Faisant suite à la Tribune libre d'hier - Tribune libre par Marie-Christine Talon - voici, traduite de l'arabe par Amor Cherni, la

Déclaration de Mme Radhia Nasraoui

(qui met fin à sa grève de la faim)

Merci à tous,

Mes chères amies, mes chers amis,

Merci à vous tous, journalistes, militantes et militants d’associations, d’organisations, de partis politiques et de groupes parlementaires.

Merci à vous mes chers compatriotes, femmes et hommes de l’émigration.

Merci à vous, les défenseurs de la liberté à travers le monde.

Merci pour votre compréhension et votre soutien.

Vous avez été, tout au long de ces 45 jours qu’a duré ma grève de la faim, ma voix et mon soutien.

J’ai été obligée, à mon âge, de mener cette grève, pour défendre mon droit, celui de ma famille et celui de toute citoyenne et de tout citoyen à la sécurité et à la vie, notamment, comme c’est le cas pour nous, lorsque le danger est imminent, immédiat et reconnu par les autorités officielles. J’ai voulu aussi défendre, par le moyen de cette grève, une certaine conception de l’État, l’État laïc, démocratique, moderne et progressiste, non l’État de la famille, du parti, du clan, ou du profit, - cet État dont le temps est révolu.

Je me suis adressée aux responsables politiques par une question simple et claire concernant le niveau de danger encouru par mon mari et ma famille. Ils m’ont répondu par leur silence assourdissant. Pis encore, ils ont fait circuler des rumeurs et des mensonges sur notre compte à travers leurs moyens de propagande. Il était donc clair pour moi et pour l’opinion publique, que la décision qu’ils avaient prise et qui ordonnait la levée de la protection rapprochée de Hamma Hamami, était une décision politique qui visait directement le Front Populaire, lequel a déjà perdu deux de ses fondateurs et dirigeants par des assassinats politiques. Par ce biais, tout le mouvement démocratique et progressiste se trouve aussi bien visé.

L’alliance au pouvoir aspire, aujourd’hui et de plus en plus, au retour du despotisme, menaçant ainsi tous les acquis de notre révolution et en particulier la liberté que notre peuple a arrachée par ses sacrifices et son sang. Nous devons donc tous assumer notre responsabilité afin de lui barrer la route de la régression vers le passé. Notre peuple a assez souffert de la répression, de l’oppression, de l’exploitation, de la pauvreté, de la corruption, de l’ignorance et des maladies. Notre peuple a assez donné et assez supporté pour qu’il se dresse aujourd’hui contre tous ces fléaux. Les portes de l’avenir lui sont grand-ouvertes vers le développement, et le progrès et notre chère patrie y est prête. Seules, se dressent sur son chemin les forces rétrogrades et du passé, représentant un obstacle qu’il faudra écarter.

Mes chères et chers ami(e)s, mes chères frères et sœurs,

Vous m’avez demandé de mettre fin à ma grève afin de préserver ma santé et parce que vous êtes convaincus que le message que j’ai voulu adresser par cette grève à l’opinion publique nationale et internationale a été entendu. Comme j’ai trouvé en vous ma voix et mon soutien, tout au long de cette période, et puisque je connais votre détermination à continuer cette lutte avec moi, sous d’autres formes, dans un cadre plus étendu et avec des contenus plus élargis, je déclare, en votre présence, que je mets fin à ma grève.

Je renouvelle mes remerciements au Syndicat National des Journalistes Tunisiens, qui a bien voulu accueillir cette conférence de presse sans aucune hésitation. J’adresse aussi mes remerciements aux médecins et cadres de la santé qui ont veillé sur ma santé tout au long de cette période. Je remercie les médias qui ont suivi et couvert ma grève et, en particulier, les chaînes de télévision Nessma et Mayadine. Je n’oublierai pas les jeunes qui, par ce temps estival et caniculaire, ont déployé des efforts louables pour faire connaître ma grève à travers les réseaux sociaux.

Enfin, mes remerciements vont à ma famille et à mes filles pour leur soutien et leur patience. Un remerciement spécial va à Hamma qui a respecté ma volonté, bien que ne m’ayant pas encouragée à engager cette grève à mon âge et dans les conditions où je l’ai menée.

Merci encore à tous.

Radhia Nasraoui

Tunis, le 24 août 2017