C'est en 1986, quatre années, donc, avant la publication de son magistral Pour saluer Giono, que Pierre Magnan rédige sur demande, à l'adresse de Jacques Ibanès, deux pages - passionnelles et passionnantes sur Giono - visiblement sorties de sa plume avec force d'un seul jet très direct. D'autre part, pas besoin d'être graphologue émérite pour s'apercevoir que l'écriture manuscrite témoigne elle aussi, c'est assez évident, de la forte et vive émotion irradiant de leur contenu.

Pour Jacques Ibanès, il s'agissait alors de simplement « réunir quelques réflexions d'écrivains dans un catalogue intitulé Les chants du monde de Jean Giono. Cela fut réalisé pour une exposition que j'avais montée dans ma région à Lézignan-Corbières au printemps 1987 ». (Lire une autre précision de Jacques à la rubrique "Commentaires").

Mais, connaissant la suite côté Magnan, je crois qu'on est en droit de penser qu'il y a de très fortes chances pour que, par le biais de son heureuse initiative, Jacques ait carrément été l'innocent sourcier de Pour saluer Giono qui, comme on le sait, est, entre tous, témoignage majeur et circonstancié d'un bel écrivain sur l'autre grand écrivain de Manosque. On peut en effet facilement imaginer qu'encore à chaud, après avoir écrit ces deux pages initiales, séminales, Pierre Magnan ait tout de go senti monter en lui - en forme de sentiment de juste revanche et sous une pression jusque-là contenue : « Ils en savent tous tellement plus que moi sur Giono que j'ai pris le parti de me taire. » - la vague énorme, bientôt déferlante, de ses souvenirs fervents et précis. Vague le propulsant tout d'un coup et en toute conscience, en demeure de ne pas devoir lâcher la plume si tôt mais de poursuivre, de se mettre donc à témoigner avec art, tout son soûl, pour défendre sa part de vérité du Giono qu'il connut jadis de très près : d'abord au grand air, chaque été et à Pâques, pendant les rencontres du Contadour, puis pendant plusieurs années à la file, tous les jours à Manosque, dans l'intimité même de son bureau-athanor. Cela pour faire face - et les confondre ? - aux hypothèses, aux approximations comme aux déclarations préremptoires de toutes celles et tous ceux qui les ont, depuis, débitées mais, contrairement à lui, n'ont jamais connu ni fréquenté l'homme aux prises avec lui-même et avec l'écriture en deux contextes inverses du fil de l'Histoire : porté aux nues par l'enthousiasme de ses jeunes admirateurs, puis cloué au pilori par d'autres, ses pairs écrivains. Fort de quoi, Pierre Magnan peut donc en tout bien tout honneur occuper la place qui lui revient et est véritablement la sienne, unique, de l'hardi défenseur, du plus fidèle et du plus crédible témoin que Giono ait eu en ces années pour le moins en dents de scie de sa vie privée et d'écrivain.

Sans doute rédigé - ma main au feu ! - d'une seule traite quasi sans retouches, Pour saluer Giono parut alors sans plus tarder, en 1990. On peut y lire en exergue cette belle phrase concise, nette, bien balancée : « Je dédie ces pages à Serge Fiorio dont l'œuvre peint respire à la même hauteur que l'œuvre écrit de son cousin Giono ». Ce qui pour une fois - cela est bien à sou et surligner - ne situe pas Serge à la traîne ou à la remorque de Giono mais, en une égale lucide admiration, sur un unique et même plan quant aux qualités et à la dimension des œuvres, à leur musique. Déjà, en 1983, après le choc subi devant l'un de ses tableaux - un somptueux et tout à la fois des plus délirants Carnaval en forêt - Pierre Magnan s'était empressé d'envoyer un court mot à Serge, l'assurant qu'à ses yeux il était bel et bien « un grand peintre », en en soulignant même l'adjectif. On peut facilement prendre connaissance de ce document en cliquant sur le troisième lien fourni ici, en fin de page.

M 1

M 2

 

Quelques liens :

Mes rencontres avec luvre par Pierre Magnan.1992.  

Exposition Magnan - et les autres - de la Médiathèque départementale du 04.
Une lettre de Pierre Magnan.
Giono jeune par Pierre Magnan.
Tigre de papier par Gérard Allibert.
Deux pages de Pierre Magnan.
Magnan-Giono.
Prix Pierre Magnan de la nouvelle

 Les heureuses rencontres de Pierre Magnan...en Haute-Provence ! dans le blog de Michèle Reymes.

 Adieu pays ! La langue régionale d'un écrivain de ...

 Au revoir, Pierre Magnan par Gérard Allibert.