Bonjour André,

Comme toujours, lu avec beaucoup de plaisir et d'émotion tes chroniques de ce début août.

Dire et redire que la boucle, la vie de Serge, sa vie en miroir, se referme sur elle-même sans le moindre accroc, remord, regret, comme la circonférence d'un cercle parfait qui s'inscrit dans le temps, voilà un sujet que nul ne peut contester. Il est bon de le rappeler et de l'écrire.

Gourmand et gourmet. Mon bonheur quand j'amenais des plats cuisinés que nous partagions c'était le voir ramasser jusqu'à la dernière goutte de sauce dans l'assiette creuse qu'il affectionnait; tellement propre qu'au dessert il ne voulait pas en changer et la retournait tout simplement pour recevoir le morceau de tarte. Il était doué pour les sens et celui-ci, le goût, il y excellait quand un bon plat se présentait. Ni interdit, ni régime, ni excès, comme pour tout le reste, toujours en équilibre parfait pour ne rien laisser perdre du temps à vivre.

Serge 1

                                                                  Photo Michel Zanghi.

La lettre d'Adrienne Cazeilles de septembre 92 est d'une douceur sans pareille, pleine à ras bord de sincérité et d'affection.

Je n'avais jamais lu la lettre de Giono à Léon Blum mais je savais qu'il avait demandé au gouvernement français de verser une pension à Martel. Je crois qu'il a fait de même pour Lucien Jacques. Sa puissance de conviction, sa passion à défendre la vie dans tous ses états et à marquer de son sceau ce qui demeure permanent à l'art français, tout cela servi dans une prose explosive de métaphores lumineuses, font que, après lecture, je demeure sans mot comme si je devenais tout à coup un illettré.

Voyage dans le temps, quel beau titre et qui colle comme un gant à ton projet d'album. Oui, le rêve comme point de départ. Mais, tu le sais, Serge n'est pas un rêveur au sens strictement poétique du terme. Devant son chevalet, il est droit et lucide comme un artisan qui doit mener à bien son travail jusqu'au bout, les pieds ancrés dans la terre. Le rêve est diffus, il apporte seulement ce mystère qui déborde de chaque toile. Chaque toile raconte une histoire. La frontière entre le rêve et la réalité est comme l'équilibre des plateaux d'une balance.