Pour petite entrée en matière de cette lettre, il faut savoir que monsieur et madame Roure formaient le dernier couple de paysans habitant dans le village même, les autres étant tous dans leur ferme de l'une ou l'autre vallée que Montjustin domine. Âgés tous les deux, sa femme malade, monsieur Roure attèle encore tel jour courageusement son mulet pour aller tenter de sauver son foin bien sec des trombes d'eau promises par un gros orage qui, soudain très menaçant, occupe tout le ciel, cherchant à éclater.

Quelque peu désespéré, à bout à vrai dire, le vieux paysan - formant ainsi une sorte de vœu - se jure alors in petto que si quelqu'un venait présentement l'aider il lui proposerait ensuite illico tous ses biens en viager. Là-dessus, dans un simple esprit de solidarité et d'entraide réciproque qui était vite devenu entre eux un réflexe familier - monsieur Roure lui prêtant de son côté volontiers son mulet ou des outils, donnant des conseils parfois, du haut de sa longue expérience - Serge arrive sur-le-champ, c'est le cas de le dire, tout feu tout flamme et, bien sûr, une fourche à la main ! Le foin est ainsi rentré bien à temps, en cinq sec.

Sitôt la récolte à l'abri, fidèle à la promesse qu'il s'était faite à lui-même à peine une heure plus tôt, monsieur Roure propose son marché à Serge qui en tombe des nues, ayant toujours pensé que ce serait un jour prochain à eux, les Fiorio, de faire une proposition dans le même sens aux Roure qui visiblement ne pouvaient plus guère "mener" leurs biens et n'avaient par ailleurs pas d'enfants ni d'héritiers intéressés par ce rude mais beau métier de paysan qui était le leur depuis tant et tant d'années. Tandis que déjà bien enracinés, les Fiorio, eux, cherchaient à prospérer, à "s'agrandir" pour mieux gagner leur vie.

Mais cette année-là, ils sont parfaitement à sec côté finances. Tout ayant filé dans la restauration de l'ancienne forge en ruine achetée à Lucien Jacques, ils n'ont pas un seul sou vaillant pour répondre à l'offre si spontanée de monsieur Roure ! Alors, pris de court comme on dit, ils décident de sonner le rappel auprès d'amis qu'ils savent de ce côté-là bien plus à l'aise et capables d'un prêt. Ce dont témoigne tout simplement cette lettre de remerciement et de reconnaissance à l'un d'eux. Certains pouvant attendre, et selon leur volonté expresse, seront peu à peu remboursés en tableaux !

Lettre viager Roure

Lettre viager 2