Article Tourette   C'est par la participation - dès le milieu des années cinquante - à de modestes expositions, comme celle dont il est question dans cet article, que Serge s'est peu à peu lié aux acteurs culturels locaux et régionaux; ceux-là alors bien plus attentifs, chaleureux et accueillants aux vrais talents que ne le sont en général leurs collègues d'aujourd'hui.

C'était là pour lui l'occasion de faire rencontre et amitié avec d'autres peintres, des collectionneurs, ou de simples passionnés curieux ouverts à la peinture. Bref, de s'intégrer de la meilleure façon dans le milieu artistique du coin, comme on dit. Et c'est ainsi que son nom se mit petit à petit à circuler dans tout le pays, provoquant des visites à l'atelier, donc des ventes, tout en amplifiant sans cesse, par le bouche-à-oreille, le renom de sa signature. Quand j'écris tout le pays, je veux dire celui de haute-Provence en y adjoignant, pour n'en faire qu'un, celui du sud-Luberon, piémont auquel Serge était aussi très attaché pour son esprit et la conformation particulière de sa plastique.

Le présent papier, riche de belles remarques et réflexions - mais écrit un peu à la va-vite, c'est évident - est signé Jean Tourette qui était une plume de belle qualité au journal communiste La Marseillaise, fin connaisseur des peintres de l'École provençale auxquels il consacra de nombreux articles et, pour certains, des ouvrages entiers. L'histoire de Marseille, qu'il connaissait par cœur - c'est le cas de le dire - faisait également partie de ses sujets. Tourette séjournait souvent à Cabrières d'Aigues où il avait acquis une maison, et Serge y était souvent invité. L'y accompagnant une fois, j'ai découvert chez cet amateur éclairé les Chabaud, les Seyssaud, les Monticelli et les Ducret,  les plus beaux que je n'aie jamais vu de ma vie !

Quand pour la première fois - justement à l'occasion de ce genre d'exposition de groupe au village - il s'était trouvé devant un Fiorio, il n'eut de cesse - le portant sur-le-champ aux nues avec ferveur - de vouloir rencontrer Serge le plus tôt possible pour le féliciter de vive voix, surtout se lier à lui amicalement et le mieux connaître aussi, plus en profondeur, en lui achetant des tableaux.

Il y a dans les archives de Serge une photo-souvenir en noir et blanc de Jean Tourette debout dans l'atelier de Montjustin. Mais je ne la retrouve pas pour le moment, éclipsée. Par contre, voici le puissant dessin à la sanguine, très pur, d'un boulanger - aujourd'hui à l'ancienne - vu de dos en train de pétrir qui, bien que non signé de son nom est de Seyssaud et que Tourette fit présent à Serge au cours de l'une de ses visites. Touché et admiratif, Serge  le fit encadrer pour le conserver toujours bien visible, près de lui - l'amitié fidèle de Tourette y étant, elle, toujours lisible pour lui, en filigrane.

Dessin Seyssaud

 Un autre article de Jean Tourette.