Oh, non, ce n'est pas au point qu'il devienne tout d'un coup très difficile de dégoter une Transhumance, une Souche enneigée ou un Épouvantail peint en véritable derviche tourneur au centre d'un modeste carré de jardin potager situé au chœur d'un calme et secret village de Haute Provence ! Mais, c'est un état de fait, un constat : aujourd'hui pas mal de gens se réveillent et... rêvent d'un Fiorio !

Ph R

Marché au village. Photo Renaud Fulconis.

Non en tant que valeur sûre sur le marché de l'art, mais encore tout à fait dans l'esprit béni du temps où Serge était encore là à faire la distribution à la ronde, de la main à la main, à la demande : pour s'y délasser les yeux, y reposer et y laver leur regard, pour le plaisir - parfois vital - d'avoir chez soi à disposition cette petite lucarne précieuse et lumineuse donnant sur une part de paradis à domicile. Rien que ça ! Et pouvoir ainsi se repaître d'une certaine paix contenue et néanmoins partagée, immédiatement partageable avec d'autres, celles et ceux qui s'y plantent eux aussi un temps devant, faisant alors soudain plus ample connaissance avec eux-mêmes et le monde en ce miroir magique rectangle banalement accroché au mur entre deux fenêtres de salon ou de salle-à-manger. S'y laissant soudain aller jusqu'aux tréfonds des moelles pour en remonter peu à peu, rénovés, l'âme un peu plus d'aplomb, reverdie, verticale; soit par délestage ou conversion d'une part non négligeable de leur part d'ombre, encore tout simplement par réconciliation avec certaines de leurs potentialités en creux. Parfois tout cela ensemble, en chœur, à la fois, ou bien encore à la queue leu leu.

Sensibles aux subtiles qualités thérapeutiques de cette peinture, des psychiatres et des psychologues, des psychanalystes, ne s'y sont pas trompés, accrochant un ou des Fiorio, parfois de simples reproductions, dans leur cabinet de travail. Le médecin-directeur d'un important centre de soins de Manosque - CCAS du quartier de la Luquèce - a commandé, œuvre majeure, Les Hauts Plateaux pour son établissement. Il y sont toujours, visibles en permanence - quelle belle idée ! - dans un hall à l'étage sans même avoir à consulter. Il s'agit là d'un paysage Fiorio de format hors norme, façon Patinir parce que peint en grand angulaire, et sans doute le plus important en surface qu'ait jamais réalisé le peintre.

Visitant une de ses amies en ses tout derniers jours terrestres, Serge n'est-il pas lui-même retourné exprès chez lui à Montjustin en quête d'un exemplaire encadré de sa grande lithographie des Bergers de la Nuit de Noël pour la lui offrir de grand cœur ? L'heure étant grave pour le moins, cette lithographie-là donc, et non telle ou telle autre plus profane de contenu ou d'apparence, en plus qu'amicale escorte.

Je crois que sans en détenir lui-même - loin de là - toutes les clefs indispensables pour accéder au secret du roi, Serge en savait cependant bien plus long sur la nature et donc la mission de la peinture, et sur celles de la sienne en particulier, que ce qu'il en a toujours laissé croire aux uns et aux autres.

*

ET :

le-petit-economiste.com/47vj8fhbmlkvf.html