Cher André,

C’est un plaisir renouvelé que de découvrir chaque jour dans ton blog la peinture, l’univers et la personnalité de Fiorio. Le faire si tardivement devient presque une récompense, quoique persiste le regret de n’avoir pas rencontré le peintre en chair et en os...

Et puis quel agrément de pouvoir évoquer les enthousiasmes successifs et intarissables que ces œuvres suscitent, avec le gardien attentionné de ce temple aussi modeste qu’il foisonne de richesses !

Je t’ai écrit combien ton idée de chronologies parallèles me paraissait pertinente. C’est qu’en effet, pour être stylisée et idéalisée, la peinture de Fiorio ne s’inscrit pas moins dans l’histoire, à sa façon humblement quotidienne et patiente, à la fois par ce qu’elle nous montre d’un temps à la fois proche et révolu, et par ce que, ce faisant, elle révèle de notre présent.

J’en veux pour preuve cette vue de Montjustin peinte en 1956, où un minuscule tracteur négocie un virage en épingle à cheveux (blog du 10 avril 2014). On dirait un jouet. Du reste, ce tracteur, Fiorio ne le montre pas au labeur, mais comme en vadrouille. Il y a de l’humour dans cette image, mais l’idée qui peut aussi bien s’imposer, si on place cette représentation en regard du gigantisme et du nombre des engins  agricoles qui sillonnent aujourd’hui les champs, c’est que les machines sont à cette époque des jouets pour les hommes, tandis que ce sont les hommes qui sont aujourd’hui devenus les jouets de leurs machines.

Pégasière dans le virage de la Ferrage

Considérons du même coup ce qu’il est advenu des paysages eux-mêmes. Comme je te l’ai déjà dit, ma première rencontre avec Fiorio s’est faite par le truchement d’une affiche plaquée au mur de la cuisine d’une vieille amie, sous les chiures de mouches, la poussière grasse et les lambeaux de toiles d’araignée. Elle représentait un détail des Hauts Plateaux. C’est quelque chose qui ne s’oublie pas, et ce tableau me ravit comme au premier jour. Il exprime parfaitement le ravissement éprouvé quand j’ai découvert ce pays, voilà bientôt... cinquante ans.

Les hauts plateaux (1)Mais en quelques années, ces campagnes d’entre Lure et Luberon que Fiorio nous montre si diverses, en  « paysages d’Arlequin », ces mosaïques de champs menus, chatoyants, diaprés, sagement abrités par des haies peuplées de chants d'oiseaux, parcourus de routes vagabondes, où nichent modestement çà et là un village et quelque demeure isolée, voilà qu’elles prennent des airs de terre gaste (du reste, ça ne s’invente pas, il existe, à Gargas, une « rue des Terres-Gastes »...) : un monde stérilisé, toujours plus homogène, indifférencié.

Ce sont sans doute de récentes promenades autour de Saint-Martin qui m’ont rendu plus particulièrement sensible à cet aspect des choses, mais la tendance ne prête pas au doute : on déboise, on défonce, on arase, on comble, on déchiquète, on écroule, on rase les haies. N’est-il plus d’autre cadre de vie désirable, d’autre idéal paysager qu’une contrefaçon de plaine beauceronne, n’offrant pour toute animation que le miroitement de ces bandes de plastique déroulées façon Christo (pour le coup, il se vérifie que notre modernité a les artistes et les emballeurs qu’elle mérite...), sous lesquelles fruits et légumes achèvent de se dénaturer ? Car ce ne sont partout que des champs agonisants, sous perfusion, encensés de pesticides et irrigués par un Calavon réduit à un écoulement énurétique. Tandis que les villages perchés s’enfouissent les uns après les autres sous une lèpre rampante de bâtisses résiduelles engorgées d’automobiles.

Pour représenter ce qu’il advient, il ne nous faudrait pas moins qu’un Rothko provençal en mode suicidaire. Dans le genre de ce Red on Maroon de 1959 :

Rothko%20Red%20on%20Maroon%201959T01168_10[2]Ou bien un Alphonse Allais, pour tenter de faire plus amusant :

Alphonse%20Allais%20Ronde%20de%20pochards%20La terre que représente Fiorio, on l’imagine tel un bien précieux, à entretenir, à respecter et  à transmettre scrupuleusement. Il semble que la plupart des individus qui la travaillent s’en considèrent, sinon comme les servants, du moins comme les usufruitiers.

Mais nous vivons désormais dans un univers de propriétaires ; les impératifs comptables ont relégué toutes les valeurs inspirées du vivant au rayon honteux des invendables. Qui pourrait de nos jours s’écrier, à l’instar d’Aimée Castain en 1960 : « Chère terre, tu es ma passion et ma vie. Jamais je ne te quitterai. J’ai tant besoin de ce que tu es. » (Aimée Castain, bergère et artiste, Les Alpes de Lumière) ? Les paysans sont devenus des « exploitants agricoles ». « Exploitants », on ne saurait le nier ; mais « agricoles », je me demande...

Et si c’est la « rationalité économique » qui donne du sens à tout cela, le contenu frelaté de nos assiettes et de nos verres n’en apporte pas une démonstration très convaincante. Comme l’exprime le chef indien de l’histoire : cette année encore, nous n’aurons que de la merde à nous mettre sous la dent. En revanche, il y en aura pour tout le monde.

Je voudrais, bien sûr, éviter de prendre modèle sur ces intellos contadouriens de 1937 dont parle Pierre Magnan, qui, « en une heure de temps, l’un poussant l’autre, [...] vont créer une paysannerie de rêve où l’on couperait encore le blé à la faucille et où les biches viendraient nous manger le sel dans la main » (Pour saluer Giono, p.69), mais comment ne pas opposer les espaces qui s’étendent sous nos yeux, mornes et solitaires, à peu près vidés de toute présence animale, bref, ces déserts seulement parcourus par des théories de 4 x 4 quand la chasse est ouverte, à la campagne peuplée par Fiorio de Panturle absorbés par les travaux des champs. Le quotidien n’est évidemment pas idyllique, il est même visiblement exténuant sous le cagnard ; on trime et l’on s’échine, et les hommes ne sont pas moins âpres au gain qu’en tout autre temps. Pourtant, tout semble se faire comme en accord avec le monde.

Moisson Serge FiorioLes Quatre saisons II

Et puis, ensemble on travaille, ensemble on se distrait. La rudesse de la vie est compensée par la saveur des choses, les contraintes douces-amères de la solidarité, et quelques rares joies sans partage – c’est-à-dire pleinement partagées, comme en période de carnaval, ou lors des fêtes foraines et des marchés...

Mais à cela, nous préférons sans équivoque nos mesquines solitudes branchées sur smartphones et nos temps morts survitaminés aux psychotropes.

Il faut avoir une vocation de ravi de la crèche pour obéir à l’optimisme de rigueur qui nous incite à courber pieusement l’échine devant les injonctions de la technostructure et à applaudir au train où vont les choses. Je préfère encore assumer un vertige sénile, une aversion symptomatique vis-à-vis du progrès, une horreur irraisonnée et réactionnaire du jardin des délices de la modernité. Aussi, je te le demande, André : s’il est exact que Serge Fiorio ne voulait voir le mal nulle part, crois-tu qu’il y parviendrait de nos jours ?

*

Cher Gérard,

il est bien vrai que le Serge que j'ai bien connu ne voulait pas voir le mal, nulle part, et comme pour tenter de s'en protéger au maximum, n'hésitait jamais à se réfugier au besoin et au plus vite jusque dans le déni insensé le plus total. Cela étant comme un réflexe instinctif dans le cours - du reste largement paisible - de sa vie quotidienne. De par ma propre expérience, je peux témoigner que lui signalant parfois quelqu'un ou une situation néfaste ou même toxique de toute évidence, je me suis plusieurs fois entendu répliquer que c'était moi qui avait mauvais esprit ! Après quoi, continuant donc sur sa lancée, il payait ensuite la note recta ou les pots cassés comme si de rien était, sans aucune plainte ni aucune amertume contre lui-même ou qui que ce soit...Ce qui aurait été revenir à la case départ de la réalité contrariante !

Touchant à la peinture, cela par contre peut se comprendre et mieux se justifier ; aussi, quand à l'automne 2011, C-H Rocquet vient à Montjustin et, au cours de leur entretien, l'interroge tout à coup sur le blanc resté miraculeusement immaculé de la chemise du Résistant représenté pourtant assassiné dans La mort du camarade, Serge lui répond que le malheureux a peut être bien été blessé dans le dos et il ajoute cependant, en forme d'aveu : « Mais je n'aurais pas peint le sang. Le sang je ne veux pas le voir ». Or, l'image du sang, s'écoulant ou répandu, n'est-elle pas celle, primordiale, du mal sous bien des latitudes ?

En en hébergeant réellement peu en lui-même (certes, seulement selon mes estimations personnelles peut-être fort subjectives), Serge avait sans doute, pour cette raison interne, beaucoup de mal (!) à le reconnaître comme tel - ce mal - quand il se présentait à lui de l'extérieur. En foi de quoi, quand cela arrivait, se mentant d'abord à lui-même, il préférait, et de loin, faire carrément l'autruche : à chacun ses travers et ses faiblesses !

Mais ta question est celle-là : « ... s’il est exact que Serge Fiorio ne voulait voir le mal nulle part, crois-tu qu’il y parviendrait de nos jours ? » Serge n'est décédé qu'en 2011, les dégradations, les crimes et les déliquescences de tous ordres que le minéral, le végétal, l'animal et l'humain subissent aujourd'hui étaient déjà là de son temps, pas si lointain ! Serge a vécu la dernière guerre, et comme au front puisqu'au sein de la Résistance ! À ce moment-là, devant le mal absolu du nazisme, il a bien ouvert grand les yeux puisqu'il s'y est opposé de toutes ses forces, jusque dans et par la pratique de sa peinture, miroir de sa vie.

Je crois qu'aujourd'hui encore Serge se défendrait du mal de la même unique façon qui fut la sienne la plupart du temps : en l'escamotant par le mensonge à soi-même et aux autres quand il s'agirait pour lui de s'en débarrasser dans le cercle de sa vie privée. Sans rien ignorer pourtant des actions et exactions de ce dernier dans le reste du monde, ni rien nier des intentions mortifères sur tous les plans d'une Marine Le Pen ou d'un Donald Trump par exemple. Cela, non pour mentir effrontément, mais pour, sur le coup, rendre la vie ordinaire plus belle et plus agréable à tous et à toutes, à lui-même en premier. Quoique, je te l'avais dit, je l'ai entendu dire vertement à l'un de ces exploitants agricoles semi-industriels du coin que les activités de tous ceux de son espèce n'avaient plus rien à voir, selon lui, avec ce qu'est le noble métier de paysan. Et il en parlait en connaissance de cause, ayant été, avec son frère, des pionniers dans la mise en pratique de l'agriculture pasteurienne, très proche cousine de la biodynamie prônée par Rudolf Steiner. Fiorio frères, paysans. C'est là ce qu'ils avaient tenu à inscrire sur la plaque de la petite remorque de leur tracteur.

J'ai tenté de répondre de mon mieux sans faire trop long à ta question finale qui touche à un point très sensible de la personnalité de Serge sur lequel, à mon avis, il ne devait pas, au fond de lui, se sentir très à l'aise : écartelé qu'il était par nature, face au mal, entre sa lucidité (sûre et certaine) et son tempérament profondément rêveur de poète-né. Je dirai même plus : aux prises avec les songes et se colletant tous les jours que Dieu fait avec l'ange batailleur de la création.

La peinture de Serge ne nous ment pas : elle est peinture ! Peut-être même, en même temps, solide fil d'Ariane, fiable parmi quelques autres, pour aider à nous sortir du labyrinthe où en nombre nous nous sommes égarés !

D'un certain point de vue, Serge non plus ne mentait pas tout en mentant : cet homme étant bien avant tout un poète au besoin de paradis viscéral !

C'est sans doute la raison pour laquelle, selon lui : « Ceux qui ne sont pas un brin poète sont tous des menteurs ! »

*

Une video sur le sujet : Adieu paysans

*

TRADUZIONE a cura di Agostino Forte :

Caro André,

è un rinnovato piacere scoprire ogni giorno la pittura, l’universo e la personalità di Fiorio, quale ce li presenti nel blog. Che mi avvenga tardivamente diviene quasi una ricompensa benché persiste il rimpianto di non aver incontrato il pittore di persona …

E poi quale piacere di poter evocare i successivi e inesauribili entusiasmi che suscitano queste opere, col premuroso guardiano di questo tempio tanto modesto quanto abbondante di ricchezze.

Ti ho comunicato quanto la tua idea delle cronologie parallele mi sembrasse opportuna. Infatti, per essere  schematizzata e idealizzata, la pittura di Fiorio rientra altrettanto nella storia - alla sua maniera umilmente quotidiana e paziente - sia per quello che essa ci mostra di un tempo simultaneamente da venire e compiuto, e sia perché, ciò facendo, essa ci manifesta del nostro presente.

Ne è una prova questa veduta di Montjustin, dipinta nel 1956, nella quale un piccolo trattore affronta una curva a gomito (blog del 10 aprile 2014). Lo si direbbe un giocattolo. Del resto Fiorio non ci mostra questo trattore al lavoro nei campi ma come fosse lì a zonzo. C’è dell’ironia in questa immagine, ma l’idea che può a buon diritto venire alla mente, se confrontiamo questa rappresentazione con il gigantismo e il numero di macchine agricole che oggi solcano i campi, è che all’epoca le macchine sono come dei giocattoli per gli uomini mentre oggi dovremmo piuttosto dire che sono gli uomini ad essere diventati i giocattoli delle loro macchine.

Éric de Coulon, Manifesto per il trattore Renault, 1925 circaÉric de Coulon, Manifesto per il trattore Renault, 1925 circa

Consideriamo allo stesso modo quello che è avvenuto nei paesaggi stessi. Come ti ho già detto, il mio primo incontro con Fiorio si produsse tramite un manifesto fissato al muro della cucina di una vecchia amica, coperta di cagatine di mosca, polvere spessa e lembi di ragnatela: era un particolare dei Hauts Plateaux. È una cosa che non dimentico, e il quadro mi incanta ancora come al primo giorno. Esprime perfettamente la meraviglia provata quando scopersi quei luoghi … oramai cinquant’anni fa.

Les hauts plateaux (1)Ma nel volgere di pochi anni, queste campagne tra Lure e Luberon che Fiorio ci mostra così diverse, in « paesaggio arlecchinesco », un mosaico di piccoli appezzamenti, cangianti, iridescenti, avvedutamente protetti da siepi popolate da uccelli canori, attraversati da strade vagabonde dove si rannicchiano qua e là un villaggio o un casolare, nel volgere di pochi anni quindi prendono un’aria di terra desolata, terra guasta, (del resto, e non è una mia invenzione, esiste a Gargas una « rue des Terres-Gastes », una « via delle Terre-Guaste »...): un mondo sterilizzato, sempre più omogeneo, indifferenziato1.

Sono state senz’altro le mie recenti passeggiate nei dintorni di Saint-Martin che mi hanno reso maggiormente sensibile a questo aspetto delle cose, ma la tendenza non lascia adito a dubbi: si disbosca, si scava, si spiana, si colma, si riduce a brandelli, si distruggono, si tosano siepi. Che non ci sia più altra idea di vita desiderabile, altra idea di paesaggio se non uno scimmiottamento della Beauce, non offrendosi altro, ad animarne i luoghi, che il balenìo delle strisce di plastica stese “alla Christo” (per una volta si verifica che la nostra modernità ha gli artisti e gli imballatori che si merita…), sotto le quali frutti e verdure finiscono per snaturarsi? Poiché dappertutto non è che un agonizzar di campi, sotto perfusione, irrorati di pesticidi e irrigati da un Calavon ridotto a un flusso enuretico. Mentre i paesini abbarbicati scompaiono uno dopo l’altro a causa di una lebbra dilagante di insediamenti residuali intasati di automobili.

Mark Rothko nello studio

Mark Rothko nello studio.  (Foto da Wikimedia Commons)

Per rappresentare quello che succede, avremmo bisogno almeno di un Rothko provenzale  con tendenze suicide. Del genere di questo Red on Maroon del 1959  :

Rothko%20Red%20on%20Maroon%201959T01168_10[2]O meglio un Alphonse Allais per tentare un maggior divertimento:

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Alphonse Allais, Racolte-de-la-tomateAlphonse Allais, Récolte de la tomate

La terra che ci presenta Fiorio, la immaginiamo come un bene prezioso, da mantenere, rispettare e tramandare con scrupolo. Sembra che la maggior parte degli individui che la lavorano si considerino, se non al servizio, quantomeno come gli usufruttuari.

Ma viviamo oramai in un universo di proprietari; gli imperativi contabili hanno relegato tutti i valori ispirati dal vivente al disdicevole campo degli invendibili. Chi potrebbe ai nostri giorni esclamare, sull’esempio di Aimée Castain, nel 1960: « Cara terra, tu sei la mia passione e la mia vita. Non ti abbandonerò mai. Ho un gran bisogno di quel che sei. » (Aimée Castain, pastora e artista, Les Alpes de Lumière? I contadini sono diventati dei « coltivatori agricoli ». « Coltivatori », non si saprebbe  negarlo ; ma mi domando … « agricoli »?2

E se è la « razionalità economica » che dà senso a tutto ciò, il contenuto sofisticato dei nostri piatti e dei nostri bicchieri non ne forniscono una dimostrazione molto convincente. Come dice il capo indiano della storia: per quest’anno avremo ancora da mangiare merda. In compenso ce ne sarà per tutti.

Simon Bening, Uomini e donne che fanno il fienoSimon Bening, Uomini e donne che fanno il fieno (Livre d’Heures)

Certo, vorrei evitare di prendere a modello quegli intellettuali del Contadour del 1937, dei quali parla Magnan (Pour saluer Giono, p.69), che « in un’ora di tempo, spingendosi l’un l’altro, [...] creano un mondo contadino da sogno dove il grano si taglierebbe ancora con la falce e le cerbiatte verrebbero a mangiare il sale nel palmo delle mani »  ma come non opporre gli spazi che si stendono sotto i nostri occhi, desolati e solitari, svuotati quasi di ogni presenza animale, questi deserti percorsi soltanto da teorie di 4x4 nei periodi di apertura della caccia, come non opporli alla campagna popolata, da Fiorio, di Panturle3 assorti nel lavoro dei campi. Il quotidiano non è evidentemente idilliaco, anzi è visibilmente estenuante sotto il sole a picco; si sgobba e ci si sfianca e gli uomini non sono meno avidi di guadagno più che in ogni altro tempo. Eppure, tutto sembra svolgersi in sintonia col mondo.

Kim Hong-Do, Scene di vita quotidiana, British MuseumKim Hong-Do, Scene di vita quotidiana, British Museum

E poi, insieme si lavora e insieme ci si svaga. La durezza della vita è compensata dal sapore delle cose, i vincoli agro-dolci della solidarietà e qualche rara gioia senza riserve ovvero pienamente condivisa, come nel periodo del carnevale, o durante i momenti delle giostre e i mercati …

Ma a tutto questo preferiamo senza equivoci le nostre meschine solitudini collegati agli smartphone e i nostri tempi morti corroborati da sostanze psicotrope.

Bisogna avere una vocazione da sempliciotti per obbedire all’ottimismo di rigore che ci incita a curvare piamente la schiena davanti alle ingiunzioni della struttura tecnocratica e ad applaudire per come stanno andando le cose. Preferisco ancora assumere una VERTIGINE SENILE, un’avversione sintomatica nei confronti del progresso, un orrore irragionevole e di reazione al giardino delle delizie della modernità. Ma ti faccio anche una domanda, André: se è vero che Serge Fiorio non voleva vedere il male in alcuna cosa, credi che giungerebbe a tanto anche ai giorni nostri ?

1: Mi giunge naturale cogliere in questa suggestione di Gérard Dressay un invito a volgermi verso la figura del Graal colla sua significanza rigenerativa. Un mondo che via via va guastandosi ha bisogno di un evento che possa ristabilirlo, guarirlo. Il declino odierno che coglie le nostre vite e il nostro cuore ha bisogno di un racconto che ripercorra i passi di una reintegrazione non solo alla natura ma anche alla Bellezza. Come di giorno in giorno ci viene indicato il Guasto della nostra Terra, così i Re del Graal sono colpiti dalla stessa maledizione. Molti tra loro sono stati feriti dalla Sacra Lancia (la Lancia di Longino che penetrò il costato del Cristo crocefisso) e guariti dal Graal. I poteri del Graal hanno potuto dunque essere utilizzati e conservati attraverso i secoli. La ferita rende invalido il re e rende malata la Terra del Graal. Queste terre sterili sono chiamate Terre Guaste, Terre Desolate.

La Terra Desolata è anche il titolo del poema sincretico di Thomas Stearn Eliot.

2: Rimando alla parallela lettura dello scritto dal titolo “L’agriculture pasteurienne” (http://sergefiorio.canalblog.com/archives/2014/06/17/29915151.html) e alla nota che scrissi in merito alla parola exploitant.

3: Il personaggio di Panturle come ci viene descritto in una pagina di Risveglio: «Panturle è un uomo enorme. Si direbbe un pezzo di legno che cammina. In piena estate quando si fa un coprinuca con foglie di fico, e a le mani piene d’erba e si raddrizza, le braccia scostate, per guardare la terra, è un albero. La camicia penzola a brandelli come una corteccia. Ha un grande labbro spesso e deforme, come un peperone rosso. Allunga lentamente la mano su tutte le cose che vuol prendere, generalmente cose che non si muovono o non si muovono più. È frutta, erba  un animale morto; ne ha tutto il tempo. E quando stringe, stringe forte.»

(Jean Giono, Risveglio, Cap.II. Tit. or. “Regain”, nella traduzione di Maria Elisa Della Casa)

 *

Caro Gérard,

sì è vero che il Serge che ho conosciuto così bene non voleva vedere il male da nessuna parte e, come tentando di proteggersene a tutti i costi, alla bisogna non esitava a rifugiarsi il più velocemente possibile fino nel diniego più assurdo e ostinato. Gli era come un riflesso istintivo nel corso della sua vita quotidiana, peraltro pressoché tranquilla. Per esperienza, posso testimoniare che segnalandogli talvolta una persona o una situazione negativa o anche chiaramente nociva, mi sono sentito più volte rispondere che ero io, invece, ad avere una cattiva disposizione! Dopodiché, proseguendo nella sua strada, ne faceva le spese o pagava lo scotto come se nulla fosse stato, senza alcuna rimostranza né rancore contro di sé o chiunque altro … che sarebbe stato come tornare daccapo al motivo della polemica iniziale.

Arrivando alla pittura, quanto detto si può meglio comprendere e giustificare; anche quando nell’autunno del 2011, Claude-Henri Rocquet viene a Montjustin e, nel corso del loro colloquio, a un certo punto gli chiede conto del bianco della camicia del partigiano assassinato - raffigurato ne La mort du camarade - camicia restata miracolosamente immacolata, Serge gli risponde che il malaugurato potrebbe essere stato benissimo ferito alla schiena aggiungendo comunque, a mo’ di confessione: « E poi il sangue non l’avrei  dipinto. Non lo voglio neanche vedere ». Orbene, l’immagine del sangue, che fiotti o sia sparso, non è forse l’immagine primordiale del male sotto molte latitudini? 

Il male. Serge ne albergava veramente poco in sé stesso (certo, partendo da una mia stima personale e per questo assai soggettiva), e per questa condizione interna, aveva senza dubbio, molta difficoltà  a riconoscerlo come tale quando si presentava a lui dall’esterno. Alla luce di quanto detto, quando ciò accadeva, mentendo prima di tutto a sé stesso, preferiva, e di gran lunga, fare semplicemente lo struzzo: a ciascuno le sue traversie e le sue debolezze.

Ma la tua domanda era: « ... se è vero che Serge Fiorio non voleva vedere il male in alcuna cosa, credi che giungerebbe a tanto anche ai giorni nostri? » Serge è morto nel 2011, le degradazioni, i crimini e la decadenza di ogni ordine che il minerale, il vegetale, l’animale e l’umano subiscono oggi erano già in quei giorni, non poi così lontani. Serge ha vissuto l’ultima guerra come fosse al fronte dato che militava nella Resistenza. In quel periodo, davanti al male assoluto del nazismo, ha tenuto gli occhi ben aperti poiché si vi si oppose con tutte le sue forze, financo dentro e attraverso la sua pittura, specchio della sua vita.

Credo che ancora oggi Serge si difenderebbe dal male nello stessa unica maniera che fu la sua per la maggior parte della vita: eludendolo nel mentire a sé stesso e agli altri quando per lui si trattava di sbarazzarsene nell’àmbito della sua vita privata. Senza tuttavia ignorare nulla delle azioni e delle violenze di quello nel resto del mondo; né, per esempio, nulla negando delle intenzioni mortifere su tutti i piani di una Marine Le Pen o di un Donald Trump. Quel comportamento non per mentire sfrontatamente ma per rendere, sul momento, la vita ordinaria più bella e piacevole a tutti, a lui stesso per primo. Sebbene, come ti avevo detto, l’abbia sentito dire in modo aspro a uno di quei coltivatori semi-industriali locali che le attività di tutti quelli della sua specie non avevano più niente a che vedere, secondo lui, con ciò che è il nobile mestiere del contadino. Ne parlava a buon diritto, essendo stati, lui e suo fratello, dei pionieri nella messa in pratica dell’agricoltura pasteuriana, parente prossima della biodinamica predicata da Rudolf Steiner. Fratelli Fiorio, contadini. Così campeggiava sulla placca del rimorchietto del loro trattore.

Senza tirarla troppo per le lunghe, ho tentato di rispondere nel migliore dei modi alla tua domanda finale che tocca un punto molto particolare della personalità di Serge sul quale, a mio avviso, non doveva sentirsi troppo a suo agio dentro di sé; questa la sua posizione di fronte al male: tormentato qual’era per natura tra la sua lucidità (sicura e certa) e il suo temperamento profondamente sognatore di poeta nato. Direi di più: alle prese con l’immaginazione e lottando tutti i giorni che Dio ha posto su questa terra con il battagliero angelo della creazione.

La pittura di Serge non ci inganna: è pittura! E perché no, nello stesso tempo, saldo filo d’Arianna, affidabile tra gli altri, per aiutarci ad uscire dal labirinto nel quale in gran numero ci siamo smarriti!

Da un certo punto di vista, pur mentendo Serge non mentiva: prima ancora egli era un poeta con un bisogno viscerale di paradiso; ed è senza dubbio la ragione per la quale, secondo lui, « Coloro che non sono almeno un po’ poeti sono tutti dei bugiardi ! »

Video : Adieu paysans

 *

Ah, ces sorties de résidence !

Ils se la pètent donc encore un coup !

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