim Soutine

 

masaccio-chapelle-brancacci-autoportrait-1426-27

 Masaccio, Autoritratto (Cappella Brancacci)

 

Gino-Severini_La-fillette-au-lapin_1922

Gino Severini, Bambina con coniglio 

 

Natale Schiavoni, Madonna con bambino, 1842, olio su tela, 68 x 84 cm, Mart, deposito Pedrotti-Regazzola;

 Natale Schiavoni, Madonna con bambino, 1842 - (Pedrotti-Regazzola) 

 

Felice Casorati_Madre_o_maternita

 Felice Casorati, Maternità

 

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Brigitte MANNONI vient de partager une mise à jour sur la pétition Tous avec Pierre-Alain !et ce qu'écrit Pierre-Alain est magnifique, doit être connu du plus grand nombre.

Pierre-Alain : Ce que m'apporte votre soutien est un cadeau que je n'aurais jamais imaginé. Je reste convaincu d'avoir fait ce qu'il fallait humainement faire et en plus, d'avoir agi selon les principes que la France et sa loi défendent. Mais finalement lors de l'audience en appel le 26 juin à Aix en Provence, la cour a très peu considéré les faits et s'est surtout attaché à me faire dire que j'étais militant. Drôle de situation que d'être accusé d'une vertu que j'aurais été fier de...

 

 
 
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