Un être rêveur, heureux de rêver, actif dans sa rêverie, tient une vérité de l'être, un avenir de l'être humain.
                                                                                         Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle.

 

   

   Le motif du mystérieux cavalier solitaire vu de dos ascensionnant le flanc d'une colline entièrement recouverte de neige est un leitmotiv puissant et pérenne dans la peinture et donc dans la psyché de Serge.

Neige (scan)

Devant une telle représentation - fort secrète puisqu'on ne sait pas si le personnage en question cogite en route, observe, s'il a l'esprit ailleurs ou bien s'il est soucieux de découvertes - on ne peut que se mettre tout de go soi-même en mouvement dans son sillage en faisant des suppositions à son égard.
Ce qui, chemin faisant, amène en fait à se questionner en retour sur soi-même, sur le cours et le sens du contenu de notre propre parcours.

Pour Serge peintre, tout dépend en le cas de la veine de l'inspiration dont, de cavalier en cavalier, sa peinture est le réceptacle et donc en grande partie de sa disponibilité d'esprit à ce sujet en tant que créateur. Esprit créateur en lequel - ce qui ne simplifie rien, certes, mais enchante - les multiples facettes d'une telle séminale figure sont capables, aussi, de se refléter fort naturellement les unes dans les autres comme, à travers la matière, le font de l'intérieur celles d'un cristal.

Le cavalier évoluant en pleine nature étant chez lui l'une des images les plus fécondes en poésie, Serge s'en est, par exemple, plusieurs fois servi pour illustrer Giono à merveille, l'escortant ainsi en esprit jusqu'en les arcanes de ses propres pérégrinations romanesques.
Dans le cas, si particulier, c'est l'écrivain qui, en nous racontant, nous révèle directement, alors noir sur blanc, ce qui bout à petit feu ou encore à gros bouillon sous le couvercle de tel ou tel incontournable chapeau en général à larges bords, façon Far-West.
Mais, à force et en vérité, l'on ne sait plus trop qui est qui : c'est que le texte ne fait alors qu'un avec l'illustration. Interchangeables, ils concordent tandis que leur date de réalisation respective - qu'elles coïncident ou pas entre elles - n'est bien sûr sans aucune espèce d'importance au plan qui nous occupe.

Paysage de neige -ManentSans titre, 54x65 cm, 1990.

En tout cas, savoir maîtriser la bête au point de ne plus faire plus qu'un avec elle, la conduire et la faire nous conduire en un respect mutuel - et pourquoi pas avec noblesse -, c'est d'abord savoir se maîtriser, se bien conduire soi-même, savoir pourquoi et dans quelle direction au moins - sinon où exactement - l'on veut aller. Libre à notre imaginaire d'adopter et de suivre, lui, dans le tableau, le scénario qui l'aimante le plus.
À travers quoi, et simultanément, le peintre nous parle à demi-mot mais à plein tube de lui-même, nous introduit dans le vaste et le minutieux de son aventure - aussi unique au monde et numineuse que la toile où le cavalier est peint -, nous entretient ainsi de l'entêtement et du goût de la solitude qu'il faut - dans son cas - manifester et expérimenter pour arriver à s'aventurer aussi loin que possible, selon son cœur. Loin des sentiers battus, sans pour autant oublier qui l'on est, c'est-à-dire d'où l'on vient. Comme si tenant à chaque fois fermement les brides de sa propre monture, le peintre s'identifiait corps et âme au motif du cavalier afin de mieux mener à bien son œuvre de rêveur impénitent face au défi de la toile blanche.

Bleu

Hiver à Villeperdix, 46x38 cm, 1984.

Serge a certes peint des cavaliers dans des paysages autres qu'hivernaux et, non plus, hivernaux à ce point ; mais, sur le nombre, sa prédilection est très évidente. Alors, pourquoi justement les camper dans la neige de préférence ?
La réponse affleure en quelque sorte à même la question : i
l faut dire que la neige à la fois abolit et cache tout en révélant l'essentiel en silence. Il faut croire aussi que, plus que rideau de scène, elle est l'écrin idéal aux plus hautes préoccupations du peintre : un ciel sur la terre.

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Trois liens : Autres cavaliers dans la neige par Ismaël, Cavalier dans la neige : rêve ou réalité ? par François Mangin-Sintès  et Synthèse par François Mangin-Sintès.

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