Ce n’est qu’au décours de la vie, ou vers la fin, que l'on peut s'apercevoir qu'une constellation dont nous faisons partie s’est formée au-dessus de nous dans le ciel de nos jours, qu’elle y est même lisible et cohérente. Il est alors possible, rétrospectivement donc, de se rendre compte qu’il n’y a pas de hasard dans les rencontres que nous faisons, ou, comme on le dit beaucoup plus justement, « qu’il nous arrive » de faire. C'est-à-dire que celles qui doivent se faire se font, recta, réglé comme papier à musique. Phénomène vivant, autonome. Affaire de longueur d’onde probablement, d’une logique certes cachée, secrète, occulte - sacrée peut-être - où, telle que nous l’entendons d’ordinaire, la raison n’a pas sa place : une aimantation mutuelle, créative le plus souvent. Les rencontres sont des points forts essentiels, des carrefours d'énergies, dans la trame bien spécifique à chaque vie.

Pour ce qui est de l’amitié - n'ayons pas peur du mot - Magnan-Giono, ne serait-il pas que, dès leur date et leur lieu de naissance respectifs, la rencontre des deux écrivains avait déjà pour elle de fortes chances ? On pourrait même écrire carrément qu'elle était alors déjà... en place ! Tout comme, d’ailleurs, « il était écrit » que chacun d’eux écrive puisqu’ils l’ont fait, chacun. Ne restait à cette relation que de suivre, en fait, le cours de sa réalisation et qu'ainsi tous les deux - à qui elle était tout spécialement destinée - la vivent, la partagent. D’abord chacun de son côté, au jour le jour, sans savoir qu’ils allaient à l’aveuglette l’un vers l’autre les bras ouverts, à la rencontre ; puis, entre eux tout allant - même de loin en loin et mine de rien - s’intensifiant, l'Histoire elle-même pousse tout à coup elle aussi à la roue et « l’événement » éclot ; « un beau jour » la rencontre effective a lieu quand un doigt appuie sur la sonnette de la porte du Paraïs, que la douce madame Giono ouvre et appelle aussitôt dans l'escalier : «Jean, tu as du monde !».  

Ne reste alors plus qu’à faire route ensemble d'un peu plus près, sans savoir vraiment pourquoi ni pour combien de temps : en le domaine, c'est là la règle du jeu !

Cela, et la suite, est ce que Magnan raconte, revit et livre en partage, dans les 300 pages admirables et ferventes de son Pour saluer Giono qui, à égalité avec Le pain d'étoiles du fameux poète-maçon Alfred Campozet, est bien plus encore - très au-delà - qu'un strict témoignage majeur. Ces deux ouvrages sont des Portraits, en vérité. Portraits de Giono, certes, mais tout autant Autoportraits de Magnan et de Campozet, tous les trois indissociables de la même page d'Histoire s'imposant en rideau de scène.

Par contre, parmi le grand nombre d'étudiants, d'universitaires de tout poil, et jusqu'aux plus éminents Docteurs assermentés en littératuralogie appliquée que Giono a eu - et a encore - à ses trousses, pas un seul qui n'ait jusque-là su lever le lièvre de cette belle relation en laquelle, pourtant réfléchi seulement à moitié, le Giono de l'époque en question se mire tout nu, tout entier. Le sujet n'est peut-être pas bien, que sais-je, de nature assez biscornue ou intello pour une communication, un colllloque ou une thèse ! Aucun service ou établissement culturel, manosquin ou autre, ne s'est non plus jamais soucié d'y consacrer la moindre exposition, une conférence, une publication, un débat, ou quoi que ce soit d'autre ! Aussi, sans cet admirable Pour saluer Giono, nous ne saurions encore strictement rien de toutes ces heures vécues - et non passées - ensemble, de cette pure et simple initiation du jeune Pierre, ou alors quelques bribes seulement. Cependant, la modestie de l'auteur ayant dû, sans nul doute, lui intimer l'ordre de se censurer lui-même, nous n'en savons quand même pas plus que ce qu'il a bien voulu et cru bon de nous en dire. Et, certes, c'est déjà beaucoup ! À quoi il faut ajouter ce qui peut être lu autrement, présent entre les lignes ou, pourquoi pas, en filigrane ou en miroir : ce qui, cette fois toute modestie de sa part mise à part, confère à Pierre Magnan - chacun peut en juger sur pièce en pratiquant selon ces modes de lecture - sa vraie stature auprès de celle de Giono. Pour ma part, je résumerais volontiers la chose en disant qu'en s'y frottant, Magnan fait des étincelles longues comme ça auxquelles Giono, en retour, est évidemment très sensible. Les voyant en direct brûler ensemble un même carburant, rien, entre eux, ne me paraît être et aller à sens unique. Le jeune Magnan me semble beaucoup apporter à ce Giono-charnière de la maturité, le révélant parfois à lui-même en tant qu'homme, et bien sûr aussi en tant qu'écrivain. Sans le vouloir, tacitement ou encore à brûle-pourpoint.

Hélas, le trop fameux « C'est incommensurablement plus difficile que tu ne le crois » est vite devenu -  d'ailleurs en grande partie à cause de Magnan lui-même qui, jamais, pas une fois, ne prêche pour sa paroisse - l'arbre cachant une forêt qui, pourtant, leur est à ce moment-là déjà commune puisque Magnan commence à écrire.

Mais au fait, que je vous explique le surgissement ici, côte-à-côte, de ces deux chantres de la Haute-Provence. C'est que c'est une passionnée - grade suprême ! -, mon amie Michèle Reymes, dont je vous recommande le blog Promenades en Provence, dans l'univers de Jean Giono, qui a eu la belle idée de confectionner un article sur la relation Magnan-Giono, ou Giono-Magnan si l'on préfère. Et, il y a peu, elle m'appelait à la rescousse pour que je lui fournisse d'éventuels documents ou que je lui indique, peut-être, quelque piste à suivre. Hélas...j'en étais vraiment désolé.

De son côté, Michèle venait de contacter Monsieur X de la part de Mme Y et m’écrivait : il m’a aussi répondu et n’a rien trouvé de ce que je cherchais ; il  m’a dit que l’amitié Giono/Magnan n’était pas ce que l’on peut considérer comme une amitié  au sens propre du terme, il pense que Jean Giono n’a jamais rien écrit sur Pierre Magnan, ni laissé entrevoir quoi que ce soit d’une relation amicale. Il me laisse entendre que cette amitié était plutôt dans le sens Magnan-Giono que l’inverse (je ne sais pas si je me fais bien comprendre…). Pourtant, en lisant et relisant Pour saluer Giono  ou  Les promenades de Jean Giono, j’avais l’impression que c’était quelque chose de fort entre eux, un peu comme un père et son fils, un idéal pour Pierre.

Peut-être était-ce à sens unique. Alors voilà, je ne sais plus que faire de cet article que je devais intituler  Jean Giono en amitié… Pierre Magnan. Je pense en abandonner l’idée car mon blog, avant tout, est un blog parlant de l’homme et de l’auteur Jean Giono, je ne peux pas faire un article uniquement sur Pierre Magnan – bien que ça me plairait bien de parler de cet auteur que j’apprécie et de son pays ! 

Tout cela est bien mystérieux, je pense que Pierre Magnan vénérait Jean Giono et qu'ils avaient sans doute des relations fortes pour que ce dernier l’ait mis en relation avec Thyde Monnier, il y a eu aussi le Contadour…

Ce à quoi, mordant à l'hameçon, j'ai cru bon de répondre :

Mais si vous avez des choses déjà écrites, continuez, confectionnez-le donc votre article ! Et s'il n'est pas celui qu'au départ vous pensiez pouvoir livrer à vos lecteurs, croyez bien que, le sujet étant très sensible, vous aurez sans doute au fil du temps des apports sous formes de commentaires auxquels vous ne vous attendez visiblement pas maintenant et qui, grâce à vous, seront peut-être finalement capables de jeter un éclairage sur ce qui, à ce jour, reste encore en grande partie dans l'ombre parce qu'à jamais inexprimé sur le papier du côté Giono.
Il en est également ainsi pour les relations Giono-Fiorio : on a entendu et lu jusqu'à plus soif tout ce que - c'est exagéré - Serge devait soi-disant à Giono, mais jamais et nulle part il n'a été question de savoir ce que, dans l'autre sens, Giono pouvait peut-être bien devoir à Serge ! Aussi, dans un article du blog, j'avais tenté de rétablir un peu d'équilibre, mais je n'en ai pas encore terminé : quand des plis sont pris !... En miroir de quoi sans doute, votre projet m'inspire les quelques réflexions que voici : c'est vrai qu'Élise, son épouse, elle-même l'a dit : Giono  « 
n'avait besoin de personne ». Ce à quoi j'ajouterais volontiers : dans l'absolu. Car, pris tel quel, sans cet ajout, ce serait là une déclaration terrible, incroyable, générant dans les esprits un Giono inhumain qui n'a jamais existé. Mais comme personne ne vit dans l'absolu - surtout pas Giono ! - la présence admirative de Pierre Magnan à ses côtés - particulièrement en la triste et cruelle période où il était mis à l'écart, interdit de publication et ostracisé - a quand même bien dû peser dans la balance en faveur d'au moins une belle et forte estime amicale de sa part pour ce jeune manosquin fidèle d'exception, curieux d'écriture et de lectures, inconsciemment courageux - à plusieurs niveaux - de venir régulièrement le visiter et se frotter à lui dans sa haute solitude. Frère d'armes anonyme en quelque sorte ; ce qui à mon sens, dépasse même les rapports d'amitié ! Présence - comme on peut le lire - plus qu'attentive, pesant aussi, à n'en pas douter, dans le jeu de sa propre rénovation intérieure après tant de coups durs, pour ne pas dire de coups bas : les relations fortes ne pouvant jamais exister à sens unique, même si l'un des deux est resté, dans le cas, plus que discret sur le sujet, hélas jusqu'à la tombe. Ce silence - tranquille, ai-je envie d'écrire - n'est en rien un démenti ou un désaveu d'une amitié visible, côté Giono, que des années plus tard, en transparence immédiate, claire et nette, dans ce qu'en écrit Magnan devenu lui-même écrivain.

J'aime penser que Giono "savait", en subtil sourcier qu'il était jusqu'aux tréfonds des moelles, que Magnan écrirait tout cela un jour ou l'autre à partir de la chronique "enregistrée" de leur relation. Magnan disant lui-même que sa mémoire est infaillible, Giono, à coup sûr, le sachant et lui faisant dès lors confiance à ce sujet sur tous les plans. Et j'aime penser aussi qu'en se taisant, Giono laissait généreusement à son cadet tout le loisir, la place toute entière, lui cédant en même temps la primeur et l'exclusivité de ce récit. Ce qui est là, peut-être bien, des années à l'avance, un signe de reconnaissance, et me rappelle la parole de Giono, en 34, envers Serge descendant du train et posant le pied en gare de Manosque, c'est-à-dire à brûle-pourpoint : « Maintenant tu vas aller plus loin, tu vas faire mon portrait ! » C'est différent, mais peut-être semblable : ainsi agissait plus qu'amicalement Giono avec certains jeunes tempéraments, les éclairant à eux-mêmes en poète, de l'intérieur.

Oui, généreux en écrivant, Giono ne l'aurait-t-il pas été cette fois-ci envers Magnan-futur-écrivain en s'en abstenant ? Et pour tout ce que Magnan n'a certainement pas écrit sur le sujet - même pas entre les lignes - se l'interdisant, il nous reste encore à fonder des hypothèses. N'est-ce pas par le biais d'hypothèses que toute connaissance avance ?

PS : pour tout apport, témoignage, réflexion ou commentaire sur le sujet  : michele.reymes @free.fr

 

Quelques liens :

 

Mes rencontres avec luvre par Pierre Magnan.1992.  
Un de Taninges.
Exposition Magnan - et les autres - de la Médiathèque départementale du 04.
Une lettre de Pierre Magnan.
Giono jeune par Pierre Magnan.
Tigre de papier par Gérard Allibert.
Deux pages de Pierre Magnan.
Magnan-Giono.
Prix Pierre Magnan de la nouvelle

 

 Les heureuses rencontres de Pierre Magnan...en Haute-Provence ! dans le blog de Michèle Reymes.

 

 Adieu pays ! La langue régionale d'un écrivain de ...

 

 Au revoir, Pierre Magnan par Gérard Allibert.

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Notre ami Michéa Jacobi expose

du 12 Novembre 2016 au 31 Janvier 2017

AU MUSÉE DES ALPILLES, Place Favier,

Le vernissage, c'est le samedi 12 novembre, à 11 h,

À SAINT RÉMY DE PROVENCE ;
L'atelier pratique de linogravure, c'est le samedi 26 Novembre
AU MÊME ENDROIT, INSCRIPTION AUPRÈS DU MUSÉE,

museedesalpilles@mairie-saintremydeprovence.fr,

04 90 92 68 24

Saint Rémy Affiche

Tandis que, du même,
vient de paraître
AUX ÉDITIONS DE LA BIBLIOTHÈQUE

LE TROISIÈME ÉPISODE DE
L'HUMANITATIS ELEMENTI

Actuellement en librairie

Renonçant couverture

 Rappel du très poétique : ABC Fiorio par Michéa Jacobi.