Le billet d'hier ayant suscité cette suite de la part d'un fidèle d'entre les fidèles de l'atelier de Montjustin, j'ai donc tout naturellement voulu la publier. A.Lombard.

 

   Ma première visite à Montjustin date de novembre 1987. Pourtant j'ai l'impression d'y être allé tout le temps, sans doute parce qu'à chaque visite, toujours très régulière, j'en repartais étourdi d'images et repu de richesses.

Par ricochet, et aussi grâce à toi, j'ai également l'impression d'avoir visité les grands moments nomades de Serge avant son installation définitive sur le rocher de Montjustin.

Tout cela pour dire que je me sens présent partout où Serge a séjourné. Ce qui me permet de mieux comprendre comment son art a évolué et de situer le moment (j'allais dire, le moment décisif ! mais en peinture c'est tout le contraire de la photographie, le moment s'étale parfois sur de nombreuses années avant l'obtention du bon "cliché"), où Serge a recouvré la liberté dont il rêvait.

À Taninges Serge peint les personnages qu'il côtoie et à la ferme du Vallon, les paysages qu'il voit. C'est toi qui l'annonces dans ton dernier commentaire. On trouve encore, au tout début du séjour dans le Tarn-et-Garonne, des résurgences de la Haute Savoie. Ton analyse, comme d'habitude, est très éclairante. Son rêve d'enfant - peindre dans sa totalité toute les feuilles de l'arbre - va t-il un jour se réaliser ? Comment transmuer le réel, comment le peindre ?
À chaque étape de sa vie, Serge ne renonce jamais aux faits marquants de son passé. Ils sont toujours présents dans sa peinture, souvent sous forme de détails. La comparaison des nuages des deux tableaux peints au Vallon en est un parfait exemple. Il est très judicieux que tu le signales. Longtemps encore, à Montjustin, disons jusqu'au début des années 60, Serge s'emploiera à peindre ce qu'il voit en y ajoutant, comme à son habitude, des bribes de son passé immédiat ou lointain.

Octobre 2009, j'ai acheté à la salle de ventes de Vichy une huile sur isorel signée et datée 1962 : La cartomancienne, (la dame était en cure, oubliée, je l'ai récupérée). La composition est singulière. Une ligne de démarcation est tracée au milieu du tableau. Partie haute, un paysage. Partie basse, la fête foraine et la tireuse de cartes.

Cartomancienne 1

Photo dd.

J'ai montré le tableau à Serge. Voilà ce qu'il m'a dit : « C'est la première fois que le paysage prend de l'importance ». Que voulait-il dire au juste ? Tout simplement, imaginer un paysage avec son cœur et le peindre avec son âme. Devient-il peintre à ce moment précis ? Je le pense. Dans tout ce qui va suivre, il ne peindra plus que le monde dont il rêvait déjà enfant, un monde idéal, loin de la réalité mais aussi très proche, surtout loin de la fureur des hommes.

ILS deviennent peintres (on ne les nomme plus), l'un à Tahiti, l'autre à Arles. Non pas qu'ils ne l'étaient pas avant. Pont-Aven et Nuenen ont inspiré de bons tableaux.
ILS deviennent libres comme ils en rêvaient à ce moment-là : un chien rouge, une plage rose, des soleils qui roulent dans la nuit...

Quant à Serge, des espaces infinis, des neiges éblouissantes, des forêts-cathédrales...
Montjustin est à Serge ce que Tahiti et Arles ont été pour les peintres que je n'ai pas cités.

 François Mangin-Sintès

 

TRADUZIONE a cura di Agostino :

 

La mia prima visita a Montjustin … di François-Mangin-Sintès

 

Il biglietto di ieri ha suscitato un seguito da parte di un assiduo frequentatore dell’atelier di Montjustin. Va da sé la sua pubblicazione. A. Lombard

 

   La mia prima visita a Montjustin data al novembre del 1987. Ho tuttavia l’impressione di esservi sempre stato, sicuramente perché dopo ogni visita, che effettuavo con una certa regolarità, ne ripartivo frastornato d’immagini e sazio di ricchezze.

Di riflesso, ma anche grazie a te, ho ugualmente l’impressione di aver percorso i principali spostamenti di Serge prima del suo stabilirsi definitivo sul cucuzzolo di Montjustin. Voglio dire che è come se mi sentissi presente ovunque Serge abbia soggiornato. Ciò mi permette di comprendere meglio come la sua arte si sia evoluta e di situare il momento (stavo per dire il momento cruciale! ma in pittura è tutto il contrario della fotografia, il momento si stende a volte su diversi anni prima di conseguire una buona “immagine”) in cui Serge ha recuperato la libertà che immaginava.

Nel tuo ultimo intervento sei tu a dire che se a Taninges Serge ritrae i personaggi che frequenta, alla fattoria del Vallon dipinge i paesaggi che si presentano al suo sguardo. All’inizio del soggiorno nel Tarn-et-Garonne troviamo ancora reminiscenze dell’Alta Savoia. La tua analisi, come al solito, è assai chiarificatrice. Dipingere nella loro totalità ogni singola foglia dell’albero: potrà un giorno realizzarsi questo suo sogno di fanciullo? Come trasmutare il reale, come dipingerlo?

Ad ogni tappa della propria vita Serge non rinuncia mai agli avvenimenti importanti del suo passato. Essi sono sempre presenti nella sua pittura, sovente sotto forma di dettagli. La comparazione delle nuvole dei due quadri eseguiti al Vallon ne sono un esempio perfetto. È giusto che tu lo segnali. A Montjustin, per diverso tempo ancora, diciamo fino agli inizi degli anni ’60, Serge si adopererà a dipingere quello che osserva aggiungendovi, com’è sua abitudine, briciole dal suo immediato o lontano passato.

Nell’ottobre 2009, in una casa d’aste di Vichy, ho comprato La cartomante (e se mi consentite la battuta, quasi se la fossero scordata alle terme e fosse dato proprio a me recuperarla lì), un olio su masonite firmato e datato 1962. La composizione è singolare. Una linea di demarcazione è tracciata à metà del quadro: nella parte alta un paesaggio, in quella bassa uno scorcio dei baracconi e la cartomante.

 Cartomancienne 1

Fiorio, La cartomante

Ho mostrato il quadro a Serge ed ecco che cosa mi ha detto: « È la prima volta che il paesaggio acquista importanza ». Che cosa voleva dire esattamente? Molto semplicemente che bisognava immaginare un paesaggio col cuore e dipingerlo con l’anima. È qui il momento preciso in cui diviene pittore? Credo di sì. In seguito non dipingerà altro che il mondo che già sognava da fanciullo, un mondo ideale, lontano dalla realtà e pure così prossimo, ma soprattutto lontano dalla furia degli uomini.

Gauguin_Landscape_from_Bretagne(1)Gauguin, Paesaggio Bretone

ESSI (non chiamiamoli più per nome) diventano pittori, uno a Tahiti, l’altro a Arles. Non che non lo fossero anche prima: Pont-Aven e Nuenen hanno ispirato dei buoni quadri.

lane-with-poplars-near-nuenen-1885_jpg!LargeVan Gogh, Filari di pioppi presso Neuen (1885)

ESSI diventano liberi come già avevano sognato di esserlo: un cane rosso, una spiaggia rosa, dei soli che rotolano nella notte …

Quanto a Serge: degli spazi infiniti, delle nevi d’un particolare candore, delle foreste-cattedrali … Montjustin è per Serge ciò che Tahiti e Arles sono state per quei pittori che non ho voluto nominare.

 

 François Mangin-Sintès