Adoration 2 Photo Serge Fiorio.

   Sans constituer, loin de là, un thème à part entière dans son œuvre, l'Adoration des bergers - qu'il ne faut pas confondre avec l'Annonce faite aux bergers - a cependant inspiré Serge à plusieurs reprises. Serge peintre, qui reste donc d'évidence strictement fidèle (malgré son athéisme personnel avéré  : « Dieu, je sais pas ! ») aux paroles de Marie dans ce que - faisant directement suite à l'Annonciation - la liturgie appelle son Magnificat : « Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevés les humbles ». Choisissant "de cœur" pour son sujet, le peintre fait donc de même et tout naturellement élit et peint les bergers à la place des rois.

Il faut dire que, foisonnant dans l'histoire de la peinture, ce récit biblique, aujourd'hui encore très populaire, ne pouvait qu'être inspirant au plus haut point pour Serge qui, bien que resté lui-même célibataire, demeura sa vie durant très attaché affectivement aux valeurs traditionnelles de la cellule familiale autant qu'au mode de vie pastoral qui est celui de gens en marge, détenteurs, s'il en est, de connaissances et de sagesse devant l'Éternel, nomades comme le fut pendant longtemps, des décennies, la tribu Fiorio avant qu'elle ne vienne se fixer sous le ciel de Haute-Provence, Serge plaçant ainsi définitivement sa peinture sous les auspices de cette lumière découverte au dépourvu de façon fulgurante, « un beau matin » à Manosque, en compagnie de Giono en portant son volumineux courier à la boîte.

L'Adoration reproduite ici est peinte sur bois et « à l'œuf » comme avait coutume de dire Serge, c'est-à-dire à la tempera; selon, donc, la recette ancestrale, savante et artisanale, des peintres d'icônes. Un fin voile de couleur laiteuse en opacifie aujourd'hui les couleurs qui s'en vont aussi par endroit, comme usées par l'usage et le temps, pas du tout par éclats, plus par léger écaillement. Elle mérite sans conteste restauration pendant qu'il en est encore temps. Signée sans précision de date on peut penser - vue sa facture et son timbre chaud à base d'ocres, très particulier - qu'elle a été réalisée à Montjustin  dans les premières années d'amarrage des Fiorio sur le rocher de Montjustin, l'atelier du peintre étant alors sommairement installé dans sa chambre sous les toits de l'ancien presbytère délabré situé à côté du clocher passablement en ruine jouxtant l'église elle-même à ciel ouvert !

Il faudrait aussi s'intéresser autant que possible à cette grosse étoile d'or hors norme, incorruptible, spirituelle, qui s'élève bien visible dans le ciel tendre, rose et chaud, du petit matin et sous le rayonnement de laquelle se déroule en silence toute la scène.

Adoration1Il s'avère, après enquête et déductions que c'est bien cette œuvre - abusivement désignée par le titre de Nativité dans le catalogue, les orgnisateurs étant pourtant des religieux ! - que Serge présenta à l'exposition d'Art sacré au Musée du Hieron de juin à septembre 1969 : archives/2014/12/01/, archives/2015/03/01 . Les photos couleurs sont de Bibi.

IMG_0478Ce que l'on voit là - bras, mains, robe bleue et lumineuse comme le ciel - du personnage de la Vierge me semble tout à coup peint par Giotto lui-même !

IMG_0472L'agneau en rappel du futur destin de l'Enfant Jésus.

IMG_0498La noble offrande de quatre humbles fromages de chèvres... Quatre, chiffre de la totalité terrestre, du tangible.

IMG_0497Il est à remarquer que dans le paysage lointain peint sous la forme désertique se distingue, en regardant bien, la fameuse chapelle à lanterneau que Serge a déjà placée, en 1936 - au loin aussi - dans le portrait de son père : archives/2015/08/08 

Adoration des bergers

Une autre Adoration des bergers, plus récente et, bien que belle en elle-même, qui paraît assez anecdotique, pittoresque en regard de l'autre.