Ce qui distingue un romancier, un dramaturge, du reste des hommes, c'est justement le don de voir de grands arcanes dans les aventures les plus communes. Toutes les aventures sont communes, mais non leurs secrets ressorts.
                                                                                                       
François Mauriac, La Province, 1926.

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...faire sentir que l'éternel rayonne sous le quotidien, et que le geste le plus familier appartient au mouvement universel et s'auréole de sacré.
                                   Lucienne Desnoues, Avant-propos à Anthologie personnelle. Actes-Sud, 1998.

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   Comment, pour le peintre, dire au plus près, exprimer au mieux tel degré ou tel palier atteint dans l'aventure de la vie intérieure - ainsi que tout ce qui, de surcroît, y est indicible, ineffable - sinon par le moyen de choses de ce monde, leur représentation ?
Pour dire sa haute solitude d'artiste comme en même temps sa très profonde humilité d'homme, Van Gogh peint sa chaise rustique, tout simplement, sans vouloir ni devoir aller chercher plus loin.
Et pour faire bonne mesure, il fait même figurer sa pipe à côté de son prosaïque paquet de tabac ouvert, hirsute, posé bien en vue, contrastant avec la paille rousse et bien peignée du siège. Il est à noter aussi qu'à l'arrière-plan de gros oignons vigoureux sont de toute évidence en train de germer dare-dare à même la caisse de bois blanc au flanc de laquelle il choisit, comme de coutume, de signer seulement Vincent.

Chaise_Vincent

Huile sur toile, 65x50 cm, 1888.

Chaise qui, par ce choix électif à ras-bord plein de sens, se trouve non seulement chargée de le représenter mais se change illico sous nos yeux en autoportrait en bonne et due forme, au même titre qu'en est un autre, très intime aussi, sa modeste chambre d'Arles à l'édredon rouge écarlate pareil à « un cœur gros comme ça » posé sur son lit provençal.

Ainsi, c'est donc surtout par le moyen de l'analogie, de sa mise en œuvre, qu'une œuvre justement "fonctionne", prend peu à peu tout son sens, nous réservant en chemin de nombreuses heureuses surprises à mesure que nous la découvrons tandis qu'elle-même se découvre à nous en retour.
Cela, dans les deux sens, d'abord par l'analogie horizontale, reliant les choses entre elles, renforcée, exhaussée aussitôt par l'analogie verticale qui, celle-là, relie le visible à l'invisible, en désigne et en ouvre pour nous les passages secrets qui font participer et communiquer les deux sur un même plan : celui de l'esprit, où l'œuvre nous engage. (Nous angoisse, nous engouffre, ou même nous rebute, pour certains !)
Parce qu'issu d'une veine de qualité rare, le Fiorio reproduit ci-dessous est à ce propos fort riche et instructif : liées à l'équerre au moyen d'une corde en cette Nature morte d'outils de maçonnerie, les deux branches de la croix de bois que forment les poteaux de l'échafaudage où a été déposée la tunique pourpre constituent la clef - visible ou invisible selon les regards -, sésame du tableau, de son sens le plus haut, au plus haut plan.
Codage discret, à coup sûr inconscient de la part de l'artiste - le génie lui-même de la peinture s'étant sans doute mis à ce moment-là en personne aux commandes - pour à la fois amplifier et préciser le contenu disant bien déjà le courage, la rigueur et la perfection dans le labeur. Mais prolongeant et continuant le message, jusqu'au bout, à l'étage supérieur, jusqu'au don de soi, total et enthousiaste, en chaque journée, qu'elle soit de peintre ou de maçon : sacrifice librement consenti dont cette toile est bien, il me semble, à mon sens, le plus que parfait mémorial.

Outils de maçonnerie Bon    La_Chambre_à_Arles

           Huile sur toile, 50x61 cm, 1960-61 (?)              Huile sur toile, 72x90 cm, octobre 1888.

Analogies entre des œuvres aussi ; qui sont preuves d'étroites - mais larges ! - relations existant sur bien des plans entre certains artistes à travers les âges. Vincent, par exemple, eut aimé, c'est certain, cette Nature morte aux outils de Serge ; autant sans doute que Serge admira « par cœur » sa fameuse chambre d'Arles et en fit l'éloge souvent. Par-delà le maillage de nombreuses "correspondances", ces deux œuvres semblent même être complémentaires. L'une étant, jusque dans l'opposition, juste réplique à l'autre dans un émouvant dialogue - entre autres - entre intérieur et extérieur de deux tempéraments de peintres hors-norme.

PS : pour finir d'enfoncer le clou, des correspondants attentifs me signalent : l'un le nœud en clé de sol de la ficelle du fil à plomb, l'autre la présence d'autres croix (de St-André celles-là) parsemées comme les cailloux ayant glissé de la main du Petit Poucet dans le bois.
Je vois pour ma part, tout d'un coup, le large monticule de pierres à bâtir en un mimétique troupeau de moutons vus de dos... Le Bon Berger à la tunique pourpre serait-il donc, chez Fiorio à l'ouvrage, frère ou alter ego d'un certain Bon Maçon de par là dans son entourage ? Aldo est en effet très présent en ce tableau par contre très volontairement vide de tout personnage.

Deux liens : Natures silencieuses d'outils, entre autres et Outils de maçonnerie, et aussi, en fin de page, deux Commentaires.

 

 

 

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Brindilles
de Philippe Forcioli,

ce petit livre carré de 70 pages est paru chez la libraire-éditeur lyonnaise Geneviève Berthezène. Il a été imprimé aux bords du Gardon par Jacques Brémond, autre amoureux de poésie.
Tout cela ajoute au bonheur de lecture de ce merveilleux petit livre au titre peut-être trompeur, car  Brindilles  ce ne sont pas « de petites branches minces et le plus souvent sèches » (définition du Robert) rassemblées en brassées, mais bel et bien des fleurs – moi, j’appelle ça des fioretti, pour user du parler françoisier qu’affectionne l’auteur –, des fleurs fraîches et parfumées comme cueillies de ce matin, et c’est un magnifique bouquet qu’il nous en offre.
Il y dit en peu de mots l’essentiel : le temps qui passe, les peurs, les chagrins, les renoncements, les départs ; il y célèbre la nuit, le silence, la lune et les étoiles, y exalte la paix, l’espérance et la folie douce du poète. Marseille y est présente et Forciolo, son village corse, aussi. La ferveur est en chaque ligne, la tendresse pour les êtres et les choses. Et il y a de quoi méditer !
« Éclaboussez le gris du monde/ Redressez-vous êtres vivants/ Lavez vos yeux de toutes larmes/ La vie est là à chaque instant ».
Ne ratez pas ce livre rare !
Jacques Bonnadier, journaliste (« Sorties Vieux-Port», Dialogue RCF)
Chèque (15 euros +5 euros de port) à l'ordre de : Geneviève Berthezène - Éditeur, 56 rue Paul Sisley 69008 Lyon 0478003451
berthezene.genevieve@wanadoo.fr

 

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Au Festival off d'Avignon, du 7 au 30 juillet au Théâtre Al Andaluz, 25 rue d'Hamphoux à 18H 30. Réservations au 06 86 49 04 52.
Relâche le 10, le 13, le 17 et le 24.      

VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE BRASSENS

   Tel est le titre de ce spectacle de reprises de chansons plus ou moins connues de cet immense poète.
Un spectacle de plus donc...par une femme. Et pourquoi pas ? On pense généralement que Brassens était misogyne.
Pour notre part, nous pensons qu'il '' se serait fait tout p'tit '' devant Mardjane. Car ce spectacle est plein d'un charme tout en finesse et subtilités. Chaque texte est enjolivé sans apprêt par la belle élégance de Mardjane CHEMIRANI. Quant à la présence et aux accompagnements de René, ils sont sur mesure. Les deux artistes se connaissent bien et tissent avec le public une belle complicité qui mènera chacun à fredonner quelques refrains avec eux.

 Mardjane chante Brassens https://youtu.be/FHPccjjfv6g