Tout en m'accusant bonne réception de livres commandés, un correspondant, à qui j'avais fait part de mon projet d'édition d'un album Fiorio, me parle en retour et à ce propos de « voyage dans le temps ».

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Détail. Photo Bibi.

Et alors, relisant son message, je me dis tout à coup que ce monsieur vient peut-être bien de me fournir là le titre de l'ouvrage à venir car, du début à la fin de sa carrière, il s'agit bien de cela : c'est bien cela que Serge peintre entreprend au sortir de l'enfance et conduit à son terme l'année même de ses cent ans : merveilleux voyage dans le temps que celui de sa vie !

Voyage dans le temps réel et - allant de pair - voyage dans l'autre : intérieur, quête du Soi au fil du déroulement des saisons de l'âme; cela va de soi, tombant sous le sens, clair comme de l'eau de roche.

Le texte de couverture, sur fond de tableau ad hoc - lequel ? Ou quel détail assez significatif de l'ensemble vie-œuvre ? - serait strictement le suivant :

 

Serge Fiorio

 

VOYAGE DANS LE TEMPS

 

La Carde éditeur

 

On le voit, je suis un peu comme les gosses pour qui le rêve est le premier degré, incontournable, de toute réalisation et qui se montent donc le bourrichon parfois longtemps à l'avance pour quelque chose quand celle-ci leur tient véritablement à cœur; mais grâce à quoi, y ayant cru plus fort, en plein, certains d'entre eux finissent tout bonnement par arriver à leurs fins, leurs rêves s'incarnant alors pour de vrai, pour de bon.

Serge a rêvé lui-même toute sa vie - dans l'entrecroisement serré, intime, des deux voies de compréhension ici possibles de cette phrase. « Le tableau, avant même qu'il soit peint lui apparaît » écrit de lui Claude-Henri Rocquet qui, toute une après-midi l'interroge et l'écoute aussi se raconter. Le rêve est donc bien, avant tout autre, sa principale activité qui lui permit de peindre ! Grande puissance onirique, à son service, comme on puise à discrétion dans la cuve du carburant dont on a au départ le plus besoin ! Certains de ses amis, de ses visiteurs ou visiteuses parmi les plus attentifs à ses paroles se souviendront sans doute de son propre mémorable What else ?, comme dirait l'autre : « Sans rêve, pas de peinture pour moi ! » Qui n'était pas une parole en l'air sortie du fond de nulle part, mais une pure et simple constatation, lucide, sur la genèse de sa propre création.

Les neuro-psychiatres le disent : si nous ne rêvions pas, nous mourrions. Idem pour les œuvres, vivantes, qui - parfois concues en rêve ! - se nourrissent directement à la mamelle de l'inconscient personnel et collectif - ceux-là immémoriaux tous les deux, bien que n'en faisant qu'un dans l'histoire des hommes - et que depuis toujours les artistes vénèrent comme leur étant une source sacrée intarissable qui les inspire en silence, par degrés, baignant chacune de leurs œuvres de l'intérieur.

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À vos loupes !

 

Plaidoierie