Ici, vers Glorivette peut-être, ou les Piroublets par exemple, au pied des plis nord du Grand Luberon, en pleine solitude, cette fois l'hiver règne en plein, sans partage, en maître souverain. Et les deux grands rejetons surgis, résurgents, d'entre les épaisses écorces de la carcasse du vieil arbre ainsi ressuscité s'y abandonnent malgré leur jeunesse, s'y accordent, s'y plient de bon gré, créant par la seule trame dépouillée, maintenant quasi nue, de leur branchage une sorte de sobre vitrail élémentaire. Vitrail rempli du paysage sans ciel vu en transparence où les blocs verticaux des bâtiments de la ferme répondent, en contrepoint, aux souples gesticulations végétales et, par contraste, en renforcent à distance les mouvements qui ne s'en trouvent ainsi encore que plus parfaitement éloquents.

Tableau d'hiver

Le premier plan est une sorte de tremplin, base d'envol pour le regard du peintre au travail. Tout juste assez haut pour pouvoir porter l'inscription simplissime de sa signature comme une empreinte dans la neige. Rien de plus, hormis deux feuilles mortes tombées à terre récemment. Oui, tout est simple ici, ou plutôt simplifié au possible, sinon au maximum. Personne de visible dans les parages. Pas un animal, ni le moindre oiseau comme l'on pourrait s'y attendre. Un ciel qu'on imagine, bleu de fleur de bourrache, de gentiane, de lavande sauvage, ou en immense pétale de lin dont, par reflet, la neige rétrospectivement témoigne. Le tout dans un profond silence qui est le véritable soleil de la toile, et en même temps caisse de résonance d'un rappel à soi : il fait silence, comme il fait vif sans doute.

Hiver 1

« Quand le blanc du ciel s'écoule sur le blanc de la terre... » et  « Dans le blanc s'entassent toutes les couleurs... de même dans le silence, s'entassent tous les bruits... » Sylvie Damagnez dans Janvier, c'est le mois du blanc

Derniers témoins d'un autre temps, quelques rares feuilles persistent comme à regret, toutes racornies par le gel, en attente de se détacher enfin, d'un moment à l'autre, pour un dépouillement total des branches. Rien de triste cependant dans cette métamorphose naturelle inscrite dans l'ordre des choses qu'exprime cette page de profonde méditation picturale où l'œil et la main du peintre se délectent ensemble à satisfaire le désir d'en fixer une image unique au monde : selon son cœur. D'autant que la poésie de l'hiver, chez Serge, est sans conteste la plus puissante d'entre celles des quatre saisons, celle qui va le plus loin, le plus profond. Et qui est la plus prompte, la plus directe à faire rêver comme à émouvoir en profondeur. La plus haute. La plus apte à transporter vers des pays de légende, au fond d'un temps qui n'est autre que celui d'un autre monde, fécond, par où, volontiers, s'abreuve l'âme : de l'intérieur.