Il existe pour chaque homme des lieux prédestinés au bonheur, des paysages où il peut s'épanouir et connaître, au-delà du simple plaisir de vivre, une joie qui ressemble à un ravissement.

Jean Grenier, Inspirations méditerranéennes.

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   Partita de l'œuvre peint interprétée au dessin, cette belle pleine page au crayon non datée - mais des années 70 sans doute - m'a aimablement été communiquée par mon ami Jacky Michel, président des Amis de Lucien Jacques, qui en a fait l'heureuse découverte aux côtés d'autres pièces rares dans le livre d'or de feu le maître imprimeur manosquin Antoine Rico.
Serge aurait pu sans aucun problème l'intituler Paysage de haute-Provence tant la morphologie du territoire représenté est typique de celle des paysages au cœur et sous le ciel desquels il est très volontairement venu élire domicile avec sa famille en 1947, et s'en émerveiller en les peignant sans cesse de grand cœur par la suite.
L'artiste n'intitulant que très exceptionnellement ses dessins - du reste jamais vendus, toujours offerts - il fallait pour ce faire que l'heureux "récipiendaire" en exprime le vœu. Sans quoi, il en était comme pour les huiles auxquelles, de lui-même, Serge ne donnait, non plus, généralement pas de titre ; exception faite là aussi sur demande expresse, ou pour devoir figurer sur la liste nominative des catalogues d'exposition.

Dessin de paysage dans le livre d'or RicoAu-delà des deux plus massives collines, les lignes s'estompent tout de suite, indifférenciant la terre et le ciel jusqu'à dissolution des deux en une sorte de lieu indistinct où quasi toute représentation figurative fout le camp - exceptée celle de la présence de légers nuages frisés et obliques dont les traits pourraient aussi bien - on ne sait - vouloir exprimer les longs plis - côté nord - du Grand Luberon, une fois ceux-ci envahis de brouillard.
Du coup, le dessin se trouve comme composé de deux parties, le céleste semblant y figurer en négatif du terrestre dont l'empreinte se fait de plus en plus forte en avançant vers le premier plan.

Il est assez surprenant que - Serge ne pratiquant pas souvent le dessin en tant que moyen d'expression autonome - ce genre d'œuvre soit toujours aussi directement réalisé (je veux dire avec assurance) puisque ne comportant visiblement nulle part aucun repenti notable de la ligne, aucun gommage correcteur, aucune surcharge non plus.

J'ai bien des fois vu Serge dessiner et ai toujours été fort étonné, en direct, de la sûreté d'exécution par laquelle le dessin prenait vie comme par enchantement, coulant de sa main par le fin canon du crayon, tel le fil conducteur d'une image qu'il exprimait, à mesure et sans faute, aussitôt la mine de plomb mise au contact du support. Cela, de source sûre, sensible et intelligente, pareil au déroulement de quelque phénomène surnaturel auquel Serge me paraissait lui aussi tout simplement assister à chaque fois dans une sorte d'abandon total de son esprit et de sa personne à ce qu'il se passait sous nos yeux pendant la petite demi-heure que durait généralement, crayon en main, cette sorte de transe subtile de sa part.

Tout dessin est toujours, par nature, plus médiumnique qu'une peinture.

 

 

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Une publication de L'Essaillon, association historique et culturelle de 26 560 Séderon (qui, dans le numéro de décembre 2016 de sa revue Lou Trepoun, a publié 10 pages à propos de Serge Fiorio) : Un dossier Fiorio dans la revue Lou Trepoun.

Ci-dessous, la page d'annonce de parution d'un document vraiment remarquable concernant une personnalité hors du commun. Je l'ai extraite du riche numéro 62 du Trepoun, le dernier en date.

Cler 1 

Cler 2