Chers vous deux,

assez sobre et pourtant solaire, c'est ainsi que je qualifierais le Fiorio mis en vente que Valérie a repéré.
J'espère maintenant pour vous...et pour lui  aussi ! Pas très ancien et - enfin, des années 80-90 quand même - sûrement pas de haute époque car, en effet, le support étant une toile, le sujet, la facture, les couleurs employées, tous en chœur contredisent formellement une telle hypothèse qui, du coup, ne tient pas la route.

Tableau Moisson

Je pense l'avoir vu peindre, comme tant d'autres, car ce Fiorio ne m'est pas du tout étranger. Il ne doit pas avoir souffert des outrages du temps : en effet, tout ce que Serge a peint sur toile vendue déjà toute prête, montée sur chassis, est en bien meilleur état de conservation - souvent parfait - que ce qu'il a peint, plus en amont, sur bois ou sur isorel qui sont, comme on le sait ou comme on peut facilement l'imaginer, des supports forts sensibles aux variations de la température ainsi qu'à l'action dévastatrice de leur ennemi juré : l'humidité.

Dites donc, entre tout, vous voilà maintenant intégrés à  la constellation Fiorio ! Perso, cela me fait très plaisir tout simplement que par vous celle-ci s'agrandisse. Je sais que Serge aurait été ravi, et j'en suis sûr, de vous connaître en chair et en os, en esprit aussi, mais d'où il est cela, sur un certain plan, reste encore fort possible ! J'en suis et en reste bien persuadé.

Lucien Jacques ?  Pas de complexes à alimenter, réjouissez-vous au contraire : il est formidable d'avoir un tel artiste à découvrir ! Vous n'en serez pas déçus. L'œuvre poétique complète vient justement de paraître par les soins de  l'association des Amis de Lucien Jacques.
 
Par contre, Nicolas De Staël me paraît être, tout comme Pierre Ambrogiani, un bon coloriste - et encore pas toujours excellent - mais hélas, en dehors de cette qualité majeure, rien d'autre d'unique ne m'enchante ni même ne m'émeut un tant soit peu chez l'un comme chez l'autre. Mes cordes les plus finement sensibles y restant résolument muettes, le plus souvent je m'ennuie ferme devant ces peintures. Sauf le temps d'un regard - par simple curiosité, espérant toujours une heureuse surprise - rarement au-delà.
Beaucoup de peintres, à partir du vingtième, sont - ceux-là devenus célèbres, forcément - purs produits des grands marchands et de la médiatisation allant avec, de pair, en proche escorte, pour assurer d'abord la prise puis ensuite la montée de la mayonnaise. Ce dont, en authentiques otages, non seulement ils souffrent, mais finissent parfois par se suicider...parce qu'on leur demande toujours un peu plus de toiles à mettre sur le marché chaque année, ou qu'ils se rendent un jour ou l'autre compte qu'ils ont tragiquement fait fausse route. L'affreux commerce ne se trouvant encore que plus florissant après le drame, le piège de l'argent se referme alors sur eux complètement.
Serge s'est toujours très bien défendu de tout cet exécrable et diabolique en diable, avec sagesse. Dès qu'il a pu vendre par lui-même, il l'a fait, intégrant avec bonheur cette possibilité à son mode de vie : ce qui alors lui permettait de rencontrer et de faire connaissance avec chacun de ses "clients", d'échanger directement, créant un foyer produisant jusqu'à de belles amitiés véritables qui enrichirent sa vie. Parfois il troquait avec son public, mais jamais assez souvent à son goût.
Etiquette Rêve du Vigneron
L'une des bouteilles de vin bio du sud Luberon arborant Le Rêve du vigneron sur l'étiquette. Serge avait troqué l'autorisation de reproduction de son tableau - primitive commande d'un autre négociant en vin - contre un lot de bouteilles. Pièce rare à exposer, le moment venu, dans la future Maison Fiorio !
  
Il a échangé des toiles contre du Vignelaure, ou contre d'autres vins bien moins prestigieux, contre un motoculteur d'occasion, une Fuite en Égypte contre une camionnette de matériaux à bâtir, d'autres œuvres contre des sacs de patates et d'oignons, une armoire. Contre vents et marées, j'ai envie d'écrire, et en tout cas - je l'ai dit - jamais autant qu'il le désirait !
De plus en plus, avec de plus en plus de certitude, je pense que l'œuvre de Serge est vouée à rester semi-confidentielle, ne dérogeant pas, ainsi, à ce qui est en fait - pour moi de plus en plus évidente - sa nature profonde. Ce dont je me réjouis car cela court-circuite bien des pratiques qui ne méritent pas mieux et fait, par ce biais, profiter des qualités et de l'esprit de cette peinture aux seuls passionnés attentifs et sensibles, ceci n'excluant pas l'ouverture à de nouveaux amateurs. Mais, se dérobant aux regards des rapaces, les spéculateurs de haut vol s'y cassent donc le nez par pure ignorance.

Pour une "visite guidée" de Montjustin, c'est avec grand plaisir, d'autant plus qu'il y a longtemps que je ne m'y suis plus rendu et que cela me manque malgré que chaque jour, par la pensée... Nora ne viendra pas, c'est joué d'avance. Je sais qu'elle garde très au chaud au fond de son cœur l'essentiel que ce que nous y avons vécu pendant des années avec les enfants ; mais cela comme des reliques, ne voulant plus y toucher. Il en va tout autrement pour moi, je suis donc partant. Ce me sera même, justement, un vrai et grand plaisir en votre amicale compagnie.

Amitiés à vous deux, et  « Merde ! »  pour les enchères !

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Paru aux éditions Le serpolet et à commander chez l'auteur : Alexandra Ibanès, 12 bis, rue Marcellin Albert Appart 630, 11110 Vinassan, voici Le soleil est nouveau chaque jour. 75 pages, 12 euros. 
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Qui parle toujours d'aurores malades,
D'hommes écœurés par le soleil neuf ?

Ces deux hendécasyllabes - ou décasyllabes, est-que que quelqu'un peut trancher ? - de Lucienne Desnoues célébrant pleinement la vie dans son poème Les primeurs me sont, en contrepoint, spontanément venus à l'esprit au moment, lecture faite, de refermer Le soleil est nouveau chaque jour. C'est la raison pour laquelle je les mets ici comme en exergue de mon bien trop rapide compte-rendu de lecture car Le baiser cadou, Le chocolat, Contemplation du canapé et les quinze autres textes du recueil sont autant de fleurs où l'auteur butine avec passion pour finalement composer un miel si excellent qu'il pousse ensuite à l'irrésistible partage de sa découverte.

Par les temps qui courent, n'est-il pas devenu vital de savoir s'arrêter en chemin pour goûter à tous les menus ou grands moments de plaisir capables, au sens large et rayonnant, d'agrandir la vie, de faire du bien ? C'est là ce à quoi, avec art, ce livre bienvenu est une heureuse invite.