Il s'agit du dessin - sans doute exécuté sur place, le support se trouvant être un carton assez rigide et non une feuille de papier - d'un coin de campagne où Serge aimait aller se promener, occupant ainsi le dimanche au cours de sa mobilisation : Demptézieu, situé à quelques kilomètres de Bourgoin où était son casernement.

Un dessin de 1940Il ne faut pas ici perdre de vue qu'il n'y a pas si longtemps encore, de 1936 à début 1939, notre dessinateur était installé photographe à Taninges : c'est là un sujet qu'il aurait tout aussi bien pu mettre à profit pour en enrichir l'éventail de sa production de cartes postales ou de vues vendues à la SNCF qui en décorait ses wagons. 

Mais pourquoi avoir élu ce sujet assez "chargé" derrière un apparent pittoresque qu'il s'attache d'abord à rendre avec toute la minutie et le grand sens de l'observation qui lui sont propres, ancré dans la réalité la plus fidèlement fidèle au motif ? Sans doute pour le côté très humain qui s'en dégage et par là parle très directement à son âme d'homme et d'artiste; la complexité du corps de bâtiment et de ses abords contrastant avec la simplicité monolithique du calvaire dressé au centre exact du premier plan d'où il s'élève; le tout sous le regard - comme par-dessus l'épaule - du clocher voisin. Van Gogh fit de même avec bien des lieux ou des objets qui le touchèrent, le frappèrent, et qu'il fit siens en retour avec beaucoup d'amour. L'homme - au sens de genre humain - s'y trouvant ainsi portraituré par facettes en abyme, au travers, comme au cœur, de sa native condition.

La signature est très tardive, Serge ne signant jamais ses trop rares dessins. C'est moi, je pense, qui avais dû la lui demander et qu'il apposa de bonne grâce authentifiant l'œuvre, certes, mais renouvelant, ainsi contresignée, l'ancienne paternité envers l'esprit du sujet qui, par sa nature, au fil du dessin, ressort d'une sorte de très sensible méditation sur la vie, et donc aussi sur la mort, sur leur inextricable compagnonnage du début à la fin de chacun, de chacune, et de toute chose.

Quelques lignes et coups de crayon y ont suffi.

*