André,
tu viens d'écrire des pages importantes sur Hubert Fichte, les souvenirs refont surface et me conduisent à ces quelques lignes plus de 50 années plus tard !
Y-a-t-il prescription ?
Faut-t'il agiter des tabous encore sensibles à ce jour ?
Est-ce publiable ?
 
Ainsi Hubert Fichte intrigue toujours trente ans après sa disparition !
Méphistofélès ; ce pseudonyme associé à son portrait ajoute un peu de trouble, je suis certain qu'Hubert l'aurait assumé et en aurait même rigolé, que dis-je, il aurait éclaté de rire.
Ce portrait « magistral » (je suis bien d'accord) est tellement fidèle au personnage, Serge a dû y mettre tout son talent et bien plus pour l'exécuter.

J'ai effectivement bien connu Hubert Fichte. Il est arrivé en 1960 à Montjustin, c'est donc lors des vacances d'été de cette année-là que je l'ai rencontré pour la première fois, j'avais 13 ans - souvenirs d'adolescent.

À l'époque, il ne m'intriguait pas, il me subjuguait. Il s'exprimait dans un français impeccable avec un léger accent apportant un charme de plus à son charisme naturel. À l'évidence, il m'avait pris en amitié, j'en perçois aujourd'hui les raisons : il gardait souvent le troupeau de chèvres et j'étais très fier de l'accompagner. Je rompais ainsi sa solitude, c'était l'occasion d'échanges et de discussions... enfin, je ne devais pas être en capacité de soutenir des conversations de haut niveau.
Je voyais bien qu'il était "différent" de mon univers habituel mais je ne me doutais pas que j'étais en présence d'un intellectuel réputé en Allemagne.
Tout récemment, notamment grâce au blog, je prends conscience de sa notoriété d'écrivain, je vois qu'il a écrit Puberté, peut-être étais-je l'objet de ses études ?
Il a su me captiver en m'offrant un nouveau regard sur le monde, une sorte de directeur de conscience.
Cela ne l'empêchait pas d'être très drôle, amusant tout le monde à la moindre occasion. Un jour, afin d'animer une fête, il débarqua torse nu attifé d'un nœud papillon autour du cou - applaudissements !
Après les vacances nous gardions le contact, lors d'un passage à Paris il me convia à découvrir une exposition de photos de Lucien Clergue, il avait à cœur de parfaire ma culture.
Quelques année plus tard, en 1969, j'étais jeune marié, il nous invita à Hambourg (à moins que nous-nous soyons invités), je découvris alors un autre Hubert.
Il nous reçut dans un restaurant très chic avec salon particulier... puis visite de la ville ou selon lui résidaient de nombreux anciens nazis ! En soirée, incursion dans les milieux "branchés", un monde festif complètement fou.
C'était son côté libertin assumé, revendiquant sa bisexualité !
Voilà le sujet tabou... Il faut dire que 1968 était passé par là, libérant les énergies et tous les excès. C'est peut-être cette face du personnage qui posait question ?
Il est resté deux années à Montjustin, il s'y plaisait beaucoup, il s'est bien intégré mais il n'a jamais été question qu'il y passe sa vie, d'autres parties du monde l'appelaient.

Je suis persuadé que son passage en Provence marque une recherche d'immersion dans une nature authentique, sorte de retour aux sources.
Serge en a sans doute tiré inspiration et vitalité pour faire face à l'avalanche de commandes qu'Hubert opportunément lui procura en organisant les expositions en Allemagne.

Et maintenant, je lirais bien Puberté.

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