En ce jour du treizième anniversaire de son décès (à l'hôpital de Manosque) le 4 août 2004, voici une courte citation de Lucienne à propos de la peinture de son ami et voisin.

Expo BDP

Serge en compagnie de Lucienne Sept 2003, Photo Henriette LaugaSerge (92 ans) en compagnie de Lucienne (82 ans) aux Amis des Arts de  Reillanne en septembre 2003. Photo Henriette Lauga.

Grand poète de souche, de race pure  et – haute lignée oblige – de vieille tradition française. Grand caractère, au sens que donnait à ce mot La Bruyère, sa plume excelle à s’emparer du langage pour, en petite-nièce du maréchal-charron Desnoues du Grand Meaulnes, le soumettre et le plier à l’emprise du poème en lequel, au bout du compte transfiguré de main de maître, il accède en retour et en profondeur à ses dimensions internes, intérieures : magiques, celles de la poésie elle-même !

Jamais le moindre tour de passe-passe, rien, non plus, de facile, pas d’à peu près, encore moins d’absurdités à la mode : seule l’inspiration la plus haute allant allègrement de pair avec – elle, qui ne se voit pas - une montagne de travail ; les deux ensemble visant à chaque fois le chef-d’œuvre.
Déjà en 1966, parlant d’elle-même sans le vouloir, Lucienne ne déclarait-elle pas, sans aucun compromis de sa part : « Contrairement à cette avant-garde qui ne se veut la fille de personne et fait avec ingratitude débuter la poésie ou la peinture à ses propres travaux, j’aime surprendre chez les grands artistes les traces de l’hérédité. »

Traverser et faire traverser les apparences de la façon la plus magique et à la fois la plus naturelle du monde est son point fort, bien présent tout au long de son œuvre.
Puissante poésie que la sienne, flamme sensible et rayonnante capable d’éclairer en quelques mots comme aucune autre ; capable, pour cela, de consumer l’ordinaire jusqu’à transformer le moindre morceau de bois mort en lumière.

Lucienne Desnoues n’a jamais fait partie des écrivains de vitrine fournissant, à chaque rentrée littéraire, leur nouvelle livraison en pâture.
Bien au contraire, elle est de cette catégorie de poètes dont on ne voit jamais aucun recueil sur les rayons des librairies : c’est dire combien il y a urgence à ce que son œuvre soit aujourd’hui rééditée.

Mais c’est bien sûr ailleurs encore que sa poésie se distingue le plus profondément de celles de ses consœurs et confrères en écriture. Par ses thèmes, ses sujets, et la forme très classique, fidèle aux rappels, aux échos, aux pouvoirs subtils de la rime auxquels elle plie avec soin, rigueur et exigence, ce qu’elle a à dire selon un art poétique bien à elle très au point.

Lucienne Desnoues respirait la poésie à même l’univers de sa vie quotidienne ; elle a beaucoup écrit tout en faisant la cuisine, en cousant, de retour du jardin, d’une promenade…Le familier le plus prosaïque l’inspirait au même titre que tout ce qui nous dépasse et, devant les plus grandes questions, elle puisait en un même esprit, espoir, confiance et réconfort, dans la célébration des plus petites choses.

 

 Lire Lucienne Desnoues.
Natures mortes par Lucienne Desnoues. 

 

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 Trois réacs à la FIAC de Daniel Mermet.