C'est l'association reillannaise Le Cercle de famille qui demanda tout naturellement un dessin à Serge pour en faire la couverture de son « choix de recettes d'une origine très ancienne, modeste et noble, avec l'espoir de faire naître en vous le désir de cuisiner provençal ». Il est encore précisé en avant-propos que « ce livre est édité en vue de subvenir aux frais de fonctionnement et d'entretien du Cercle de famille. Ce cercle réunit les personnes du 3ème âge de Reillanne en Haute-Provence ».

Gourmand et gourmet à la fois, et aussi fin cuisinier lui-même à ses heures, c'est avec un plaisir évident qu'il "écrivit" minutieusement ce dessin qui est en lui-même un document ethnographique très évocateur par les ingrédients, les ustensiles, les objets familiers et les éléments traditionnels de décor qui sont là inventoriés au crayon, comme pour mémoire. Toutes choses se retrouvant ici en quelque sorte satellisées autour du personnage central de la cuisinière à qui notre dessinateur ne fait faire qu'un avec la vaste cheminée typique. Le dessin reste fidèle au sujet jusque dans les moindres détails et le tout raconte finalement beaucoup d'un art de vivre aujourd'hui révolu dont l'art de cuisiner était, dans bien des maisons, l'un des raffinements, en même temps que sujet d'échanges et de discussions interminables dans la rue ou à la veillée, même si certains "secrets", comme il se doit, restaient scellés à mort ! Il en fut ainsi de celui détenu par une paysanne, madame Archange du village de St-Trinit sur le plateau d'Albion. Secret qui lui permettait, chaque automne, de rendre tous les champignons comestibles ! Trop jeune à l'époque pour avoir pu y goûter, je ne sais si la préparation qu'elle vendait en bocaux, principalement aux touristes, avait bon goût, mais elle avait du succès !

Dessin Les provençales cuisinent

Longtemps les Fiorio tirèrent profit de leurs divers jardins, de leur basse-cour et de leur cochon, pour se nourrir sainement de bons produits "maison" et en régaler aussi à la moindre occasion les amis en de grandes tablées festives à jamais mémorables, prétextes à retrouvailles, à chansons, exprimant par là, tous ensemble, une joie de vivre, un enthousiasme à vrai dire, qui ne les quittait guère qu'au moment d'un deuil, d'un accident ou d'une maladie.

Serge aimait - comme il le fit aussi tout au long de sa vie en d'autres domaines - s'aventurer dans des essais en rajoutant, selon la boussole d'une sensibilité gustative bien à lui, tel ou tel épice ou ingrédient improbable dans une recette éprouvée, variant un temps ou un mode de cuisson, créant de nouvelles associations propres à satisfaire la curiosité de son palais. Il fit ainsi quelques belles trouvailles. Pour preuve : ses proches lui servaient toujours volontiers de cobayes. Soupes au pistou, tartes aux pommes, daubes, ragoûts, gratins d'hiver et d'été, poissons, etc, étaient succulents cuisinés ou revisités par Serge.

Il prenait note de quantité de recettes - traditionnelles ou pas - auprès de ses connaissances et de ses visiteurs, en inventait autant, les écrivant sur des bouts de papier volants, dans ses listes de correspondants ou de clients, sur les pages de livres qu'il était en train de lire, n'importe où. Un tiroir de son buffet de cuisine en contenait une belle collection dans laquelle il piochait tel matin où, la lumière n'étant pas assez satisfaisante pour peindre, il se transformait alors subito presto en cuisinier. Tout comme la peinture, la cuisine était pour lui un domaine à part, exaltant, car elle était le lieu où il pouvait n'en faire qu'à sa tête, et réussir ! Tout comme en peinture encore, il y était l'héritier d'une longue tradition. Dans le cas familiale, puisque descendant de jardiniers du côté maternel et d'une fameuse tenancière d'auberge : sa grand-mère Marguerite. Sans parler de sa mère qui fit bien souvent des miracles, non pour seulement remplir les estomacs mais régaler les siens, même aux heures de disette déclarée : pendant la dernière guerre par exemple - ayant à cuisiner pour nourrir enfants juifs et résistants en plus de sa propre famille - ou encore aux temps héroïques de l'installation des Fiorio à Montjustin qui draina également chez eux beaucoup de monde, pendant longtemps. Grâce à elle, a ses talents inventifs innés, à ses connaissances et à son savoir-faire ingénieux des gens du peuple, « la sécheresse financière » ne les a jamais empêché de faire, au moins, de chaque repas pris en commun un moment de réjouissance dans leur quotidien.

Recette SergeUne recette de la main de Serge.