Ces jours-ci, chers lecteurs, je ne vis pratiquement que pour écrire; j'ai plaisir à en prendre le temps sans trop devoir me soucier d'autre chose. Entre nous, quelle chance par les temps qui courent et la chaleur qu'il fait dehors ! D'autant que le blog Serge me suggère d'innombrables sujets parmi lesquels le plus difficile pour moi est bien de choisir.
Alors, aujourd'hui ? Pourquoi pas frotter ma plume à la peinture d'Aimée Castain, bergère au Gubian, vers l'atelier de laquelle Serge était toujours partant, même si c'était sur-le-champ, à l'improviste ?

Serge au Gubian

Serge sur le départ à la fin d'une visite à Aimée et Paul au Gubian. Il emporte un Castain avec lui à Montjustin.

Je la revois nous accueillant au Gubian, puis plus tard aux Bourbons, le visage largement souriant, joues colorées, en forme de pomme. Et, une fois entrés, des peintures de partout ! Ça commençait d'ailleurs déjà au-dehors, en plein air, sur des pierres, du bois, quelques grands morceaux de tuile ! Préambule assez étonnant dont, modeste, Aimée riait de bon cœur : « Là, c'est des bouts de tout ce qui me passe par la tête peints sur des bouts de tout ce qui me tombe sous la main ! »
Souvent, après l'échange des dernières nouvelles, elle raconte avec soin un jour de travail ou de fête, le troupeau, la neige, l'orage, ponctuant ses propos de son rire éclatant. Ou bien alors elle se met encore rétrospectivement en colère, fulminant contre la bêtise crasse d'un tel, tel jour, à telle heure dans telle circonstance ! Elle décrit très bien ses nombreux amis les arbres - « plantés là comme des seigneurs ! » - et la course du soleil sur le dos de toute chose.
Passionnée, elle est passionnante, et, du coup, sans devoir avoir l'oreille fine, chacun peut clairement entendre, au fil de ses paroles, battre son cœur d'or.
Enfin, bref, rien que sur le personnage il y aurait bien des pages à écrire ! Maintenant, voilà celle qui tout à l'heure m'est plus particulièrement venue à propos de l'artiste.
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Ça devient imaginaire, ça je l'aurais jamais imaginé !
Aimée Castain.
   Au départ, dès le tout début de sa carrière, Aimée Castain n'a rien de quelqu'un de plus ou moins doué, capable, donc, de peindre et d'exposer comme le font communément tant d'autres personnes; comme, à force de patience et d'habileté, d'entregent, tout un chacun peut plus ou moins sincèrement croire en son destin d'artiste, ou en tout cas y prétendre.
Une telle "démarche", je le répète volontiers, lui est tout à fait étrangère, à mille lieues des raisons profondes, devenues un beau jour impératives, qui l'ont énergiquement poussée à se mettre à peindre, et pour cause : l'évidente forte personnalité qui, dès ses premières gouaches, s'exprime tout le long de son œuvre nous fait tout de suite tenir et reconnaître les hautes qualités premières de sa production comme se situant déjà tout à fait au-delà des diverses catégories de l'amateurisme le plus respectable.

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Gouache sur papier, 32x40 cm, sans titre et sans date : sans doute des petits descendants d'Adam et Ève au pied de l'Arbre de vie !

Il faut dire qu'autodidacte pure, son art de peindre est - sans doute en mélange, autant par nature que par nécessité, mais de toute évidence - fort singulier dans le monde des arts parce que justement inventé de toute pièce, sur mesure, parfaitement adapté à ce qu'Aimée veut exprimer par elle-même, sous aucune influence, si ce n'est celle, féconde et libératrice, d'un puissant et vital besoin intérieur : si elle s'arme alors de pinceaux et de couleurs, c'est d'abord pour faire la paix en elle-même par tableaux interposés, au beau milieu de son âme.
C'est dire là, n'est-ce pas, sa totale sincérité et, du même coup, l'intégrité de son art.

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La déclaration d'amour ?

Ses sources d'inspiration étant celles qui irriguent chacune des journées de sa propre vie dans son environnement immédiat, son œuvre de peintre se trouve donc être la transcription poétique de cette dernière en des récits imagés proches, en leur genre, de celui des pages des anciens livres d'heures : Très Riches Heures d'une paysanne, d'une bergère, que la totalité de son œuvre dessiné et peint !

En effet, tous les bonheurs engrangés, tout comme les rudes batailles qu'elle a courageusement dû livrer jusque-là au long du cours de son existence, Aimée éprouve vers la cinquantaine le besoin d'en transfigurer le vécu au moyen de moyens bien à elle, d'en sublimer la valeur et le sens par l'heureuse efficace alchimie de son art inventé : autre rude combat au cours duquel, combative depuis toujours et pouvant s'appuyer sur les atouts d'un caractère bien trempé ainsi que sur les solides bases de sa sagesse terrienne, paysanne, elle se renouvelle donc de l'intérieur et sort finalement victorieuse de son pari contre le temps qui, pour elle, passait trop vite pour pouvoir peindre et contre les préjugés sociaux, eux, par contre, alors toujours bien ancrés : la voilà désormais assurément bel et bien peintre pour le bonheur de tous !
Et il faut bien reconnaître qu'allant toujours de pair, l'originalité de son art de peindre alliée à celle de ses sources d'inspiration fait que c'est en grande partie de ces deux points de vue-là que l'artiste Aimée Castain occupe en peinture une place à part, bien à elle, car unique en son genre. 

Castain 1Le déjeuner, 35x27 cm, 1978.

Aussi, trio de choix au regard exigeant en le domaine, le facteur-poète Jules Mougin, Pierre Martel, créateur du mouvement Alpes de Lumière et Serge Fiorio, le peintre de Montjustin, ne s'y sont pas trompés, œuvrant en leur temps chacun sans relâche pour toujours mieux la faire connaître et apprécier du public dans leur propres cercles d'amateurs et au-delà aussi, auprès de divers acteurs culturels.

À quand maintenant - et où ? -, un premier bel hommage posthume ?

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Quelques liens :

Aimée Castain, In memoriam.
Aimée Castain.
La Crèche selon Aimée Castain.
Le Semeur.
Pierre Martel, une facette seulement.

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De la part de notre ami Jean-Luc Pouliquen :

Chers amis et connaissances,
Je suis heureux de vous informer de la parution de mon dernier livre qui rend hommage à Simone Berriau.

Bien cordialement.

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À Hyères, au bord de la Méditerranée, se dressent des immeubles qui ont pour nom : La Chatte sur un toit brûlant, L'Heure éblouissante ou encore Vu du pont. Avant de devenir des références cinématographiques, ces titres ont fait partie du répertoire des pièces jouées à Paris au théâtre Antoine alors dirigé par Simone Berriau. C'est à elle que l'on doit de les avoir choisis pour donner un parfum de théâtre à la résidence qu'elle avait fait construire à même la plage à l'intention des comédiens. Ce livre en retrace l'histoire. Il se souvient de ses hôtes célèbres comme Louis de Funès et Michel Serrault. Il nous conduit jusqu'au domaine de Mauvanne où Simone Berriau l'a imaginée. Il rappelle encore cette grande époque de l'après-guerre où le théâtre Antoine vit passer Sartre, Camus, Louis Jouvet et Jean Vilar. Au fil des pages, à travers les lieux et les personnages présentés, c'est finalement un portrait de Simone Berriau elle-même qui est dessiné. Celui d'une femme au parcours exceptionnel qui nous fait revivre une époque et un monde dont le souvenir est toujours présent dans la mémoire collective.

 La plage des comédiens.

 En souvenir de Simone Berriau

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Broché : 88 pages

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 Langue : Français

 ISBN-10 : 1546471022

 ISBN-13 : 978-1546471022

 Dimensions : 14x 0,5 x 21,6 cm

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Prix : 5,23 €

 Diffusion : Amazon